LES CAMELOTS DU ROI
Marius Plateau, a eu le rocher emporté par une balle allemande, pendant que son frère Gabriel était tué ; le troisième, Lucien Lacour, marche avec une paire de béquilles. Ils n’en demeurent pas moins à leur poste glorieux, entourés de l’admiration et de l’affection que l’on devine. Si la Providence n’a pas permis qu’il fussent tués, — comme leur témérité les y exposa, pendant la guerre, mille fois, — c’est qu’elle les réservait, sans doute, pour un accomplissement de destinée, pour ce que j’appellerai, sans ambages, le second salut de la nation, le premier ayant été la victoire de 1918.
Ce sont trois personnalités différentes : Maxime — comme on l’appelle d’un bout de la France à l’autre, dans tous les milieux d'Action Française, — est un artiste né et qui a eu, de bonne heure, le sens psychologique. Il a la passion de la sculpture. C’est dans son atelier qu’il faut le voir, au milieu de ses groupes, de ses plâtres, de ses maquettes, de ses projets. Marius Plateau est un organisateur, et, dans toute l’acception du terme, un chef, doué d’un sens politique puissant et subtil. Lucien Lacour, c’est le type même du Parisien, hardi, entrainant et railleur, travaillant la foule comme le bois, car il est dans le mobilier, sous les ordres de son excellent père, maître artisan comme on n’en fait plus. C’est autour d’eux, ainsi qu’autour de trois tiges, fortes et flexibles, plongées dans la liqueur sursaturée du patriotisme, que se sont agglomérés, en douze ans, par couches successives et générations ardentes, les milliers de jeunes gens qui, maintenant, propagent en tous lieux la vérité royale. Leur autorité, vu leur prestige personnel, n’était ni contestée, ni discutée. Les heures que nous avons vécues ensemble, à travers tant de circonstances de couleurs diverses, demeurent parmi les meilleures de ma vie. Que de rires, puis que de deuils, puis que d’espérance |
C’est une erreur de croire que les jeunes gens sont moins aptes que les hommes faits aux controverses et luttes civiques. Si leur tempérament est bon et sain, ils y apportent, au contraire, un besoin d’action et d’intervention rapide, qui arrache souvent le succès. Leur foi, neuve et brillante, a le zèle de se prodiguer en dehors, à mesure qu’elle se concentre dans leur esprit. Ma génération ignorait ces dévouements à la chose publique, et elle usait, en gamineries et puérilités, ou vaines
Dauper. Souvenirs, Il. 16
querelles, sa soif de mouvement. De 1887 à 1900 (c’est-à-dire au coùrs du boulangisme et du nationalisme), est venue au monde une génération bien supérieure à ses aînées, extraordinaire, à tous points de vue, héroïque, lucide et précoce, chez les aristocrates comme chez les bourgeois, grands, moyens et petits, comme chez les paysans, ouvriers et artisans. C’est elle qui, par son sacrifice sublime, a refoulé, puis vaincu, la barbarie germanique. C’est elle qui ramènera le Roi.
Les contemporains se réndent mal compte de ces choses, qui se passent cependant sous leur nez, mais qui gênent leurs idées prononçues (si l’on peut appeler cela des idées) et leurs préjugés plus ou moins baroques. C’est cependant un phénomène singulier qu’un garçon de vingt ans, employé dans un bureau (cas moyen), ou électricien, ou cheminot, ou gazier, ou ébéniste, ou étudiant, ou ce que vous voudrez, ayant ouvert un journal et lu un article de politique pure, ou rencontré un camarade éloquent et persuasif, ou assisté à une réunion qui lui a plu, ou médité dans son coin sur un livre, se sente subitement une conviction royaliste, — alors qu’on lui a seriné, à l’école ou au lycée, qu’il n’y aura jamais plus de roi et que le roi est l’ennemi du peuple, — de l’amour pour un souverain en exil et le désir violent de le ramener, au prix d’années, de mois, de semaines de prison, de mille difficultés, d’ennuis de tout ordre, sans compter les scènes à la maison et les blagues des copains ignorants et sceptiques... « Des énergumènes, des fanatiques, des mercenaires », grommelaient, avant la guerre, des canailles comme Ernest Judet, traître à sa patrie, appointé par l’Allemagne, des légions de crétins ou de foireux comme..., mais ils sont trop, à quoi bon les nommer !.. Allons-y, tout de même, pour le pseudo-poète Henri de Régnier, dit « le pendu de l'Académie Française », à cause de sa mine étirée et flasque, qui railla bassement les Camelots du Roi, dans je ne sais quel vaseux article ou roman crébillonnard ; et aussi une nuée de petits auteurs ou journalistes désireux de faire leur cour au pouvoir et déclarant inexistant un mouvement d'ensemble de la jeunesse française qui avait, dès cette époque, en réalité, tous les caractères d’une lame de fond.
Car c’est dans le monde conservateur, libéral, académique et boulevardier, — où la frousse, le papotage et le topo fade