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LES APACHES AU SECOURS DE DREYFUS

injuriant ou flétrissant le Père Du Lac, le comparant au Rodin d’Eugène Süe, ne parût dans la presse dreyfusienne. C’était une scie, mais montée par des gens habiles et qui voulaient détourner sur « les hommes noirs » des chansons de Béranger les colères accumulées dans le peuple par les financiers et usuriers d'Israël. Cette substitution de personnes est une des raisons cachées de la virulence des agressions dirigées contre la religion traditionnelle de la quasi unanimité des Français. À partir de ce moment, quand Drumont parla de Rothschild, on lui répondit « Père Du Lac ». Le cri impie « sus aux casernes » s’accompagna du cri & sus aux couvents ».

Ces clameurs antinationales, et qui devaient bientôt se traduire en actes funestes, ne montaient pas de la tourbe, des «esclaves ivres » de Gambetta, vers les pouvoirs publics. Elles descendaient de ces pouvoirs publics et des juristes du régime, ainsi que de certains salons républicains, juifs, libéraux et conservateurs, vers les esclaves ivres. On le vit bien, lors d’une commémoration de la mémoire d’Étienne Dolet, organisée autour de sa statue, boulevard Saint-Germain, en pleine crise dreyfusienne, et que présida le bonhomme Émile Loubet. Devant « ce premier magistrat de la République » défilèrent, en chantant /’/nternationale et la Carmagnole, des bandes non d'ouvriers, mais d’apaches, porteurs de drapeaux rouges et noirs. Du moment qu’il s’agissait de sauver Dreyfus, le régime acceptait tous les concours, et il eût accepté au besoin de faire flamber Paris, comme au temps de la Commune, pourvu que brûlât, avec Paris, le jugement de Rennes. État d’esprit fort singulier, qui apparaît aujourd’hui comme une insanité incroyable des dirigeants de l’époque, qui s’explique par leur haine et leur terreur de ces chefs militaires qu’ils molestaient, de ces prêtres et de ces moines qu’ils persécutaient.

Nul doute que la politique et la diplomatie allemandes n’aient vu ce mouvement d’un œil favorable. En 1894, au moment de l’arrestation de Dreyfus, le cabinet de Guillaume II avait montré les dents, n’admettant pas que le général Mercier eût Paudace de contrecarrer l'espionnage pratiqué par les attachés militaires boches, notamment par le fameux Schwartzkoppen. Mais, à mesure que les hommes politiques républicains, à l’appel de Scheurer-Kestner, de Ranc et de Reinach, de Zola et de

Jaurès, rejoignaient la cause juive et antinationale, l’Allemagne déraidissait son visage et assouplissait le gantelet dont elle nous souffletait périodiquement. Le ministère Waldeck, héritier de la grande pensée d’Hanotaux, marqua une déférence particulière à Guillaume II, avec lequel l’homme aux yeux de poisson mort se rencontra dans les fjords de Norvège, sur le yacht du chocolatier Menier. La comtesse Greffulhe, personnalité quasi officielle, accompagnée de son parent M. Pochet de Tinan, fit tout exprès le voyage de Berlin pour recueillir, sur les lèvres de l’empereur, l'affirmation de l’innocence de Dreyfus. Vers la même époque, la finance juive de Paris et la finance allemande de Berlin et de Dresde commencèrent concurremment, dans les journaux et les milieux parlementaires français, une campagne destinée à introduire à notre cote les valeurs d’État'germaniques.

La finance allemande et la juiverie cosmopolite, cherchant une organisation politique française susceptible de les seconder dans leurs desseins, rencontrèrent naturellement la francmaçonnerie. Je ne sais pas si cette dernière est d’origine diabolique, comme le croient les bonnes gens; mais ce que je sais, c’est qu’elle sert encore maintenant (bien que vermoulue et déconsidérée) de soubassement ‘administratif à l’État républicain. Elle est une institution qui dure, à travers l’éboulement successif des hommes et des partis. Ses parlotes, ses congrès, son cérémonial, ses ennuyeux journaux, son rite niais, sont autant de points de ralliement pour tous ces sous-politiciens — «sous-vétérinaires » de Gambetta — dont l’ambition grignote le budget et dont la sottise contamine la masse électorale. Les directeurs de la politique démocratique ne se vantent plus guère de leur affiliation ou de leur soumission aux loges. Mais, dans les circonstances graves, ou tous les quatre ans, en temps d’urnes et de programmes, cette affiliation les seconde et les appuie. Ceci me paraît indiscutable.

Or, de 1871 à 1896 (revue de Bétheny), la franc-maçonnerie, bien qu’hostile en principe au pouvoir et même au devoir. militaire, avait concentré son tir sur le clergé catholique, sur l'enseignement libre, et s’était à peu près abstenue, au moins publiquement, d'attaquer l’armée. La génération républicaine de Gambetta et de son groupe, encore agissante et influente,

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