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CHARLES MAURRAS

et Rochefort, s'étaient heurtés à Maurras, à Vaugeois et à PAction Française, l'issue du combat pro aris el focis eût été différente. Les articles de Maurras dans la Gazelle de France, aux pires moments de l’Affaire tragique, notamment lors du suicide du noble commandant Henry, réconfortaient les patriotes, mais n’étaient reproduits par la presse nationaliste que timidement. Le polémiste, chez Maurras, vaut le politique, ou, mieux, sa polémique n’est qu’une dépendance de sa politique,

Comme elle infatigable, et comme elle assénée.

Après mes premières rencontresavec cet envoyé de la sagesse royale à la folie républicaine et démocratique, je songeais : « La Nature (comme disaient les anciens), ou la Providence (comme nous disons), n’a pas délégué ici-bas pour rien un Charles Maurras. Sous l’impulsion de ce génie politique, la monarchie sera restaurée. Pourvu que ce soit avant que le pays n’ait trop souffert ». Il faut que vous sachiez aussi que, les uns et les autres, nous prévoyions la guerre européenne et que cette prévision était entre nous un lien très fort. Elle nous a donné, cette même prévision, une grande partie de la jeunesse française, dont le malaise, maintes fois constaté entre 1900 et 1914, consistait tout juste en ceci qu’elle sentait obscurément venir la tourmente. La fondation des Camelots du Roi, dont tant et tant devaient tomber en héros au champ d’honneur, de 1914 à 1919, est due à cette singulière rencontre du nous (comme disait Vaugeois) de Maurras et du pressentiment de cette magnifique jeunesse. C'était la réponse des immolés futurs à la Pythie. Nous y reviendrons.

De 1906 à 1908, j’allai, fréquemment d’abord, puis assidument, aux réunions politiques qui se tenaient chez Maurras, dans son petit appartement, encombré de livres et de journaux, de la rue de Verneuil. Ce sera là, plus tard, un endroit historique, que dépeindront, avec plus ou moins d’exactitude, les Lenôtre de l’avenir. L’aspect seul de l’assistance donnait l’impression d’une conjuration intellectuelle pour le service de la Patrie. Quelques-uns étaient assis autour d’une table, où l’on

rédigeait un filet, un tract, une affiche. D’autres demeuraient debout, cependant que le fidèle secrétaire de Maurras, érudit lui-même de haute valeur, Louis Gonnet, prenaït des notes et versait au débat les documents utiles. C’est là que je fis connaissance de Léon de Montesquiou, de Jacques Bainville et de Lucien Moreau, puis de Bernard de Vesins, de Dimier, de Robert de Boisfleury, de Delebecque, de Pujo, de Lasserre et de tous ceux qui composaient les comités directeurs de l’Action Française. Je remarquai que ces hommes, ces écrivains, ces militaires, ces universitaires, de formations différentes, venus de milieux divers, convergeaient et se rejoignaient en un point, qui était la pensée de Maurras, la doctrine du Roi. Ils avaient reconnu, les uns et les autres, que là était la vérité, le salut, et ils apportaient leur intelligence et leur énergie, sans arrièrepensée, à cette entreprise. D’où une indéniable impression de certitude, de sécurité et de grandeur. La mort a fait ses trous noirs dans nos rangs. Le souvenir de ce départ en commun, pour la haute mer et le rivage ardu, est impérissable. Nous savions les luttes qui nous attendaient et nous les acceptions, par avance, d’un cœur joyeux, confiants dans l’entr’aide réciproque, l’avenir et la solidité de la cause; bien convaincus, en fin de compte, que là, et nulle part ailleurs, était l’espoir de préserver et de sauver la Patrie.

Nous n’avons pas pu la préserver, parce que le temps nous a manqué. Le déluge de sang, que nous espérions épargner à la France, en gagnant la démocratie de vitesse, est venu. Mais, à l’heure où j'écris ceci, nous voulons encore la sauver, et la lumière d'événements terribles — mais prévus — est pour nous, travaille avec nous.

Léon de Montesquiou, tombé à Souain en Champagne, le 25 septembre 1915, était un des espoirs du pays. Nourri d’Auguste Comte, de Le Play, rompu à l’analyse et à la controverse, précis et même méticuleux, éloquent, persuasif, il voyait d’ensemble et grand et sentait de même. Il lissait fréquemment sa moustache blonde, en fixant le sol d’un air méditatif, puis, la solution entrevue, riait largement. Vaugeois, au lendemain de la catastrophe, le définissait, dans le journal, «un héros raisonnable ». Rien de plus juste. On ne pouvait l’approcher sans Vaimer. Son jugement, d’une rectitude absolue, était cependant

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