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LES ( BANDITS EN AUTOMOBILE

de l’expansion industrielle, de la rivalité politique, de l’incompréhension intellectuelle, etc. En réalité la cause de la guerre est aussi inconnue que celle du cancer. Est-elle dans les astres, comme le prétendentles astrologues ? dans une loi cachée de la condition humaine, comme le soutiennent les théosophes? dans une rupture d’équilibre entre les nations, tenant elle-même à une rupture de psychologie entre chefs et conducteurs des dites nations ? Nul ne le sait. Nous n’en sommes encore qu’aux constatations et aux hypothèses.

En voici une : dans le courant de l’année 1912, se forma, agit, puis se dissipa une association de malfaiteurs, dite « des bandits en automobile », d’une audace extraordinaire, d’un caractère assez spécial, je veux dire nettement anarchique, qui répandit la terreur pendant plusieurs semaines, sema la mort violente, et disparut elle-même dans la mort violente, avec un courage stupéfiant. Comme directeur de journal et aussi comme psychologue, j'ai suivi cette affaire de près. Elle m’a passionnément intéressé, beaucoup plus que tous les mouvements révolutionnaires qui se sont succédé depuis et qui dégagent une certaine monotonie — à l’exception de la subversion bolchevique russe — par la disproportion entre les menaces et la réalisation, autant que par le poussiéreux de la doctrine. Ce brave Karl Marx est illisible, et Kautsky aussi est illisible, et Lénine lui-même, qui a fait scier, pendre, fusiller, déboyauter tant de gens, est une effroyable source d’ennui mêlé au sang. Quelle que soit la forme du collectivisme, il y a en lui un côté caserne, enrégimentement de l'esprit et du corps, servitude matérielle et mentale, dispensaire, distribution de paquetages, qui rebute le Latin que je suis et le passionné partisan de la liberté intérieure qui s’agite en moi, sous la reconnaissance, bien entendu, des effets et des causes. Les Robinsons de l’anarchie me paraïssent fort supérieurs, humainement et inhumainement parlant, aux Ramollot et aux Ronchonnot de guerre civile qui siègent dans les congrès du socialisme, quelle que soit la couleur de ce socialisme. Je mets à part le syndicalisme, mode de résistance à l’intolérable pression ploutocratique, que je trouve parfaitement légitime, corporatif, nécessaire et souhaitable, et qui ne se confond d’ailleurs nullement avec les somnifères théories des Kautsky et hégeliens du marxisme. Mais je ne

développerai pas ce point, car je deviendrais, à mon tour, bien embêtant.

L'histoire dont je parle commença par une agression contre un garçon de banque, rue Ordener, continua par l’attaque, à main armée, d’une automobile sur une route en forêt de Sénart, puis d’une banque à Chantilly, par l’assassinat de diverses personnes, notamment d’un gardien de paix place du Havre et d’un sous-chef de la Sûreté à Ivry, etc., etc... Pendant quinze jours on n’y comprit rien. Les gens lisaient avidement les journaux, émettaient les suppositions les plus falotes, se barricadaient, la nuit venue, dans leurs maisons, surtout en banlieue. La police était sur les dents. Puis, peu à peu, on sut les noms des auteurs de ces attentats répétés, qui semblaient plutôt encore assouvir une rancune générale et féroce contre l’ordre social que rechercher une acquisition de capitaux aussi rapide et autrement brutale que le jeu de Bourse et de finance. Des portraits parurent, des silhouettes de fauves se précisèrent, ainsi que dans les romans de la jungle, de Kipling. On parlait d’un bandit du nom de Bonnot, d’un autre qui s’appelait Garnier, d’un troisième nommé Carouy, d’un quatrième nommé Soudy, d’un cinquième du nom de Callemin, dit « Raymondla-Science », d’un sixième appelé Monier dit « Symentoff », d’un septième nommé Vallet. Ils étaient en tout une douzaine, qui abattaient les policiers et au besoin les passants, comme des pipes au tir de la foire. Ils ne se dénonçaient pas entre eux, ils ne se « donnaient » pas, comme dit l’argot. Ils ménageaient les femmes et les enfants : & Caltez, les gosses », avait crié Soudy aux gamins, lors du sac de la banque de Chantilly. On prêtait à Raymond-la-Science des théories philosophiques; à Bonnot, un grand amour déçu. Des paris s’engageaient : quel est le chef ? Je croyais que c’était Bonnot. On m’a affirmé depuis que c’était le jeune Garnier.

Il est incontestable, si paradoxale que cette affirmation paraisse, qu’il y avait, chez ces bandits, un certain héroïsme. Leur tentative, bien entendu, était absurde. On ne change pas la société à dix, ni même à cent, ni même à dix mille, en tirant des coups de revolver. D’ailleurs ils n’avaient, à ce qu’il m’a semblé, aucun programme de remplacement. Leur vision demeurait paroxystique et suicidaire. Traqués et contraints de

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