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tout lui sei*t d'instrument; on est tenté de croire qu'il avait la faculté d'ensorceler quiconque était en contact avec lui. 11 triomphe de la répugnance de la papauté , du mépris de la duchesse d'Orléans, de rinconstanoe du régent, de la froideur du roi, des railleries des courtisans, des sarcasmes des beaux esprits, de l'astuce de toutes les puissances étrangères. Tout s'insurge contre lui , il attire tout à lui. U s'identifie avec l'Ëtat, ne vit que pour l'État , et absorbe tout pour l'État. Le jour de sa mort , les actions de la Compagnie des Indes baissèrent de trois cents francs. Âlberoni a révolté les princes du sang et révolutionné toute l'Europe pour le renverser ; et lui , il chasse Alberoni de Madrid et amène Philippe V à donner une reine à la France, et à recevoir une fille du régent pour partager la couche nuptiale du prince des Âsturies. Il signe des ta*aités d'alliance avec l'Angleterre, la Hollande et l'empereur, et par là il pacifie le monde entier. Il est le seul et le premier qui ait compris que l'Angleterre est l'alliée la moins onéreuse, la plus naturelle et la plus utile pour la France, et que de l'union de ces deux voisines doit résulter le sort des autres nations. L'Angleterre, étant bornée par les mers, ne peut pas s'agrandir, et par conséquent son alliance n'entraîne dans aucune guerre. Toutes les autres nations, au contraire, peuvent empiéter les unes sur les autres ; des subsides et des guerres sans fin doivent être la conséquence de la préférence accordée à l'une d'elles. La France a dû la prospérité dont elle a joui sous le ministère de Fleury aux principes de Dubois. La rupture de Louis XY avec l'Angleterre fut suivie de la capture de tous nos vaisseaux , de la perte de tous nos comptoirs et de presque toutes nos colonies , de la déconfiture de la Compagnie des Indes, de la ruine du commerce, de l'épuisement de nos finances, de désastres nombreux, de victoires aussi funestes que des défaites, qui n'aboutirent qu'à une paix humiliante. LouisXVI brûla à son tour de lutter contre l'Angleterre ; sa témérité lui coûta un milliard, la couronne, l'honneur et la vie. Quels avantages Louis XV et Louis XVI ont-ils tirés de leurs alliances? aucun. Us ont ruiné leurs sujets pour le plaisir de secourir des rois qui ont affermi leur trône ou reculé leurs frontières , puis nous ont abandonnés ou trahis, ou nous ont été absolument inutiles. Éclairé par les malheurs de Louis XIV, Dubois prévit tous ces dangers, et estima qu'on ne les éviterait qu'en se rapprochant de l'Angleterre. Il changea la face des relations étrangères. On ne toucha jamais à l'édifice
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qnll construisit avec tant d'habileté , sans que la monarchie en fût ébranlée. Maître absolu , il n'abusa ni de 9on crédit^ ni de son pou- Toir. Tous ses ennemis eux-mêmes conviennent qu'il n'était point méchant. U se contenta de purger la cour de quelques roués indiscrets et insolents ; il faut l'en louer plutôt que l'en blâmer^ puisqu'il en restait encore assez. Sans appui et sans entourage , il dédaigna les flatteries des philosophes et l'obséquiosité des courtisans; aussi scm talent fut-il méconnu et son caractère noirci. Inaccessible aux importuns y terrible pour les jansénistes^ contempteur des beaux eqiritSi les jansénistes ne lui pardonnèrent point de les avoir réduits an silence, les courtisans et les beaux esprits de négliger de leur donner la becquée et des pensions. Il n'obtint donc pas cette célébrité que les distributeurs de la renommée n*ont jamais manqué d'accorder à tous les ministres qui ont prodigué les deniers de l'État aux grands seigneurs et aux philosophes. Sans ses soupers et ses aumônes » Necker ne serait pas arrivé au contrôle général. Choiseul n'a été le plus prôné de tous les secrétaires d'État , que parce qu'il a eu soin d'offrir chacpie semaine des dîners excellents aux oourtÎBans et des gratifications à tous les philosophes, depuis Voltaire jusqu'à La Harpe. L'impératrice Catherine et le roi Frédéric n'ont-ils pas dû toute leur réputation à une poignée d'écus qu'ils envoyèrent à VoHaîre, à Dalembert, à Diderot et compagnie ? Dubois devina que des soupers et des pensions qui n'ont jamais empêché un ministre d'être exilé et d'être ensuite batoué ou oublié par ses créatures, n'aveugleraient pas le biographe qui n'en aurait pas joui. Son économie est donc la preuve de son intégrité et de son discernement; sa niauvaise réputation devient la source des louanges que lui réservera la postérité. Je cherche vainement, dans tout ce siècle, des ministres que je puisse comparer à cet aventurier dont les Français ne prononcent le nom qu'avec horreur, les catholiques qu'avec indignation, les habitants de Brive qu'avec répugnance; je ne vois plus après lui que des marionnettes qui ne remuent les bras et les jambes, ne lèvent ou ne baissent la tête qu'autant que les catins de Versailles tirent la ficelle. Aucun n'a su captiver l'apathie de Louis XV et l'indolence de Louis XVI. Une plaisanterie d^ la Dubarry renvei'sa pour toujours Choiseul du piédestal que lui avaient élevé cette nuée de courtisans et de philosophes qu'il avait enrichis des deniers de l'État.
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Ayant tant fait pour la gloire, mais n'ayant pas songé à la gloire, Dubois ne pouvait manquer d'être regardé comme un avare. II voulut instituer le régent son légataire univei'sel; ce désii* atteste qu'il n'était point étranger à tous les nobles sentiments de l'humanité. H avait tout obtenu parce qu'il avait tout demandé; il avait tout demandé parce qu'il lui suffisait de demander pour obtenir. Qui donc n'eût pas agi de même à sa place ? Tous les historiens conviennent qu1l était d'une grande sobriété y et qu'il poussait l'avarice jusqu'à la lésinerie. De pareilles habitudes permettent d'amasser. Dubois ne laissa pourtant à sa mort que trois miUions^ soit en argent» soit eu mobilier, Or> une partie de ce mobilier lui fut donnée ; Mong6« l'emarque que le premier janvier 17S0 le régent lui fit cadeau d'un million en actions et de cent mille livres d'argent comptant, et qu'il avait alors en portefeuille pour seize cent mille Uvres d'actions. U est possible que ces dernières actions aient été le fruit de la munificence du régent, à la cour duquel il était depuis longtemps. Dubois fut constamment logé, soit au Palais-Royal, soit aux Tuileries, soit à la Surintendance des postes; il toucha aussi constamment de fortd appointements, et n eut que sur la fim de sa vie une maison montée. U n'est donc pas étonnant que ses économies, jointes aux présents du régent, aient atteint le chiffre de trois milli(ms« Il faut 9»éiue s'étonner que Dubois ne fût pas plus riche. Son avarice et l'état de sa succession sont une preuve péremptoire qu'il ne gagna rien au système, comme tous ses ennemis Tout avancé , et comme tous les biographes l'ont répété depuis; car s'il avait agioté, sa fortune s'en serait ressentie , et nous en amions trouvé des traces. Ce qui a porté à supposer que Dubois avait immensément extorqué du système, ce sont les sommes qu'il avait dû consacrer à acheter la barrette. Or le Journal de l'abbé Dorsanne et Lemontey afiirment que ce n'est pas de sa bourse que Dubois paya ces démarches. Son élévation fut ime affaire d'État, ce fut avec les deniers de l'État qu'on la termina. Lemontey était persuadé que le chapeau de Dubois avait coûté huit millions à la France ; la situation de nos finances à cette époque et le caractère de Dubois se concilient difficilement avec cette allégation. L'abbé Dorsanne certifie que Dubois en fut quitte pour quinze cent mille livres. Cette assertion est plus facile & admetr tre, quand on étudie les Mémoire de Dubois. On y voit clairement qu'il marchandait avec les gens qui l'exploitaient, et qu'il attendait
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beaofioap du tempg y puisqu'il était impossible qu'il ne triomphât point , ayant pour lui l'appui de TAllemagne, de la France, de TEs-» pagne et de TAngletenre, et étalant comme des titres incontestables les services qu'il avait rendus à l'Église. Rien ne parait donc moins iUieite que Topulence de Dubois. On sera tenté de le regarder comme l'on des hommes les plus désintéressés^ les plus scrupuleux de soq <poqae^ si 4'on parcourt la liste de tous les piînces^ de tous les couv &ans^ de tous les philosophes , de tous les roturiers enrichis par le sjTBthne. On sera même amené & le placer au nombre de ces quel-r qiues natures d^éUte qui eurent le courage d'échapper au torrent de k coutume. S'il négligea la plus belle occasion d'accumuler des trésors , comme sa position et l'entraînement universd l'y pensant, on en conclura que les accusations de friponnerie dont il fut roiqet ne reposent sur aucun fondement.
Lee courtisans furent scandalisés de le voir arriver au conseil de régence le jour de son ordination; mais les mêmes courtisans ne le UâmèrenI point de leur avoir offert un dtuer splendide après son swre. N'y a-t41 pas de la niaiserie à reprocher à un homme d'État ^ s'être acquitté de son devoir? Saint François de Soles n'eût pas «Borfeient désapprouvé la conduite du jeune prêtre.
A la vérité , on lui reproche d avoir jusqu'à son dernier soupir fait M usage immodéré des s...^ des b..., des f... Ces expressions étaient nialfaeureusement déjà devenues et restèrent l'argot du grand iWMade. B y a peu de lettres et de poésies, et même de journaux de «tte époque , qui n'en soient souillés. Le régent s'en servait sans «ropole danB les audiences qu'il accordait au parlement, Frédéric fe Grand à la tête de ses troupes, Voltaire dans la société des prin- ««668 de Berlin, Duclos dans les séances de l'Académie française, Wonne dans ses réceptions de dames, Louis XVI dans le conseil de ^ ninistreft. Dubois était encore plus brustpie que cynique dans «8 propos; c'était un vrai porc-épic. N'estrce point im peu l'effet de » mauvaise éducation ?
f arrive au reproche le plus grave qu'on lui ait fait. Saint-Simon ^ Duclos ont avancé qu'il touchait de TAngleterre une pension de ^,000 livres; Mongez la réduit à 24,000; le maréchal de Tessé, ^ une letbre au comte de Morville , ministre des affaires étran- 8Ns, la porte i 50,000 écus, en remarquant que Dubois ne la '^^^ait qu'avec l'agrément du régent. Quelles preuves donnent