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LA PENSÉE ET L'ACTION

c'est qu'avec les anciens braconniers on fait les meilleurs gardes-chasse, et avec les anciens incendiaires les meilleurs pompiers : « Voyez Fouché ». À quoi nous répondons : « Fouchez-nous la paix ».

Je pense que Vaugeois, quand il a imaginé ce beau titre, l'Action Française, si simple, expressif et grand, était irrité, comme nous le sommes tous, par la prétendue antinomie entre la pensée et l’action, dont se gargarisent les libéraux. L’action découle de la pensée, mes pauvres diables! Une pensée politique qui n’est pas maîtresse d’actions est inerte et insignifiante. Une pensée qui est maîtresse d’erreurs est dangereuse. Une pensée qui est maîtresse de mauvaises actions est criminelle. La pensée de saint Thomas d'Aquin tend à l’ordre du monde et se retrouve au fond de toutes les entreprises bienfaisantes et généreuses des temps modernes. La pensée de Richelieu commande toujours la politique féconde de la France et quiconque s’en écarte nuit à son pays. La pensée de Luther n’a pas finide jeter l’univers dans des convulsions. La pensée de Spinoza commande toujours l'État juif. L’acte est en quelque sorte la sécrétion de la pensée, et celui qui, ayant médité quelque chose d’utile, de noble, ne Pagit pas, est un impuissant, un phobique, un demi-infirme.

La pensée s'exprimant par la parole, beaucoup de gens s’imaginent que, quand ils ont parlé, ils ont agi. D’où le régime parlementaire, qui laisse au gouvernement le soin d'agir, et répand des flots de paroles autour d’un minimum d’action gouvernementale. Il y a des cas, fort rares, où la parole équivaut à un acte, mais il importe que d’autres actes viennent rapidement soutenir cette équivalence. La règle chez nous est de ne jamais délibérer sans prendre une résolution, si petite soit-elle. Autrement à quoi servent les palabres ?

J’ai souvent pensé qu’un des vieux républicains qui avaient dû être le plus étonnés de l’apparition des Camelots du Roi était sans doute Clemenceau. Vers 1907, parcourant, comme ministre, cette Vendée où il est né, il avait prononcé, je ne sais plus où, une allocution aux « derniers des chouans », dont je m'étais amplement moqué dans la Libre Parole. Le fond de cette allocution, d’un tour officiel, c’était l’opposition classique entre le hideux passé guerrier et romantique et le radieux avenir pacifique et démocratique, opposition qui faisait le bagage

intellectuel de presque toute la génération de Clemenceau. Je n’insiste pas sur la nigauderie et la pauvreté du thème. Mais, trois ans après ce célèbre topo, qui fit rigoler’ quatre-vingt mille chouans vendéens, bien plus libres d’esprit que Clemenceau lui-même, il se constituait, à Paris, un bataillon de jeunes royalistes, qui, depuis, ont fait de fameux petits. Chose admirable, un des chefs de ces jeunes royalistes, Maxime del Sarte, fut un des premiers persécutés du cabinet Clemenceau, ou du moins du juif Schrameck, aujourd’hui sénateur, alors directeur du service pénitentiaire au ministère de l’Intérieur. Passé à tabac dans les services de Schrameck, Maxime regimba comme il sait le faire : l'Action Française s’empara de l’incident, Clemenceau fit venir le vaillant garçon-et le confronta avec Schrameck. Ce fut une entrevue mémorable. Le temps passa. Quelques années plus tard, Clemenceau ayant sauvé le pays, dans les conditions que l’on sait, Maxime, amputé du bras à la guerre, lui écrivit, le revit, et les deux adversaires, le vieux et le jeune, se prirent d’affection l’un pour l’autre, le dernier des républicains de la génération de 70 pour le premier des nouveaux royalistes. C’est le plus beau symbole de l'Union Sacrée. Il est à l'honneur de Clemenceau d’avoir senti immédiatement la flamme généreuse qui est en Maxime et qui a fait de lui, précocement, un héros complet et, par-dessus le marché un héros de bonne humeur.

C’est ainsi que le « salon de conversation », triste et minable, de la Santé — avec son odeur de plâtre, de laine humide et de haricots, — renferma simultanément le prototype de la jeunesse républicaine et révolutionnaire, Almereyda, et le prototype de la jeunesse royaliste, Maxime del Sarte. Le contraste se poursuivit jusqu’au bout, d’une façon parfaitement logique. Après avoir trahi son pays, Almereyda mourut à l’infirmerie de la prison de Fresnes, le col pris dans les lacets républicains, parce qu’il savait trop de choses. Après avoir perdu un bras sur le champ de bataille, Maxime, de l’autre bras, se mit à sculpter, avec un talent superbe et sans cesse grandissant, en attendant le retour de son Roi.

— Mais c’est une image d’Épinal que vous nous montrez là.

— Certainement, dans les temps dramatiques, hommes et

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