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LES CAMELOTS DU ROI

rémplacent l’action et la décision, — que l'institution des Camelots du Roi fut d’abord le plus violemment critiquée, blâmée et vilipendée. Cela se conçoit. Des gens qui vivent dans une terreur perpétuelle de l’autorité républicaine, du jacobinisme et de la révolution (de ce qu’on appelle le bloc de gauche) se disent que la résistance ouverte aux persécutions, qu’ils se contentent de déplorer, va attirer sur eux l’eau, le feu, le poison et les sept fléaux. Jusqu’à l’Action Française, une reculade savante, et qualifiée même de tactique, de la part des hommes d’ordre, avait convaincu la clique républicaine, juive, maçonnique et parlementaire, qu’elle pouvait absolument tout se permettre contre les catholiques et les patriotes, que personne ne regimberait. Avec l’Action Française et les Camelots du Roi, ça changea.

Les principales statues de dreyfusards, érigées comme trophées de guerre civile, furent mutilées ou brisées. D’où pluie d’amendes et de jours de prison, au petit bonheur, car on ne connaissait jamais les vrais & coupables ».

Le grand meneur de l’anticléricalisme officiellement déchaîné, l’ex-révolutionnaire Aristide Briand, fut publiquement et solennellement giflé par Lucien Lacour, qui écopa, de ce fait, deux ans de prison, dont il fit une grande partie à Clairvaux. Le dit Briand, jadis avocat, traîne-la-savate de Saint- Nazaire et de Montmartre, puis secrétaire de rédaction de la Lanterne, puis champion de la grève générale, était devenu, entre temps, grand maître de l’Université (1), promoteur de la Séparation, et président du Conseil!

La commémoration de Jeanne d’Arc, la Sainte de la Patrie, étant officiellement interdite, les Camelots du Roi s’assirent sur cette interdiction et recueillirent, en l’honneur de la bonne Lorraine, des milliers de jours de prison. S’étant dressés contre les bandes révolutionnaires, ils subirent encore, de ce fait, mille vexations, amendes et séjours à la Santé. Mais plus on les frappait, plus ils s’entêtaient, gagnaient du terrain, faisaient des prosélytes, ainsi qu’il est naturel en France, pays de clair bon sens, et à Paris, ville au cœur généreux, qui met le patriotisme au-dessus de tout.

Une circonstance dramatique donna l'essor à la popularité des Camelots du Roi, ces gendarmes supplémentaires, comme

les avait baptisés Maurice Pujo. Au début de l’année 1910, pour des causes encore mal connues — comme tout ce qui concerne l’hydrologie et la météorologie, — se déchaînèrent, en France et notamment à Paris, de formidables inondations. La Seine, ordinairement si tranquille, aimable et souriante entre ses vieux quais plantés d’arbres, devint pareille à un lion furieux. Très vite la banlieue fut tendue d’une eau bourbeuse et sans cesse grossie, notamment la banlieue sud, du côté de Charenton et de Villeneuve-Saint-Georges, à cause du grossissement-simultané de la Marne. Les pauvres gens demeurant dans des cahutes ou de petites maisons de cette région durent déménager en hâte. D’autres se trouvèrent subitement cernés chez eux par le fléau et dans une situation périlleuse. La police de sauvetage était débordée, la police tout court aussi, à cause des malandrins, qui, bien entendu, profitaient du désastre et pillaient les mobiliers flottants, toutes les épaves. Alors, sous la direction habile de leurs chefs, les Camelots du Roi, déjà nombreux, bien que d’institution récente, se mirent à l’œuvre. Il se divisèrent par équipes, louèrent des barques. Une souscription rapidement ouverte, rapidement fructueuse, leur permit d’acheter des vivres — notamment du fromage de cochon, du pâté de foie ordinaire, des miches de pain, du vin, des boissons maintenues chaudes, — qu’ils allèrent distribuer dans les cités ouvrières, devenues lacustres, qui s’étendent de Bercy à Draveil. On les appelait, on les remerciait, on les acclamait, avec cette ferveur dans la gratitude qui est le propre des masses populaires, à la sensibilité toujours frémissante, en raison, je pense, de la gêne quotidienne et de l’entr’aide rendue indispensable. Ils dépensaient leurs provisions sans compter, et plus ils les dépensaient, plus les subsides augmentaient. L’élan de tous fut extraordinaire, ainsi que dans toutes les circonstances impérieuses ou tragiques. Le public royaliste est le plus généreux de France, c’est bien connu. Quand il a de l'argent, il donne son argent. Quand il n’a pas d’argent, il donne sa peine, son encouragement, ou ses prières, selon les cas. Il ne demeure jamais indifférent aux appels, ni à la détresse, ni aux deuils. Cela tient à l’équilibre de l’idéalisme et du réalisme, qui est comme la fleur de la raison française. Je me rappelle les figures

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