TOUJOURS DES CONFÉRENCES
mandée et recommandée par Pujo, rue Lanterne, qui n’a nulle part son équivalent. On ne réfléchit pas assez à la fertilité d'imagination de la sole, qui sait toujours à quelle sauce se vouer. Elle est le Frégoli des entrées et poissons.
Se perdre dans Lyon; marcher au hasard ; monter ces escaliers vétustes, qui mènent à des placettes abandonnées ; redescendre par une pente raide, entre des couvents aux sonneries d'argent; longer l’un ou l’autre fleuve, au soir tombant ; comparer les reflets de la Saône à ceux du Rhône; entrer à Guignol, pour y retrouver, sous les auspices de Gnafron et de Chignol, le plus fin théâtre classique; manger une bugne, boire un verre de vin de Brindas ; évoquer un peu du passé — pas trop, ça rendrait triste — de cette cité que hante l’histoire; écouter le frissonnement de la nuit, avant de rentrer se coucher, dans un hôtel généralement confortable; y rêver des musées de soieries, ou de la pathétique Chapelle des Missions, rue Sala, ou des poésies de Soulary et de Clair Tisseur ; cela, je vous l’assure, vaut la peine du dérangement. C’est à Lyon que Lemaître fit, oralement, sa première déclaration royaliste, à un dîner place Bellecour. Grand enthousiasme ; mais, en sortant, nous ne retrouvâmes plus, ni lui, ni moi, nos chapeaux, envoyés ensemble au vestiaire, puis égarés. Il fallut rentrer têtes nues à l’hôtel, sous les étoiles. Lemaître, d’habitude assez ronchonneur, avait pris la chose philosophiquement. Moi pas, car je tiens et même je m’attache — comme on dit dans le peuple — à mes « effets ». Mais, à peine arrivés dans nos chambres respectives, nous voyions arriver nos chapeaux, découverts sous une banquette, au moment de la fermeture. Joie, joie, pleurs de joie et de reconnaissance!
A Perpignan, le soleil est plus chaud et moins mystique. Mais il y a, comme à Lyon, dans toute la région, un ardent foyer royaliste entretenu, propagé par nos amis Bertran de Balanda et Despéramons, ce dernier orateur de premier ordre. Chaque fois que nous allions donner une conférence là-bas — ce qui est une partie de plaisir, — nous nous trompions de gare et descendions, sur la foi de Vaugeoïs, à Rivesaltes. Il n’était que temps de remonter dans le train, en poussant nos bagages, comme les fourmis leurs œufs! Directeur du journal local, notre pauvre Alphonse Massé, tué à la guerre,
nous attendait et nous parlait des progrès réalisés. Là, de nombreux villages sont royalistes, où Z’Aciion Française compte quantité d'abonnés. Le vieil hôtel de la Loge, où nous descendions, est un des plus charmants, des plus « ancienne France » que je connaisse, avec ses grandes chambres chauffées au bois et la bonhomie attentive du service. Nous n’aimons pas, Pampille et moi, ce qu’on appelle le confort moderne, ce « chauffage central » qui fait mal à la tête, ces toilettes automatiques, dont le mécanisme se détraque sans cesse, l’insupportable téléphone qui vous réveille en sursaut au milieu de la nuit — le portier de garde se trompant de chambre, — le larbinage suisse, anonyme et effrayant, .qui vous traite cérémonieusement, avec une indifférence parfaite. Il nous est agréable de parler à la dame de lhôtel, d’aller serrer la main au patron devant sa broche, dans sa cuisine, de nous informer du menu et de demander et d’attendre patiemment de Veau chaude et une brosse à habits. Edmond de Goncourt avait joliment raison quand il criait € À bas le progrès », si l’on peut appeler progrès cette manie des palaces, qui supprime le véritable confort, sous prétexte de « confort moderne », et remplace la cuisine par.des sauces toutes préparées — horreur! — et des gelées à la colle de poisson... ou d’autre chose.
Perpignan, cité privilégiée, participe de la mer et de la montagne. Elle a les deux étincellements, celui de l’eau, celui de la neige, l'une et l’autre frappées par le soleil. Ainsi que dans l’ode célèbre de Mistral, les Catalans sont mes frères, par leur façon de sentir, d'exprimer, et de surmonter, à l’aide de la bonne humeur, les petits, moyens et même gros embêtements de la vie. Je parle aussi bien des Catalans espagnols que des Catalans français. Quand j'ai fait la connaissance de notre génial Santiago Rusinol, auteur du Catalan de la Manche, des Mysliques et de trente chefs-d’œuvre (sans compter quelques centaines de toiles admirables), j’ai pensé que je le: connaissais depuis toujours et que nous avions été élevés ensemble. Pourquoi cela ? Parce qu’il est une quintessence de Catalan, le Catalan type. Avec un auditoire catalan, je me sens complètement à mon aise et je me retiens pour ne pas lui conter des histoires, au lieu de parler politique. Ces séjours,
ee
ns. ol ne ms l-DÉÉ Ch à de