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DRUMONT ET LA € LIBRE PAROLE D

hideux Raphaël Viau, surnommé, à cause de sa laideur impressionnante, € l’homme à la tête de Viau ». Gaston Méry, qui avait de bons côtés et de l’allant, était, par ailleurs, borné, de culture médiocre et assez sournois. Joseph Ménard était éloquent, tonitruant au besoin, excellent catholique certes, mais incapable de donner, ni de suivre, une direction non fabricienne ou non épiscopale. Sans le robuste bon sens et l’habileté administrative de Charles Devos (que Méry et Guérin, bien que se détestant, poursuivaient de la même haine), le Jus aurait sombré di fois.

L’affaire Dreyfus fut, pour la Libre Parole, et la thèse qu’elle soutenait, une confirmation et une aubaine; mais une aubaine mal défendue. On y donna en plein dans le panneau d’Esterhazy, l’homme de paille, dans la fable du Bordereau annoté par Guillaume II, et généralement dans toutes les pistes de dérivation et de diversion, successivement imaginées le clan dreyfusien. Drumont écrivit, à cette occasion, des articles magnifiques, lourds de suc, d’un or sombre, qui sont demeurés dans nos mémoires et mériteraient d’être réunis en anthologie. Mais la discussion pied à pied, jour-par jour, ne fut pas à la hauteur de la situation. Si Maurras, au lieu d’écrire dans la cave de la Gazette de France, avait écrit dans /a Libre Parole de l’époque, la face des choses aurait changé. Quand PAffaire éclata, je n’écrivais pas encore à la Libre Parole (mes premiers articles y sont de 1900). mais je la lisais, avec assiduité, chaque matin, ainsi que les journaux adverses, et je ne pouvais m'empêcher de trouver que lon n’y tirait pas tous les avantages d’une situation, au début excellente et solide.

Pourtant on l’avait belle, car le principal champion de Dreyfus, son compatriote Joseph Reinach, est bien le journaliste le plus redondant, le plus vide et le plus nul qu’il soit possible de rencontrer. Avant toutes ces histoires, j’ai côtoyé ce velu à la voix de bois, ce glapissement en boule, une demidouzaine de fois, au théâtre et en ville, mais chaque fois, comme on dit, était pour moi une de trop. Qu’un tel hurluberlu ait eu une action sur des politiciens et des magistrats, cela juge une époque. Vous pensez bien qu’après tant de temps écoulé je n’en veux nullement à Reinach d’avoir défendu sa race âprement, dans la personne d’Alfred Dreyfus. Cela est

même à son acquit, sinon à son éloge, et il était tout naturel que la France l’intéressât beaucoup moins qu’Israël. Mais Paudition que le malheureux a rencontrée auprès des corps de l'État, en commençant par le Parlement, pour finir par la Cour de Cassation, est un scandale insolent. Dutrait-Crozon, déjà nommé, a fait le compte, dans Joseph Reinach historien, des bourdes, bévues, omissions, mensonges, farces, citations erronées ou fausses, accumulés par ce fantoche dans son « Histoâre de l’Affaire », comme dirait Astier Réhu, le héros de /’/mmortel. Cela est joyeux dans le tragique. Or c’est cela qui s’est imposé et qui, pour un nombre considérable de lièvres et de jobards, a fait loi.

O debiles hominum mentes, o pectora cæca!

Reinach (Joseph) parlant, il semble qu’un chien aboiïe derrière une muselière de corne. Quand il écrit, c’est Jocrisse ou La Palisse se donnant des airs de Tacite et de Thucydide. Avec cela, le gaillard a la manie de s’occuper des choses de l’armée et de conseiller les généraux, en refaisant leurs opérations. C’est alors à mourir de rire. Au temps de l’Affaire, nous avions pris l’habitude de désigner lies Hébreux importants en faisant suivre le mot juif d’une qualification définie, tirée de leur spécialité. Naquet était juif de divorce, Mendès, juif de Parnasse et de lupanar ; Reinach était et est demeuré juif de concours et même de circoncours général. Il va chercher sur l’estrade, au son de /a Marseillaise, en bombant le torse, son premier prix d’erreur de fait. Avec ça, il se croit irrésistible et galant comme il n’est pas permis. Je l’ai vu rougir, chez les homonymes de son protégé, chez les Gustave Dreyfus, boulevard Malesherbes, il y a de cela vingt-sept ans, en raccompagnant une dame décolletée à sa petite chaise dorée, après une contredanse. C’était quelque chose! On cherchait instinctivement le cocotier.

Quand on parlait à Drumont de Joseph Reinach, il répondait en riant, derrière sa barbe et ses lunettes : « Mon ami, c’est un homme fâbuleux. Il décourage l’invective. Il y en a trop ! » Cependant, en caricature, Forain, et Caran d’Ache surtout, l’ont remarquablement bien attrapé,

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