‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 97 sur 179 · CHAPITRE SIXIEME i · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME i

je vinsse par cette route, il m'avait écrit sur toutes les autres par où je pouvais revenir d'Angleterre. J'arrivai à Versailles ; je courus chez la reine d'abord et ensuite chez la comtesse de Polig^nac, où elle venait d'aller. En me voyant, elle me demanda si j'avais reçu la lettre par le courrier. Je lui dis que non, et lui fis tous mes remerciements. Le lendemain, je les fis au roi, et peu de temps après je partis pour Rocroy, et de là à mes inspections.

Je repassai par Paris avant d'aller en Auvergne où j'avais toujours un régiment à inspecter, et j'y trouvai une lettre de ma mère qui m'appelait. Elle était inquiète de sa santé, et désirait me revoir avant de mourir. Cette lettre fut un ordre sacré pour moi. Je laissai ma voiture à Parantignac, chez le comte de Lastic, un de mes anciens camarades de la guerre, et m'en fus à cheval au Vigan. Je trouvai ma mère et ma sœur en bonne santé ; je causai beaucoup avec cette dernière de mon établissement à Rocroy ; je lui montrai les plans de la maison du gouverneur et de l'appartement que je lui destinais, si elle voulait un jour venir s'y établir avec moi. L'âge et les infirmités de ma mère ne pouvaient nous laisser l'espoir de la conserver bien longtemps, et si nous éprouvions le malheur de la perdre, le bonheur de ma vie serait de partager avec ma sœur ma fortune et les agréments de ma position. Je savais le peu de goût qu'elle avait pour Paris, et je sentais qu'elle pouvait ne pas se

soucier de débuter à son à^e dans Ul capitale. Mais elle n'avait pa« les mêmes objections â me ftiire |K>ur Rocroy, où je me proposais de passer tous les an$ plus de temps, et où, en mon absence, elle pounrait «voir une maison à mes frai^, puisque 'la plus grande partie de mes g^ens et de mes chevaux y restaient^

Elle m'êcouta avec beaucoup de sang^-froid, et finit par re&ser de souscrire A un plan qui ne pouvsiit $e réaliser qu'à la mort d'une mère qu'elle adorait. Elle m'observa, en outre, que la vie de Rocroy, au milieu d'une garnison, lui serait aussi nouvelle et aus^ désagpréable que celle de Paris ; qu'elle avmit dans sa province des amis qui lui étaient chers et qu'on ne remplace pas à quarante ans ; qu'elle n'enviait pas ma fortune, et que la manière dont je lui proposais d'en jouir ne la tentait pas. Si sa santé et les circonstances lui permettaient un jour de faire un voyage à Rocroy, elle n'y renonçait pas; mais pour un établissement, jamais elle n'y en ferait un. Elle sentait d'ailleurs Ihonnéteté de ma proposition ; elle y trouvait la preuve de ma tendresse pour elle. Mais ce même sentiment qu'elle avait pour moi la déterminait à m'en faire une à laquelle elle tenait d'autant plus qu'elle savait que ma mère y attachait le plus grand prix, dont son extrême délicatesse l'avait empêchée de me parler, c'était de me marier,

— Votre peu de fortune qui, en vous donnant de l'aisance comme garçon, ne vous permettait pas de

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