CHAPITRE CIKQaiEME
c'était précisément dans le grade supérieur que j'avais qu'il fallait paraître flatté d'une grâce aussi commune. Je partis donc dans Tintervalle d'une manœuvre à Fautre, pour aller me foire recevoir chevalier de Saint- Louis par M. de Mazara, commandant de Stenay, à qui ma croix avait été adressée, à la fin de septembre. Le maréchal remit le mouvement des troupes; mon régiment quitta Stenay et se rendit à Verdun.
Quand il y eut été établi, j'allai à Civry. Le régiment du roi devait être passé en revue par le roi à Fontainebleau. J'y fis une course et revins. Mme de Damas était grosse et avait failli faire une fausse couche. On lui avait défendu la voiture, et nous restâmes à Givry jusqu'au milieu de décembre.
Pendant mon voyage à Vienne, M. du Ghâtelet, ayant obtenu son rappel de Londres, avait été remplacé par le comte depuis duc de Guines. Il avait prévu l'orage qui menaçait le duc de Ghoiseul son ami, et il avait voulu le prévenir. Il ne se trompait pas. Le crédit de Mme du Barry prévalut. A la fin de décembre 1770, le duc de Ghoiseul fut exilé à Ghanteloup ; son cousin le duc de Praslin le fut à Praslin. Le ininistère des affaires étrangères fut donné au duc d'Aiguillon, celui de la guerre à M. de Monteynard, et celui de la marine à M. de Beynes. J'étais attaché à M. le duc de Ghoiseul, et par reconnaissance et par attrait. Son exil, qui affligeait tous ses amis, me causa une vérilable peine. La cour me devenait tout à fait étrangère et je
n'y allais plus que rarement pour faire ma cour à Mme la Dauphine, qui me traitait toujours avec une bonté distinguée.
Paris, durant cet hiver, fut partagé en deux partis; d'une part les amis du duc de Ghoiseul, et de Tautre ceux du duc d'Aiguillon, du prince de Gondé et de ceux qui se tournent toujours du côté du soleil levant. Mais ce qui fut assez singulier, c'est que les premiers eurent l'avantage dans Topinion ; la mode fut pour eux. Ils avaient pris le droit de fronder la cour, de mépriser le roi, de persifler les ministres nouveaux, et c'est peut-être de cette époque qu'on peut dater le principe des malheurs de la France.
Il y avait toujours eu des frondeurs; la cour, les ministres avaient toujours été chansonnés, mais rarement avec impunité. Les auteurs des propos ou des libelles avaient dû se cacher ou être punis. Alors, au contraire, ce fut un mérite de braver la cour, et du moment que le ministre eut répondu à quelqu'un qui demandait d'aller à Chanteloup que cette demande déplaisait au roi, pour peu qu'on connût M. de Ghoiseul, on mit un point d'honneur à le faire. Soit bonté, spit faiblesse, plusieurs permissions furent accordées, et ceux qui avaient des places près du roi, ceux qu'il traitait le mieux furent des premiers à solliciter cette permission. Les solliciteurs qui étaient refusés, les personnes à qui leur position ne donnait pas de prétexte pour la demander, vivaient entre eux à Paris