CHAPITRE S1:KI£ME
ciloisir, me dit-elle, n'existe plus. Vous avez aujourd'hui un revenu considérable; tous aveE des places, TOUS avez le cordon bleu, êtes bien à la cour ; vouis trouverez des partis qui vous conviendront, et qui auront de la fortune â assurer â vos enlants« Ce que votre mère désire le plus en ce monde^ c'est de se voir des petits-enfants avant de mourir : pouvez-vous lui refuser cette satisfaction! L'assurance que vous lui donnerez de ne pas rester célibataire est seule capable de prolong^er ses jours.
Cette phrase, prononcée avec le ton du sentiment de la part d'une sœur que j'aime tendrement, me déteimina à aller sur-le-champ trouver ma mère, lui rendre compte de ma conversation et du résultat, qui était la promesse que je lui donnais de cherdier en arrivant à Paris un parti sortable, qui réunit à la naissance, i laquelle je tenais beaucoup, une fortune assurée pour mes enfants, sans me soucier de trouver un bien acquis dont je pouvais me passer. Pendant mon séjour au Vigan, ma mère ne cessa de me dire combien cette promesse de ma part la rendait heureuse, et je lui réitérai l'assurance que ce serait la chose dont je m'occuperais d'abord en retournant à la cour.
Je me mis en route à la fin de novembre 1783. J'appris en cbemin, que M. de Fleury, qui avait remplacé M. Necker au département des finances au mois de mai, et qui avait été remplacé pendant
i91 MÉMOIRES DU C" VALENTIN ESTERHAZV
l'été par M. d'Ormesson, venait d'avoir pour successeur M. de Galonné, que la reine n'aimait pas (1), mais qui avait été porté à cette place par M. d'Harvelay et presque tous les gros financiers, qui voyaient le crédit s'anéantir sous Thonnête imbécillité de M. d'Ormesson.
En allant prendre ma voiture chez M. de Lasiic, je lui parlai du changement de mes idées, que le roman que je m'étais fait depuis plusieurs années de me réunir à ma sœur pour finir nos jours ensemble était détruit, et qu'enfin, trouvant le rôle de vieux célibataire désagréable quand il fallait n'être livré qu'à des parents ou à des valets, j'étais décidé à me marier.
— Oh! pour cela, me dit-il, j'ai votre affaire ; j'ai une cousine, fille unique, riche héritière d'un grand nom ; vous devez y penser, c'est la jeune comtesse d'Halweil, dont la mère est cousine de ma femme.
Je le remerciai de sa bonne volonté, mais je refusai l'offre qu'il me fit d'écrire à Mme de Lastic, pour rengager à se mêler de ce mariage, n'ayant pas grande confiance dans son crédit sur les femmes, ni dans sa manière de voir.
J'arrivai à Paris dans les derniers jours de l'année, et j'eus occasion de dire, par manière de conversation, que le voyage que je venais de faire dans les Gévennes avait changé ma façon de penser, et que j'étais décidé à me marier, si je trouvais un parti qui me convint.
(1) Les événemenU sur lesquels Esterhazy passe si rapidement sont trop connus, pour qu'il y ait lieu de les rappeler.