‹ MemoriesChapitre 73 sur 121 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La Jeunesse nous suit.

Le mouvement des Camelots du Roi.

Premières manifestations dans la rue.

Les Étudiants d'Action Française.

Les républicains essaient de nous imiter.

EE: première objection faite à l'Enquête sur la Monarchie, puis à l’Action Française revue, et enfin PA. F. quotidienne, avait été que la monarchie était un régime aboli et périmé en France, n’ayant aucune chance de remplacer désormais la démocratie triomphante. Quelques imbéciles, amis des métaphores, ajoutaient gravement qu’un fleuve ne remonte pas à sa source. Évidemment. Dans ces conditions nous n’avions chance d’être suivis que par quelques momies aux chefs branlants, quelques chouans égarés dans cette admirable société moderne, où l’on ne fait plus jamais la guerre et qui, selon le mot de cet ahuri de Viviani, a éteint les étoiles au fond du ciel... « Un canapé d’hommes d’esprit », disait quelqu’un d’indulgent, en parlant de nous.

Or il arriva ceci : quelques mois après la fondation du quotidien, un certain nombre de jeunes gens, appartenant à la classe moyenne et laborieuse, qu’enthousiasmait la doctrine, censée ardue, de Maurras, vinrent à nous. Ils firent boule de neige, parmi leurs camarades et leurs contemporains. Ce fut le début d’un vaste mouvement, qui devait bientôt entraîner la majorité de la jeunesse française, aussi bien chez les étudiants que chez les employés, artisans, voire maints ouvriers et cheminots. Je ne puis dire que cet élan nous surprit. Nous l’escomptions, nous l’attendions, il nous semblait difficile qu’il

ne se produisit pas. Mais il fut incomparablement plus vif et plus rapide que nous ne l’eussions imaginé ; et il commença à Paris, ce qui était un excellent signe, non dans telle ou telle province où il y avait eu, de tout temps, des survivances royalistes. L’A. F. a commencé à être populaire parmi les jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans, d’abord vendeurs volontaires du journal (d’où la dénomination de Camelots du Roi), puis organisés, disciplinés et représentant une force nationaliste, ensuite nationale, au service de l’Ordre et de la Patrie et de celui qui les conditionne : le Roi de France.

De 1909 à 1914, d’innombrables légendes, imbéciles ou odieuses, ont couru sur ces êtres d’élite qu’ont été et que sont les Camelots du Roi. Mais quelques mois, quelques semaines avant la guerre, ils prirent soudain un rôle de premier plan, par la défense qu’ils firent de la loi de trois ans, par les piles sérieuses qu’ils infligèrent aux bandes révolutionnaires des Sans-Patrie, par leurs magnifiques cortèges en l’honneur de Jeanne d'Arc. Puis vint la terrible lutte de quatre ans, au cours de laquelle, combattant au premier rang, ils s’illustrèrent à jamais, dans des conditions héroïques qu’immortalise leur Tableau d'honneur. Des milliers d’entre eux ont été tués, mutilés, blessés grièvement au champ d’honneur. Ces sacrifices nous sont un gage du succès immanquable et prochain de la Cause ainsi sanctifiée, qui est celle du pays tout entier. Ces admirables enfants connaissaient la responsabilité du régime dans l’effroyable impréparation à la guerre, qui empêcha la première victoire de la Marne d’être décisive. La connaissant, ils n’en coururent pas moins aux armes et à la mort, avec une farouche énergie, la même qui les animait, depuis six ans, contre les ennemis de l’intérieur. De sorte que quiconque oserait les calomnier, maintenant, calomnierait du même coup leur holocauste. Que les ennemis de la cause royale et nationale et de l’Action Française se rassurent : décimés, et bien au delà, par les Boches, les Camelots du Roi ont reformé leurs rangs et vu, dans l’enthousiasme, leur nombre augmenter, décupler. Ils sont, à l’heure où j'écris, aussi résolus et Me plus nombreux qu’avant la guerre.

De leurs trois chefs, datant de la fondation, l’un, Maxime del Sarte, a laissé un bras sur le champ de bataille; le second,

Page 1