CHAPITRE SIXIEME
y fut ajouté. La comtesse Jules était tombée malade à Paris peu après la reine, et avait eu aussi la roug^eole. La comtesse Diane resta avec Mme Elisabeth, et les trois semaines que nous passâmes à Trianon furent très agréables, uniquement occupés de la santé et de Tamusement de la reine ; de petites fêtes simples dans un lieu charmant, dans une belle sai* son, des promenades en calèche ou sur Teau, point d'intrigues, point d'affaires, point de gros jeux; seule la grande magnificence qui y régnait pouvait faire soupçonner qu'on fût à la cour. Le temps d'exil passé, tout reprit l'ordre accoutumé et je partis pour Metz avec la promesse de recevoir l'ordre d'aller à Rocroy en permanence dès que je le demanderais.
Je trouvai les esprits assez bien disposés. À ceux qui objectaient qu'il n'y avait personne à voir à Rocroy, je répondais qu'ils n'avaient pas profité de la société à Metz et que Rocroy valait encore mieux que le fort de Metz. Aux vieux je faisais voir l'économie. On pourrait toujours être en redingote, ne pas porter de sabre, n'avoir aucun devoir à rendre, peu de service. Enfin j'obtins l'ordre d'aller en permanence à Rocroy. Je quittai Metz avec mon régiment. Peu après notre arrivée dans notre nouvelle garnison, je reçus ordre de me rendre à Saint-Omer avec tout ce qui était en état de marcher et de laisser à Rocroy le dépôt, les recrues, les remontes et les éclopés. Je me rendis de ma personne à Paris. J'allai à Versailles en uniforme
iSS MÉMOIRES DU C^ VA.LENT1N ESTERUAZY
et en moustache, et y passai le tem{tô de la marehe du régfîment, que je rejoig^nis à Abbevitle pour le cooduire à Saint^Omer, où on assemblait un eaittp aux ordres du eomte de Gbabot. Je fus cantoaiié en ville, au quartier de Saint-Sèbastiea. Le camp fut eoiplayé à faire des loanœuvres, eu vue d'im p^ojiet de desceate ea Âng[leterre. L'escadre véuaie de M. d'Orvîlliers (1) et des Espag^nok parut dans la Maucke saos nea feiire. La desceate a'eut pas lieu. En octobre, on fit canton-» ner les troupes aux environs de Sain^Omer. Mon rég^ ment resta dans la ville, et ce ne fut qu'à la fin de novembre que Ton rentra dans les quartiers d'hiver. Le régiment retourna à Rocroy et noi à Paris.
Au mois d» janvier 1780^, j^' allai passer un mois i Bocpoy. Je tenais beaucoup à feire réussir mon établissement. Je fis travailler à un g^rand jardin ; les hussards défrichèrent les leurs; plusieurs officiers prirent des terrains pour tes fàîre valoir, et tout me promettait des succès. J'envoyai acheter des jumients en Normandie. J'obtins du gouveraemeat des étalons; après quoi je retournai à Paris. La promotion qui avait été faite au mois de janvier parut. J'y figurais comme maréchal de camp et j'obtins le commande^ ment de Rocroy sous Fautoi^ité des com<naadnnts des Trois-^Évéchés. Au mois de mai, on créa douze inepec** teurs ; je fus du nom-bre. J'eus pour moa département
(i) Lieutenant-général des armées navales, né en 1778, mort en 1792, à Moulins, sa ville natale.
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les régiments qui étaient en Hainaat^ et je fus faiic mes inspection» à cheval , les campagnes de Luxembourg à la main.
A cette époque, nous fûmes chargés d'inspecter indifféremment infanterie et caralerie dans la région qui nous était assignée. La mienne s'étendait depuis Guise et Givet jusqu'à Dunkerque. Nous devio^ns faire deux revues^ Tune au mois de juin, l'autre au mois de septembre. Je passai rintervalle entre Houen et Paris. Mais je restai établi presque tout le temps à Versailles. La reine fut à Trianon; on y joua la comédie, et toute la société de la comtesse Jules y fut admise. Le roi y venait diner tous les jours o>à il ne chassait pas, et y soupait régulièrement tous les soirs. La reine et Madame Elisabeth étaient seules Logées à Trianon, avec leurs dames d'honneur et la comtesse Jules. Après mes secom^s revues, je rep«ssai quelques jours à Rocroy et revins passer l'hiver à Paris.
Plusieurs régiments avaient marché pendant Tau»tomne. Le règlement des inspecteurs portait qu'ils devaient inspecter les mêmes régiments pendant quatre ans. Ceux dontj'étais chargé furent dispersés dans le royaume. Après avoir passé le mois de service a Ilocroy, je partis pour mon inspection au mois de juin 1781. M. le comte d'Artois alla à Gibraltar. Je demandai de l'y suivre et fus refusé. Après avoir inspecté en Flandre et à Boulogne, j'allai passer à Versailles le temps qui précédait les revues. L'éloigné-
ment des régiments fut cause que les inspecteurs ne firent qu'une revue. Je parlis après la Saint-Louis pour inspecter les miens à Vannes, Poitiers, Ghàtellerault et TAuverg^ne, où était celui de Royal-Navarre. Ce fut là que j'appris le désastre de Gibraltar (1) et la banqueroute de M. de Guéménée. Une fièvre double que j'avais gagnée à Poitiers et qui me suivit en Auvergne me retint quelque temps dans cette province. A mon retour, la cour était à Ghoisy et je fus du voyage. M. de Montbarey quitta le ministère de la guerre ; il avait déplu à la reine en donnant le gouvernement de Gra vélines à M. de Pontécoulant, avant qu'elle eût eu le temps de le demander au roi pour M. de Vaudreuil (2) , dont l'oncle, qui venait de mourir, en était pourvu. Un intervalle assez considérable s'écoula avant que le successeur de M. de Montbarey fût nommé. On voulait changer la forme de ce ministère, pour en charger sous un nom différent M. d'Adhémar, qui n'était que brigadier. Le projet transpira; on en fit tant de couplets et ce choix parut si ridicule que ceux qui l'avaient fait durent l'abandonner. La place fut donnée en 1782 à M. de Ségur, lieutenant général qui avait perdu un bras à la guerre de 1 741 , et qui
(1) L'échec de Texpédilioii envoyée contre Gibraltar en 1782 soua le commandement du comte d'Artois.
(2) Le marquis de Vaudreuil, lieutenant général des armées navales, cousin du comte de Vaudreuil, l'ami du comte d'Artois, connu par sa liaison avec la duchesse de Polignac et dont M. liéonce Pîngaud a publié la oorrcspondanco avvC le prince qui fut Charles X.