CHAPITRE SIXIÈME
disposé d'effectuer saisirent le prétexte de la sortie des blés pour faire naître une disette factice, alarmer le peuple, et faire des émeutes. On les savait d'avance ; on pilla des boulangers, on arrêta des bateaux. M. Turg[ot demanda main forte. On fit marcher la maison du roi. Mais les chefs de ce corps étaient charmés d'un désordre qui culbuterait celui qui voulait chercher et détruire les abus. Le peuple, payé pour se révolter, était paisible même dans ses mouvements séditieux.
Pour effrayer davantag^e le roi, on pilla le marché de Versailles. J'y fus, c'était une moquerie. Des femmes ouvraient des sacs de farine, en prenaient dans leur tablier et s'en allaient. Un homme qui trouvait le sac qu'il avait pris trop pesant en vidait la moitié dans la rue. Le peuple était persuadé qu'il obéissait au roi en pillant les marchés, et qu'on n'en voulait qu'aux accapareurs.
Le désordre, qui avait commencé aux environs de Paris et avait été réprimé promptement dans la capitale, g^agpnaitles provinces. On fit marcher les troupes. Mon régiment fut du nombre ; il vint à Château- Thierry. On fit une espèce d'armée dont on donna le commandement au maréchal de Biron. Je fus chargé de surveiller les marchés de la Brie, depuis Montmirail jusqu'à Vervins. On plaça des petits détachements dans toutes les villes où il y avait des marchés. Ils étaient chargés de fournir des patrouilles aux
marchands qui y apportaient du gfrainou de la farine.
Pour assurer cette opération, M. Turgrot prit deux mesures, dont Tune était la suppression du droit de hallage, que plusieurs seigneurs avaient sur partie des grains vendus à la halle de leur ville. Dans le principe du droit, il était une sorte de loyer de la halle que les différents propriétaires avaient fait bâtir pour la commodité des vendeurs. Mais il étaitdevenu un droit seigneurial que le ministre promit de réduire aux frais du roi. L'autre mesure fut d'acheter dans la ville la plus considérable de chaque arrondissement une certaine quantité de grains que Tofticier générai était autorisé a faire transporter aux marchés qui en manqueraient véritablement, et de ïy faire vendre au prix du marché précédent, et, s'il était plus bas, de l'emmagasiner. Cette mesure était secrète et ne devait être employée qu'en cas de besoin.
Le marché de Château-Thierry avait été pillé avant que mon régiment n'y arrivât, et les fermiers n'osaient porter leurs denrées ni à ce marcbé-Iâ ni à celui des villes voisines. Je plaçai, selon les instructions que j'avais reçues, mes petits détachements, et les marchés furent fournis partout. Des villages reçurent aussi une instruction pour éclairer les paysans et les rassurer, et ils s'en acquittèrent à merveille dans la partie où je commandais. Avant mon arrivée, il avait paru des hommes inconnus qui avaient prêché l'insurrection. Mais, moi présent, il n'en fut plus ques-