LEMAÎTRE, VAUGEOIS
était d’un gosse. Telle fut la raison profonde de la défaite des patriotes et de l'avantage remporté par l’Antifrance. Dès 1900, je sentis, pour ma part, que nous serions battus, et je puis dire que je rageais ferme, car nous devions gagner la partie, ayant tous les atouts dans les mains, sauf les disponibilités de fonds allemands et juifs, bien entendu.
Ce qui manquait le plus à Lemaître, c'était de savoir imposer son avis à quelqu'un de son entourage et qu’il aimait bien. Au bout de cinq minutes de discussion, il lâchait pied, comme si adhésion sur le fond, sur l’essentiel, emportait du même coup Padhésion sur les voies et moyens, d’où dépend le succès. Ceux qui l’approchaient, connaissant ce penchant, en abusaient ; tels Syveton et Dausset qui, par ailleurs, reconnaissaient sa supériorité de vues. M" de Loynes, bien plus solide et habile que lui, rattrapait souvent ces fléchissements; elle n’était malheureusement pas là tout le temps, et son absence au conseil se fit plus d’une fois cruellement sentir. Parmi les jeunes professeurs qui fondèrent la ligue de la Patrie Française, le plus clairvoyant, et jusqu’au génie, le plus désintéressé, et jusqu’au sacrifice, était Henri Vaugeois. Syveton et Dausset, jaloux de sa supériorité, l’éliminèrent, ce qui est fort humain et même banal, et le présentèrent à Lemaître comme un rêveur et un idéaliste. Ce fut un malheur. Vaugeois avait au contraire, mieux que Syveton et Dausset, le sens aigu des réalisations et il ne désirait rien pour lui-même. Cétait un homme que brûlait uniquement l’amour de la Patrie et de ses compatriotes. Il se représentait concrètement les lignes d'action de la politique, et d’emblée il comprit Maurras.
Si la conjonction de Maurras, de Lemaître et de Vaugeois avait été en 1899 ce qu’elle fut en 1908, si Maurras avait eu, en 1899, la direction effective de la Patrie Françaïse, le cours
des événements eût été profondément modifié, la France l’eût
emporté sur l’Antifrance, et nous aurions vraisemblablement évité la guerre ou, si nous n’avions pu l’éviter, apporté à la
guerre une préparaïion suffisante, qui en eût abrégé le cours. Les événements ne subissent pas cette morne fatalité que pro- . clame la métaphysique boche. Les hommes conduisent les événements, quand ils sont nés conducteurs d'événements. Sans “ doute Dieu est le maître des hommes. Mais il leur laisse liberté
Re CES - ED:NBURGH UnvER ÎTY ur |
et responsabilité dans le jeu des affaires humaines. Je trouve que, plus les circonstances sont grandes et tragiques, et plus ce partage est sensible. Depuis août 1914, j'en suis transpercé d’un bout de l’âme à l’autre, ainsi que d’une lance lumineuse.
Nous retrouverons Dausset, Syveton, Vaugeois, au moment de la Pairie Française. :
Auprès de Lémaître, Coppée, Île délicieux, l’ironique, Padorable Coppée : un visage noble et pur comme son cœur, de mauvaises dents, un charmant sourire, une voix railleuse, ponctuée d’un rire communicatif, un bouillonnement de généreuses indignations, dénuées du sens de Pinvective, et qu’il éliminait en vers éloquents et corrects. L’observation du passé, sous toutes ses formes, faisait de lui un détracteur du temps actuel et un admirateur entêté de Bonaparte. Néanmoins, ü ne le mettait pas en sentences et en tartines, à la façon de Frédéric Masson. Les républicains de la Patrie Française redoutaient son cléricalisme, qui lui prêtait un charme de plus; car Je ne sépare pas la civilisation française des grands ordres religieux, bénédictins, dominicains, jésuites, etc..., ni du tour d'esprit, subtil, nuancé, compréhensif des misères humaines, indulgent au pécheur repenti, que les clercs ont implanté et propagé dans notre race. L’alluvion latine, l’alluvion cléricale,
c’est de ce cher limon que nous sommes pétris. Maurras a …
exprimé cela à merveille, avec une éloquence allant au cœur des raisons, — Ô Pascal! — dans la page fameuse : « Je suis romain », qui fait le pont entre la Rome des Césars et celle des Papes. Les religieux qu’il m’a été donné de fréquenter n’ont toujours paru présenter, au plus haut et délicat degré, épurées, les vertus profondes du peuple français, exilées par des décrets monstrueux. En vérité, je me sens clérical par toutes les fibres de mon être et toutes les attaches de ma pensée, et cette tendance est de plus en plus forte, à mesure qu’avançant en âge,
je prends une connaissance moins imparfaite des caractères et
des tempéraments, ainsi que des conditions de toute société. La Réforme, c’est l’hécatombe. La Révolution, c’est le massacre. Le cléricalisme catholique, c'est la seule société, des
pations possible, et, dans l’être, le fondement de la psychologie véritable.