‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 95 sur 179 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

avec un peu d'esprit avait fait de bonnes choses. La place de gouvernante des enfants de France alla à la comtesse Jules, dont le mari fut fait duc héréditaire, et j'obtins la survivance du gouvernement de Rocroy. M. de la Rivière, en en conservant les appointements, m'en laissa toutes les fonctions.

J'y allai passer le mois de janvier comme à l'ordinaire. Lorsque j'en revins, on avait divisé les inspections en cavalerie et infanterie. Je conservais les mêmes régiments de cavalerie et on y ajouta ceux qu'avait eus l'inspecteur d'infanterie, auquel on avait donné les miens. Ils étaient assez rapprochés, excepté celui de Royal-Navarre en Auvergne. Avant de faire cette dernière course, je passai quelque temps à Versailles et je revins joindre la cour à Fontainebleau. La paix venait d'être signée avec l'Angleterre et l'indépendance de l'Amérique reconnue, événement qui a beaucoup contribué à faire éclore la malheureuse révolution qui a écrasé la France peut-être pour jamais.

Les premiers jours de 1783, M. de la Rivière mourut, et j'entrai en possession du gouvernement de Rocroy. J'y restai un mois comme à l'ordinaire, et le reste de l'hiver à Paris et à Versailles, toujours très bien traité. Ma fortune s'était considérablement augmentée. Ne voulant pas quitter le logement que j'avais chez M. du Ghàtelet à Paris, et cependant désireux d'avoir une espèce de maison à Paris, j'en

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louai au 6ro«-Gaillou uae petite qu'avait occupée La comtesse Diane et que je fi« fo^ joitmeAt arranger. Il existait alors des comités d'iiispectetirs pour fixer les ordonnances militaires. J'étais de celui que présidait le comte du Chàtelet^ et jen. étais le rédacteur. Cela m'avait obligée d'avoir des bureaux que j'avais établis dans ma maison du Gros-Caillou. J'y avais aussi quelques chambres à donner pour des officiers de mon rég^iment ou autres qui venaient à Paris.

Au mois de mai, quelques dames de ma conjiaiâsancc se proposèrent d'aller foire une coiirse en Angleterre. Depuis la paix, beaucoup d'Anglais étaient venus en France et la guerre d'Amériqiie avait mis à la mode une anglomanie qui n'a pas non plus peu contribué à la Révolution Française. Je me joignis à elles et nous partîmes, Mme de Créqui, Mme de Chalon, Mme d'Andlau, le duc et le comte de Coigny, le duc de Polignac, M. d'AndIau et omm. Nous fimes un voyage charmant. Il est impossible d'être mieux reçus que nous ne le fûmes. M. d'Adhémar venait d y arriver comme ambassadeur, M. de Moustier, qui y avait été envoyé après la paix com^me ministre,, n'en était pas encore parti. Mais, il y manquait, pour que je fusse content de ce voyage, d'y avoir milady Spencer, cette ancienne amie qui réunit tous les agréments de la société à toutes les vertus pratiques, femme unique peut-être dans le monde et dont j'aurai encore occasion de parler. Elle était allée rejoindre

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