LXXXVIII LES COURS ET LES SALONS
Empruntons-leur ces lignes : « Tout le monde a su l'événement ai'rivé au jeu de Marli , d'un rouleau de louis faux substitué à un véritable. C'est un mousquetaire réformé , nommé Dulugues , qui était l'auteur de cette fraude. Il a été arrêté et renfermé. On assure qu'il avait été présenté le matin. Cette police est , sans doute, trèsbien faite ; mais il serait à désirer qu'on l 'étendit aux duchesses, qui joiumellement escroquent les joueurs crédules leur confiant leur argent. Cette filouterie se pratiquait dès le temps du feu roi, qui en avait pris plusieurs en flagrant délit, et les avait averties; mais comme il n'y a rien de si impudent que les femmes de cour , au moyeu de l'impunité elles continuent. Dernièrement, Madame disait à MM. de Chalabre et Poinçot , les banquiers du jeu de la reine : a On vous friponne bien , messieurs. — Madame , nous ne nous en a apercevons pas, » lui répondirent-ils par décence ; mais ils s'en aperçoivent très-bien, et n'osent le manifester. » Le 25 suivant, les Mémoires de Bachaumont confirmaient cette anecdote en ces termes : « Les banquiers du jeu de la reine , poiu* obvier aux escroqueries et filouteries des femmes de la coiu* qui les trompent journellement , ont obtenu de Sa Majesté qu'avant de commencer , la table serait bordée d'un ruban dans son pourtoiu*, et que l'on ne regarderait comme engagé pour chaque coup que l'argent mis siu* les cartes au delà du ruban. Cette précaution préviendra quelques friponneries , mais non celles exercées envers les pontes crédules qui confient leur argent aux duchesses, et que plusieurs nient avoir reçu lorsque leur carte gagne, d Les bals étaient aussi signalés par des tours du même genre. Au bal paré qui fut donné à Versailles pour le mariage du o^mte de Provence , le prince de Soubise fut dépouillé de sa bourse, et plusieurs autres personnes de leur montre; le cavalier qui s'empressa de servir au buflet un verre de limonade à la princesse de Guéménée lui escamota son bracelet (1). Il en était de même des visites faites par le roi. « 11 existait, à la descente du Pontr Neuf, raconte le comte d'Allonville ( t. VI. p. 26 ), entre les rues Dauphine et Guénégaud, im brillant magasin d'objets de luxe, nomme le Petit-Dunkerque : Louis XVI vint le visiter en 17S4| accompagné des personnages de sa suite , parmi lesquels se trouvait M. le comte de C..., homme taré. Le marchand étala tout ce qu'il
(i) Us Fastei de Louis XK, par Boaflbuidor, 1781 , pag. 695.
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avaii de mieux, et le roi, qui aimait à protéger le commerce, fit quelques emplettes, eiemple suivi par quelques autres ;. après la Sùtik du monarque, le marchand s'aperçoit qu'il lui manque une bagne d'un très- grand prix, oourt, atteint le prince et lui dit :
• Je ne prétends accuser personne, mais je ne puis retrouver le
• solitaire mis sous les yeux de Votre Majesté, et qu'elle a admiré.—
• Peut-être, répond Louis XVI, n'avez -vous pas bien cherché, vous caliez i*ecomraencer en ma pi*ésence.i> Puis se tournant vei-s sa suite !
• Rentrons, D dit- il; et faisant apporter une jatte pleine de son , il y plongea sa main jusqu'au fond et ordonna à chacun d'en faire autant : durant cette opération, il avait sévèrement fixé les yeux sur toutes les physionomies et > u les regards accusateurs se porter vers le même individu. Alors il invita le marchand à vider la jatte, où , en effet, la bague se retrouva. Peu de jours après je me rendis au Petit-Uunkerque , et c'est du marchand lui-même que je tiens ce que je viens de raconter. Quant à M. de C..., il fut exilé à Saint- Valéry, où sa réputation le fit repousser de toute société honnête , et la révolution arrivant lui devint un asile. Je l'ai vu commander à Bruxelles avant la retraite de Dumouriez, puis il a disparu. Si au Petit-Dunkmpie il fut sauvé de la honte, c'est que Louis XVI voulut épargner une aussi sensible peine au noble et respectable pèi'e de ce misérable.» Ajoutons que l'anneau nuptial de Marie-Antoinette fut volé; qu'à l'exception de tix)is ou quatre, tous les valets qui peuplaient les antichambres de la com* devinrent des jacobins forcenés, les dénonciateurs et les calomniateurs de leurs maîtres; qu'ils avaient des doubles clefs de tous les appartements, et qu'ils s'en servaient pour tout épier et ensuite tout révéler. Ainsi, grâce à une double ckf, une femme de la garde-robe de la reine s'aperçut des préparatifs du voyage de Varennes, et s'empressa d'en donner avis au maire de P^s, bien qu'elle eût gagné un i*evenu de douze mille francs au «rvice de la reine. Un garçon de toilette du roi prit une nuit dans la poche de Sa Majesté , après son coucher, la clef du corridor qui conduisait à la chambre de la reine , et fut arrêté au moment où il allait y pénétrer pour assassiner la reine. Nous devons à M"* Campan tous ces détails, qui aident à comprendre d'autres documents qu'on »rait tenté de rejeter ( 1 ).
(1) mémoires fur la vie privée de Marie-Anloinette , par M»* Campitn, 18M, <oo. K pa^. 908 ; tom. II, pag. 140, VU et 397.