L’'IDÉE ROYALISTE
amis de la tranquillité et de la prospérité françaises, à la combattre par la plume et par la parole! Mais quand vous aimez votre pays, vos compatriotes, la raison, et quand vous voyez saboter tout cela par un régime imbécile et bavard, qui ne tire parti de rien, qui oublie tout, qui ignore la préparation, la prévision, la compétence, comment demeureriez-vous inerte sans remords ? Alors surtout qu’il y a, tout près de là, en exil, le souverain doué souverainement, capable de retourner la situation et de sauver la mise!
Ce sentiment, ainsi exprimé, est celui qui mouvait et qui meut nos Camelots, nos Étudiants, nos Ligueurs. Je les connaïs fort bien. Ils ne sont pas plus que Pujo, que Maurras, que Bainville, que Mcreau, que moi, des tapageurs, des braiïllards, des énergumènes. Ils ont constaté les malheurs de la Patrie, cherché la cause de ces malheurs, qui est l’absence du chef héréditaire, du grand axe de cristallisation des intérêts nationaux et de groupes, trouvé cette cause dans /’Action Française, et résolu d’y remédier. Leur vie a ainsi le plus noble des buts ; ce qui ne les empêche pas de continuer leurs métiers, leurs professions, leurs divers travaux, et d’y exceller, en raison même d’un stimulant supérieur. Parmi les chefs des Étudiants et Ligueurs, je songe avec douleur à un Henri Lagrange, jeune homme d’une intelligence surprenante, en qui s’annonçait une carrière littéraire et philosophique de premier plan, et qui fut tué au champ d’honneur. Quelle fougue conjointe dans la pensée et dans l’action ! Je songe à Octave de Barral, engagé volontaire malgré sa terrible myopie, tué à son poste d’observation, au premier rang, et qui publiait de si fortes et substantielles études dans la Revue hebdomadaire. Je songe à ce fin, charmant, intrépide Pierre Gilbert, notre collaborateur, et à ses articles stimulants de la Aevue critique (atrocement décimée de 1914 à 1919), pages qu’on ne peut relire sans un amer regret d’un pareil talent à jamais disparu. Je songe à notre Noël Trouvé, avocat au grand cœur, à la parole convaincante, propagandiste incomparable, tombé, comme Pierre Gilbert, au service de la France. Je songe au poète Jean-Marc Bernard, au poète Lionel des Rieux, l’un et l’autre chéris des Muses nationales, qui couronnèrent leur génie lyrique par le sacrifice de ce génie au poème immortel de la Patrie. Je songe
au vaillant d’Aubeigné, au spirituel et fougueux de Merlis, à l'avocat Couprie. Autant de rayons de lumière, confondus maintenant dans l’immense embrasement de l’hécatombe, mais que nous continuons à aimer, à honorer, à rappeler aux survivants, de toutes nos faibles forces. Je suis effrayé de citer ces quelques noms, à la pensée de ceux que j’omets, qui collaborèrent ardemment à l’œuvre commune, et qui n’auront pas vu son accomplissement, ni même, pour quelques-uns, la France sauvée ! On voit maintenant quels étaient ceux qui se dressaient contre la République, avant de s’immoler à leur pays : l'élite, à tous les niveaux, du sang français.
On voit aussi ce que valaient leurs détracteurs, leurs insulteurs, leurs adversaires les plus acharnés, et de quel côté étaient la sagesse avec l’honneur et le sentiment du droit! Mais l’on ne pouvait prévoir, objectera-t-on de 1909 à 1913, ce qui arriverait en 1914. Comment celaP Nous l’avions bien prévu, nous autres, et ce n’est pas pour une autre raison que nous courions à la monarchie, comme au seul moyen de prévenir, par le refoulement de l’envahissement allemand, une guerre que cet envahissement rendait inévitable,
Lorsque ces divers groupements de jeunes héros commencèrent à se former (1909-1910), les politiciens ricanaïent et affirmaient que ce serait un feu de paille, et qu’il y en avait pour six mois au-plus. Cependant le mouvement ne fit que s'étendre et je recommande, à ce point de vue, — ne pouvant y insister ici, — la lecture de la collection du journal. Je la recommande aux royalistes comme un encouragement à redoubler d’ardeur ; je la recommande aux républicains, comme un motif de découragement, Il est une rubrique, celle de la Ligue, que l’on voit ainsi s’étendre et gagner sans cesse dans le quotidien, au point que, si on lui accordait seulement les dimensions qu’elle mérite, elle emplirait toutes nos colonnes. Là sont résumés Les comptes rendus des conférences en provinces, les convocations, les cours, les mentions, les citations, à l’ordre de la propagande, les affiches, les tracts, les brochures. C’est un regroupement complet des forces nationalistes, en même temps, sur tous les points du territoire, qu’un réveil général de l’idée du Roi. De 1911 à 1913 et aux six premiers mois de 1914, un immense frisson parcourut la jeunesse fran-
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