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généraux. Elle n'en disposa qu'en faveur des courtisans et de ses créatures. Le montant de ces pensions s'élevait à deuxmiUiond; Tusage d'accorder des pensions de ce genre subsista pendamt qua-» rante ans, jusqu'à Necker, qui les supprima. Ce fut donc une perte de quatre-vingts millions pour l'État.
Une fois qu'elle fut maîtresse du roi et souveraine de la oour^ la Pompadour voulut que tout pliât le genou devant elle. On n'obtint et on ne conserva un poilefeuille, im commandement, un gouverne* ment ou un emploi quelconque, qu'autant qu'on consentait à servir d'instrument à ses passions. Une épigramme, une parole imfMrudente, un propos léger contre elle, était puni comme un crime par l'exil ou la prison, sans égard pour la condition, la capacité, les services, la santé , l'âge des personnes. Dumom-iez raconte (t. I. p. i85) qu'il trouva h la Bastille im gentilhomme nommé Eustache Farcy , capi* taine au régiment de Piémont, enfermé depuis vingt-deux ans, pour avoir fait ou colporté une chanson contre la Pompadour. Dans ses Mémoires , Latude nous apprend que la Pompadour fut la cause de son incai'cération; qu'elle consacra jusqu'à 2i 7,000 livres pour le lumener en prison; qu'il y passa trente-cinq ans, et qu'à Vincennes il distingua le baron de Venac , capitaine au régiment de Picardie, qui expiait depuis dixHieuf ans le tort d'avoir blessé la susceptibilité de la Pompadour; le baron de Vissée, détenu depuis dix-sept ans pour avoir été soupçonné de mal parler de la Pompadour; le cheva* lier de la Rocheguerault , captif depuis vingt-trois ans, parce qu'on l'avait cru l'auteur d'une brochure injurieuse à la Pompadour , brochure dont il ne connaissait pas même le titre.
La Pompadour ne se borna pas à n'être pas insultée, dénigrée, ridiculisée, calomniée, bafouée par les gens de lettres, elle voulut en être caressée, honorée, prônée. Dans la position où elle était, c'était manquer de tact. Rechercher les philosophes, c'était leur révéler leur impoiiance et agrandir leur puissance; rapprocher du trône les ennemis du trône, c'était les encourager à s'emparer du trône. La Pompadour commença donc à saper les bases de la monarchie; die en dévoila la faiblesse. Elle ne fit pas moins de mal aux {dûlosoidies; elle démasqua leurs bassesses. Sans elle, on n'aurait pas su qu'ils valaient si peu de chose, et que rien n'égalait lexcès de leur superbe, si ce n'est ^exc^J? de leur petitesse. Le vieux, le farouche Crébillon lui baisa la main pour la remercier d'une pension de cent louis
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qa'elle lui aeoorda sur la cassette do roi ; TiDcorruptible Roueseaii a neooté dans ses Confessons qu'il reçut d'elle cÙMiuaate louis à Tooca- BÎOQ du Devin du i>iUage représenté chez elle , à Bellevue ; Voltaire s'est vanté dans ses Mémoires d'avoir été le confident de ses amours, fun de ses adulateurs et d'être devenu, grAce à elle, Tim des quarante membres inutiles de l'Académie , historiographe de France, et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi; Bemis lui servit de secrétaire. Tous les philosophes, depuis les Turgot, les Baff<Hi, les Helvétius, les Dudos, les Dalembert, les Diderot, jusqu'à Marmontal, s'avilirent à ses pieds. Us étaient rampants; elle les accueillit sans int^genoe et sans dignité. Elle fut moioA leur patnMine que leur Circé. Elle les traita tous comme des valets. Elle sembla ne les recevoir que pour leur enlever le droit de la mépriser et de la diffiimer. EUe leur donnait à boire et à manger, mais jamais elle ne s attabla avec eux ; elle ne leur parlait que dans ses antichambres, elle ne les admet» tait pas dans son salon. « Bonjour Duclos ! » disait-elle h Dudos. « Bcm* jour, àtbé ! d disait-elle aussi à Bemis. a Bonjour, Marmontel ! » disaitelle encore à Marmontel. Elle logea Bemis , mais dans les comUes des Tuileries; elle logeait aussi Quesnai à titre de médecin, elle le promenait mtoie dans son carrosse , mais sans daigner lui adresser la parcde , quoiqu'il eût beaucoup d'esprit , remarque M*« du Haufi- M/L Voltaire fut le plus favorisé de tous; elle lui permit de l'égayer pendant ses repas; mats dès qu'il passa de l'abjection du valet à la familiarité du poëte, elle le qualifia d'impertinent, et ne songea plus qu'à l'humilier et le chagriner. Afin d'exciter sa jalousie, elle se mit à la téta de la cabale qui soutenait Grébillon. Par là elle apprit aux phîkfiopbes à rabattre de leurs pi*étentions. Pressé un jour de choiar des courtisans dans ce groupe de gens qu'il avait vus si souvent se cacher dans les antichambres à son approche, avec la terreur des souris surprises par un chat, Louis XV se contenta de répondre : T^ul cda mangerait avec moi? Il ne pouvait pas imiter Louis XTV , parce qu'il n'avait pas sous la main des Racine, des Boileau, des Boasuet, des Pénelon. Il jugea que les philosophes étaient trop vils pour être créés courtisans, et qu'ils n'étaient bons qu'à être des \aleta d'antiehamlH*e. Aussi afiecta-t-il de tourner le dos, quand Voltaire s'émancipa ou plutAt s'oublia en sa présence (I).
(«) M-M da HftoiMt, pag. S9 et 188. - Mémoireê de ManaonCel, Ih. IV d V.