CHAPITRE SIXIEME
tîon. J'établis mon quartier général à Lusancy» ches le maréchal de Bercheny. On me donna des chevaux des écuries du roi pour me faciliter le moyen de me porter sur les différents points de la partie qui m'était confiée, et il ne s'y passa rien.
Une veille de marché, l'officier qui commandait à la Ferté-sous«Jouarre manda qu'il n'y avait pas de grains pour le lendemain» et que, s'il n'en arrivait pa8> il pourrait y avoir du bruit. Je fis venir six voitures de mon dépôt de Ghàteau<-Thierry et je les fis déchargfer à la halle de la Ferté avant le point du jour : Du moment que les g[ens mal intentionnés virent que leurs projets étaient prévus, il arriva du grain de toutes parts, et en si grande abondance que le prix baissa. D'après mes ordres, mon grain fut rechargé le soir et renvoyé où je l'avais pris.
Pendant ce temps-là, on rassembla un dépôt considérable à Châlons et on me proposa de m'en envoyer partie. Je répondis que je n'en avais que foire, n'ayant pas consommé un seul sac de celui que j'avais à Ghàteau-Tbierry et à Soissons. L'approche de la récolte achevait de dissiper toutes les inquiétudes. Je fis une course à Paris ; je reçus des compliments du ministre et du maréchal de Biron. Le premier fut si content de la manière dont le régiment avait servi, qu'il me chargea de l'approvisionnement de Reims où allait se faire le sacre du roi. Je quittai la rive gauche de la Marne> m'établis à Fismes, entre Soissons et
Reims, où je fis conduire deux fois plus de g^rains qu'on n'en consomma, TafCluence des étrang^ers ayant été beaucoup moins considérable qu'on ne l'avait supposé.
Le roi devait coucher à Fismes en allant à Reims. Je fus chargé de sa garde ce jour-là avec mon régiment, qu'on rapprocha de la ville en vue de la cérémonie. Pour remplir un des jours, la reine désira nous voir manœuvrer. Il y vint plus de voitures qu'il n'y avait de hussards. Mais je fis une espèce de petite guerre qui amusa, et les hussards eurent beaucoup d'argent. En revenant, le roi fut à Gompiègne. lime nomma du voyage. Après l'avoir salué à la tête de mon régiment sur la route, je m'y rendis, et le régiment alla se remettre à Soissons, sinon de ses fatigues, au moins du désordre que son éparpillement de tout l'été lui avait causé.
Quand le roi retourna à Versailles, j'allai passer quelques jours à Soissons, et je revins pour être d'un voyage de Choisy que fit le roi pendant trois jours avant celui de Fontainebleau. Le voyage de Fontainebleau fut très brillant : chasses, spectacles, bals, jeux, on n'était occupé que de se distraire. Le roi me donna pendant ce voyage un effet de cent mille livres en rente viagère sur la ville, qui m'a valu dix mille francs par an. Gela joint à la même somme de ma famille de Vienne, six mille de mon régiment et quinze cents de pension que j'avais eus à la mort de