CHAPITRE CINQUIÈME
deur, M. de Durfort, depuis ducdeClvrac, avait ordre de me procurer les petits agréments dont cette commission me rendait susceptible.
J'arrivai à Vienne. Admis dans la société de l'archiduchesse, j'assistais au cercle qu'elle avait chez elle tous les soirs, et au loto qu'on lui apprenait. Â cet époque ont commencé les bontés dont elle n'a cessé de m'honorer toute sa vie, et dont j'ai reçu des preuves constantes jusque peu de jours avant le 10 août 1792, jour affreux dont les suites cruelles seront à jamais une tache pour la France, et dont le souvenir déchirant a livré mon àme à une tristesse que le temps ne pourra jamais effacer, en m'inspirant pour ce pays une horreur qui m'empêchera à jamais d'y rentrer.
Présent à toutes les fêtes du mariage, je fus de tous les quadrilles qui furent dansés aux différents bals donnés à la cour, au Belvédère, et à l'ambassade de France. Quand je vis partir cette princesse pour être l'ornement du plus beau trône du monde, j'étais loin de penser qu'elle devait y trouver un échafaud.
Je restai à Vienne pour accompagner à Spa la princesse Esterhazy, née Lunati-Visconti, celle qui la première m'avait ouvert le chemin de la fortune et à qui j'avais l'obligation des bienfaits que j'avais reçus de ma femille. J'y étais encore quand nous apprîmes le malheur arrivé à Paris, aux fêtes du mariage, où, faute de bonne police, plusieurs infortunés périrent près du
lieu OÙ les rég^icides ont versé depuis le sang^ de saint Louis, et de tant d'empereurs.
Notre voyagfe à Spa fut très long. Ma tante craignait d'aller vite. Très pieuse, elle entendait la messe tous les jours, et quoique nous fussions beaucoup de voitures, la peur des voleurs faisait qu'elles devaient toujours marcher ensemble. Avant de passer un pont, il fallait voir par dessous s'il était solide. Nous arrivâmes à Nancy, où elle s'arrêta quelques jours dans un appartement qu'elle s'était fait arranger dans un couvent. Je lui demandai d'aller passer ce temps-là à Stenay, au régiment. Elle me fixa le jour où je devais la rejoindre à Pont-à-Mousson, pour aller de là ensemble, par Metz et Luxembourg, à Spa. Je fus exact au rendez-vous, et nous arrivâmes à Spa par de très mauvais chemins, et de mauvais gîtes. J'y avais fait venir des chevaux de selle, et je retournai à Stenay par les Ârdennes. Au cours de l'été, je refis un voyage de la même manière ; entre Spa et Stenay, il n'y a guère que deux journées à cheval.
La saison des eaux finie, ma tante retourna à Vienne. J'eus l'ordre de me rendre à Metz avec trois cents chevaux du régiment pour faire partie des manœuvres de cantonnement. Je fus placé à la Maison-Rouge, sur le chemin de Thion ville. Pendant ce temps, la croix de Saint-Louis arriva pour moi à Stenay. J'étais assez tenté d'attendre la fin du cantonnement pour me faire recevoir. Mais le maréchal d'Armentières trouva que