‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 15 sur 95 · XGVI LES COURS ET LES SALONS · texte numérisé non relu

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La Pompadour avait rassasié d'écus^ de vins généreux, de mets succulents les Cerbères de l'Encyclopédie; elle était parvenue à les assoupir, sinon à les endormir. Elle était au comble de ses vœux ; cependant elle n^était pas heureuse. Elle craignait d'être supplantée par chaque femme qui passait dans les bras du roi ; elle craignait aussi que , dans un accès de religion, il ne la renvoyât. Pour prévenir ce danger, elle ieignit de se jeter dans la dévotion. H n'y avait que les Jésuites dont rinflueno^ pût se faire sentir à la cour et pénétrer jusqu'au cœur du roi. Elle s'adressa à eux , elle se confessa à l'un d'eux. Mais ils exigèrent qu'elle quittât incontinent un endroit où sa présence seule était un scandale. Elle n'était point accoutumée k un pareil langage, elle insista; ils restèrent indépendants, fermes et inflexibles. Elle menaça; ils ne plièrent point. Dès lors elle jura de lespeixlre. Les prétextes tinrent lieu de motifs. Les Jésuites furent détruits, dispersés, ruinés, sans qu'aucun philosophe osât protester contre cette atteinte h la liberté et à la propriété.

Cette fille d'une catin et d'un banqueroutier n'était pas même propi-e à servir de concubine, bien qu'elle se bourrât de restaurants, suivant M»« du Hausset (p. 92). Néanmoins elle voulait conserver sa place. Elle a pris soin de nous apprendre ce qu'elle tira du trésor royal. On peut voir dans le Journal des Débais du 27 février 1853 que, soit pour l'acquisition, l'entretien ou l'embellissement et l'ameublement de ses hôtels et châteaux, soit pour ses dépenses journalières pendant dix-neuf ans, elle toucha 36 millions 327,268 livres 16 sous 5 deniers, indépendamment des centaines de mille livres prodiguées à son mari et à son frère, et des 1,700,000 livres de dettes qu'elle laissa à sa mort, et qui furent payées par le roi. Qu'on ajoute à ces sommes le montant des croupes et l'évaluation approximative des dépenses du Parc aux Cerfs, et l'on saura ce que coûta à la France la souveraine des encyclopédistes.

Elle fut remplacée par la Dubarry. C'était une petite grisette , qui avait reçu plus d'honunes et exigé moins cher par conséquent que la plupart des femmes de la cour qui lui disputaient le cœur du roi. Elle négligea de s'attacher les courtisans et de pensionner les philosophes; aussi n'eut-elle pas de cour ni de panégyristes. Il faut l'en louer, puisque ce fut une épargne de plus pour le trésor. Elle s'étudia plus à amuser qu'à gouverner le roi. Elle lui arracha le renvoi des parlements ; ce ne fut pas un médiocre service

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quelle rendit h la royauté. Elle influa peu sur les affaires; mais elle n oublia pas ses intérêts. Il est difficile de dire tout ce qu'elle coûta à la France^ car elle fut exploitée par toute sa famille ^ qui menait im train de souverain. Dans son Histoire de la Décadence de la monarchie française (1803^ t. Tll, p. 330), Soulavie certifie que, du 17 janvier 1773 au 26 avril 1774, elle toucha 2,450,000 livres. Les années précédentes, elle avait reçu des sonmies énormes. On peut voir, soit dans Mairobert, soit dans Manuel (t. l. p. 333), les dépenses qu'elle occasionna, moins pour elle que pour son mari, ses beaux-frères, et surtout pour le comte Dubarry , lequel vivait avec les filles les plus coûteuses, et fit augmenter le prix de la prostitution. Tout ce qui portait le nom des Dubarry fut comblé de bienfaits; tout ce qui leur appartenait se ressentit de la prodigalité de la favorite. Il n'est pas jusqu'à SUD nègre qui ne fût nommé gouverneur du château de Luciennes^ dont elle avait fait un boudoir d'un prix inouï , un vrai lieu de féerie. Elle disposait des deniers de l'État; on prétend qu'elle y puisa dix-huit millions, indépendamment des millions extorqués par le comte Dubarry. Louis XV fermait les yeux sur toutes ses dilapidations. 11 ne semblait respirer que pour elle. Sur son lit de mort , il remit confidentiellement aux mains du duc d'Aiguillon, pour l'usage de la Dubarry, dans le cas où il viendrait à trépasser, un portefeuille ocmtenant, en billets de caisse , trois millions ; mais le duc porta ce dépôt au nouveau roi , raconte Wraxall (t. l. p. 107). La Dubarry, n'ayant jamais économisé, se trouva dans la gêne. La Correspondance secrète (t. I. p. 30) avance qu'elle devait 1^200,000 livres. Elle les paya et passa, suivant l'Espion Anglais (t. 11. p. 371), pour jouir racore de deux cent mille livres de rente. Montigny (i) nous apprend qu'à sa mort elle avait encore pour un million d'argenterie et pour 1,800,000 livres de diamants. Georgel (t. I. p. 391) assure que Louis XVI loi avait accordé une pension de soixante mille livres, par considération poui* la mémoire de son aïeul , qui la lui avait recommandée dans un écrit de sa main. Il appert du Livre rouge qu'elle abandonna des centrais à quatre pour cent pour une somme de 1 ,250,000 livres. Domouriez raconte (t. I. p. 141) qu'il l'aperçut une fois au camp de Compiègne, étalée dans un phaéton magnifique, pendant que Louis XV resta chapeau bas et à pied à côté d'elle ; sui\ant M"« Cam-

(1) Les itiuitres victimes , 1801, pag. 865.

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pan (t. I. p. 31 ), il la laisra assister une fois au conseil d'État; il lui pardonna même de jeter au feu des paquets de lettre.** importantes; il ne {^'opposa point à ce qu'elle accordât des audiences aux corps de l'État et présidât des cérémonies publiques; il lui permit même de le tutoyer et de l'appeler la France , si l'on en croit les mémoires du temps ^ dont Mairobert s'est fait l'écho. Ces honneurs et ces familiarités y il faut les reprocher moins à celle qui en profitait qu'à celai qui les tolérait; ils peignent jusqu'à quel degré d'aviUssen^nt Louis X¥ était tombé j et justifient les libelles qui se woi plu à le flétrir et à conserver les noms de tous ses proxénètes philosofdies.

Mais si les maîtresses du roi étaient gorgées d'or, il n'en était pas de même de sa famille. Lorsqu'il tomba malade à Bletz, la reine fut obligée d'empnmter mille louis pour aller le joindre, suivant d'Angerville (t. II. p. 185). Ses filles n'eurent jamais d'autre séjour que leur appartement dans le château de Versailles^ remarque M"^ Campan (t. I. p. 109), d'autres promenades que le grand parc de ce palais, d'autre parterre que les caisses et les vases remplis d'arbustes sur leurs balcons ou dans leurs cabinets. Pensions, solde^ appointements, fom*nitures, avances, tout était oubUé. Les pensions n'étaient jamais régulièrement payées; il fallait quelquefois les solliciter trois années de suite (I). Les tïompagnies d'ordonnance de la garde de Paris restèrent longtemps sans toucher de solde. Ces malheureiix militaires furent obUgés de vivre à crédit et de contracter des dettes criardes, ce qui occasionna des saisies -arrêts et d'autres frais qui diminuèrent considérablement les arrérages qui leur étaient dus. Heureusement ils obtinrent que leur solde fût insaisissable (2). Beaucoup de domestiques, de laquais du roi, désespérant de recevoir un à-compte des gages après lescpiels ils soupiraient depuis des «umées entières, furent réduits à demander l'aumùne chez le curé de Versailles. Louis XV le sut, et il ne donna aucun ordre de les tirer d'embarras (3). 11 ne s'occupait pas davantage de tous ses fournisseurs. Eu 1768, il avait pour quatre-vingts miUions de dettes criardes (4). Aussi les ouvriers refusaient-ils de travailler pour lui.

(I) Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XV7, par SoalâTie, iSOl, tom. H, pag. 808. — (3) Journal historique de la révolution opérée dans ia constitution de ia monarchie française par M, Maupeou^ 1774, (om. II, pag. 49. — (8) Ibidem f tom. I , pag. S8i. — (4) Notice sur Necker^ par A. de Staël , 1820 , pag. 67.

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et les foumisseuTR, épuisé» et las d'attendre, ne lui ac^rdaient plutf de crédit. A Choisy , il manquait des vitrages aux serres (i) ; à Versailles, les jardins étaient mal entretenus; les eaux n'étaient plus en état de jouer, plusieurs bassins étaient à sec, le canal même était malpiopre et plein de fange , les statues étaient mutilées ou gisaient par terre; il n'y avait pas jusqu'aux marches d'escaliers qui ne fussent cassées ou dégradées (2). Tous ceux qui dirigeaient de» inai8(»)s dépendant de la couronne étaient amenés h faire des avances. Dans ses Lettres de cachet , Mirabeau a remarqué qu'à Vincennes nn gouverneur, M. Guionnet, avança ainsi jusqu'à vingt mille écnsau roi. La manufacture des Gobelins ne se soutint que parce que les entrepreneui's prirent ses intérêts à cœur, en fomnissant tontes les laines et soies et payant les ouvriers, et en se ruinant ainsi en avances dont ils ne furent pas dédommagés , et pas même remerciés, car cet établissement fut tellement perdu de vue que quand ils néclamèrent les fonds sur lesquels ils comptaient, on leur permit de vendre, au tiers de rabais environ, ime grande quantité de tapisserie, pour couvrir le déficit toujours croissant (3).

Cependant, lorsque siu*venait un prétexte de donner de grandes (êtes, Louis XY étalait un luxe oriental. Jamais, sous Louis XIY, on ne vit des bals^ des festins, des illuminations comparables à ceux qui enrent lieu à l'occasion du mariage du dauphin, à une époque où quatre mille personnes étaient mortes de faim dans le Limousin (4). U en fut de même aux noces du comte d'Artois; on dépensa deux millions pour les seuls préparatifs des cinq opéras qu'on joua (5). On ne manquait pas alors de mettre de nouveaux impôts pour payer les foumisfieurs; l'argent urivait au trésor, mais il en était toujours iêUmmé pour les bons du roi. Le commerce se ressentait de ce désordre; la misère conduisait au désespoir. En 1771 , ou compta à Pms MO suicides , et 2,350 banqueroutes s'élevant à la somme de cinquante millions (6). La rareté du numéraire doubla le prix de toutes les denrées et rendit la vie à charge à tout le monde. Us édils n'en allaient pas moins leur train; ils tombaient comme

(1) Mémoires de Terrai j par Goqaereaa , 1776, pag. 144. ^ (2) D*Angenrill6| ton. IV, psg. 188.— (S) Notice historique sur les manufactures it/ pétioles de tapis* <«ner dèf Gohelins et de tapis de la Savomterte, par A. Lacordaira, 1851^ pag. 109; - (4) D*Aii^;enriUe, tom. lY, pag. 179 à 186.— (6) Coquerau, pag. 944.— (6) Ideini m. 167.

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la grêle sur une nation déjà^ si pressurée. Le parlement avait £ait d^ vertes remontrances; on le détruisit, pour n'en être plus importuné. Un prêtre osa tonner en chaire^ devant toute la cour^ contre la véritable cause de tous les malheurs; il fut traité d'insolent (i). Les évêques se plaignirent à leur toiu*; on se moqua de leurs avjs^ car on n'en voulait qu'à leur bourse. Le l'oi était devenu inaccessible; ses favoris l'avaient mis dans l'impossibilité de rebrousser chemin.

n s'endurcit de plus en plus en s'abandonnant à des orgies et à d^ débauches dont il était depuis longtemps dégoûté. Il lui fallait de l'argent pour se dégrader et se consumer y il en chercha toute sa vie à tout prix. Pendant plusieurs années il se passa de chancelier^ et en rempUtles fonctions; huit cents expéditions furent scellées en sa présence; il en perçut les honoraires (2). Il jouait souvent, mais pour gagner (3). 11 possédait cent vingt-six maisons à Paris (4); il en vendait lui-même et il en touchait exactement les loyers , ou le prix de vente. Il avait imaginé de distinguer le roi du Boiu'bon ; c'était sous le nom de Louis de Bourbon qu'il gérait ses affaires privées (5). Il étalait les porcelaines de Sévices dans une galerie de Versailles, et il en fixait le prix très-haut, afin d'en tirer plus de bénéfice, il exhortait lui-même les courtisans à lui en acheter (6). Il avait inté* ressé tous ses favoris au succès des fermes, en leur doimant un tiers du produit sous le nom de croupes; il ne s'oubUa pas dans ce partage. Il avait pour son compte une place de fermier-général et une place d'administrateur des postes (7). Il ne resta étranger à aucun genre de spéculation. Il s'occupa même d'agiotage. Il ne manquait jamais de se défaire de ses papiers royaux , lorsqu'il prévoyait une baisse. A la page 553 de VÀlmanach roy<U de 1774, pubUé par Le Breton, premier imprimeur ordinaii'e du roi, on lut ces mots : « Trésorier des grains pour le compte du roi , M. Demirlavaud rue Saint-Martin , vis-à-vis la fontaine Maubué. x> Dans le registre de Louis XV , dont je parlerai tout à l'heure, j'ai trouvé ces hgnes : « Février 1768. à M. Mirlavaud à compte de 600,000 livres pour achats de grains pour le soulagement de diverses provinces du royaume, 300,000 livres. Mai 1768. A M. Mirlavaud, reste de

(1) D^Angerfille, tom. IV, pag. Î68. — (2) idem, tom. ÎII, pag. H5.— (8) VEê-pion anglais, tom.I, pag. SS. — (4) Goqaereau, pag «45.— (5) M»« Gampao, tom. I, pag. J8, et tom. III, pag. 41. - («) VEspian anglais, (om. I , pag. «9t. - {7) Journal historique , tom. Y, pag. 14.

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600^000 livres pour achats de grains pour le soulagement de diverses provinces du royaume, 300,000 livres. » Ainsi, dès 1768, le roi était marchand de blé; il est faux qu'il songeât à soulager les provinces; on l'avait soupçonné de favoriser le monopole des grains, car il avait des magasins qui en regorgeaient. On voyait sur son secrétaire des casemets exacts du prix des blés jour par jour dans les principaux marchés du royaume. VAlmanach roycU de i774 dessilla les yeux à toutes les classes de la société. Aloi*s on comprit la famine et les différentes lois favorables ou contraires à l'exportation des grains. On ne pouvait se méprendre sur les intentions du roi , en se rappelant que Mirlavaud avait failli être pendu pour monopole en Guienne. On remarqua que les blés ne cessèrent de se vendre plus cher , et que leur prix ne diminua que le jour de la mort du roi (f ). Aussi un des premiers soins de Louis XVI fut-il de notifier à ses sujets qu'il ne serait fait aucun achat de grains et de farines pour son compte, comme on l'avait reproché à son prédécesseur. Louis XV avait eu un ministre , du nom de Bertin , spécialement chargé de toutes ces négociations et affaires, sous le titre de trésorier des parties casuelles. Il est facile de deviner le gain du roi si l'on se rappelle les dépenses de Bertin. Ce dernier vécut quinze ans avec la Hus , actrice de la Comédie firançaise; il lui avait donné un mobilier évalué à cinq cent mille livres par les Mémoires de Bachaummi , du I* janvier n02 ; Manuel (t. I. p. 333) a constaté qu'il remit plus de cent mille livres en diamants , en louis et en effets à une autre femme.

Complétons ces particulaintés par un document inédit. On m'a communiqué le registre de la dépense et de la recette faite au trésor royal pendant les années i768, i769 et 1770. Tous ces comptes sont arrêtés de la main de Louis XV. En i768, la recette est fixée à 190,140,662 livres i\ sous 4 deniers, et la dépense à 183,475,350 livres 19 sous 6 deniers; en 1769, la recette est de 43,475, 671 livres 3 sous 1 denier, et la dépense de 43,094,7i0 Uvres 2 sous 4 deniers. En i 768 le montant des billets au porteinr s'élève à \ 0,078,739 livres ; en i769il est de 2,933,363 livres; en i770, il n'est plus que de 399,402 livres. Il est facile de deviner l'usage de ces billets , car dans

(i] Journal historique, tom. V, pag. 146, et tom. VI, pag. 41. ~ Goquercau,

ptg.aoo.

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ce même registre figurent toutes les dépenses ordinaires et exti^ordinaires, prévues et imprévues^ les appointements ordinaires et extraordinaires , les gratifications ordinaires et extraordinaires des ambassadeurs > des ministres^ des courriers^ des fonctionnaires publics, des laquais et de tous les employés , jusqu'aux derniers des palefreniers; on y trouve aussi les indemnités accordées aux présidents des états; elles sont énormes , de même que les pensions octroyées à tous lee favoris. Ainsi en 1768 la pension du duc d'Orléans est de 150,000 livres; celle du prince de Carignan de 160,000; celle du prince de Ck)ndé de 100,000 ; celle du comte de Clermont de 70,000 ; celle de la princesse de Conti de 4-5,000 ; celle du comte de La Marche de 60,000 ; celle du duc de Penthièvre de 50,000. Les aumànes au cootraire sont faibles ; les secours envoyés aux particuliers sont presque une dérision ; les appointements des laquais et des domestiques sont très-bornés. Aux Jésuites , on n'alloua d'abord pour leur subsistance que 200,000 livres , qu'on doubla en 1769 et qu'on fixa enfin i 430,000 livres. Pour l'année 1768 on abandonna à la reine 96,000 livres pour ses menus plaisirs, étrennes et foire de Saint- Germain; 48,000 à Madame, pareille somme à M»* Sophie et à M"^ Louise pour le même motif ; 1,500 par mois au Dauphin, autant au comte d'Ar^ tois et au comte de Provence,

Ce contraste de parcimonie et de prodigalité aide singulièrement à démonti'er ce qu'aurait été Louis XV s'il eût cultivé les précieuses qualités qu'il reçut de la nature , s'il eût été fidèle aux principes d'éducation religieuse dont il fut imbu , s'il n'eût pas été précipité dans la débauche, circonvenu par des courtisans dépravés, et oe qu'il en coûta à la France d'être gouvernée par un roi qui abdiqua en (9r veur de favoris philosophes, qui se disaient sans préjugés et croyaient que le bonheur de l'État était incompatible aveo la puissance des Jésuites et du clergé cathoUque , comme le constate NlF* du Hauseet (p. 127).

Des excès de table et de libertinage avaient mis Louis XV aax portes du tombeau à Mets; suivant M** du Haussât (p. 84)> il Ait dangereusement indisposé une nuit entre les bras de la Pompadour; il s'accointa aveo une fille du peuple ; oe fut la dernière femme qu'il flétrit. Une maladie honteuse le délivra d'une vie dont il avait toujours été ennuyé, car il ne goûta jamais la paix et le bonhour. Il connut le plaisir, mais il paya cher l'oubli de tous ses

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devoiiiB* Son teetament résuma toute cette vie de parcimonie ^ de prodigalité et de débauches. Louis légua 500^000 livres à chacun de ses bAtards, suivant les Mémoires de Bachaumonlj du 8 juin illA, et seulement 200^000, suivant la Correspondance secrète (t. I. p. 12), et il ne laissa que 200^000 livres de rentes à ses filles. Les Mémoires die Backaumont prétendent que sa cassette renfermait dix-sept mille kmis en or et pour vingt-deux millions d'effets. La Correspondance secrèie au contraire ne parle que 44^000 Uvres en espèces^ et ne donne aucun détail sur ses contrats.

Les délassements de Louis XVI furent plus innocents et moins onéreux que ceux de Louis XV. Il se plaisait à poursuivre et à tuer les chais, suivant Levis (p. 18), dans ses fréquentes promenades sur les immenses toits en terrasse du château de Versailles. 11 n'était pas moins passionné , en vrai Bourbon, pour la chasse; on remar* quait dans ses petits appartements, raconte Soulavie, au tome II de ses Mémoires du i^ègne de Louis XVI , six tableaux des états de ses chasses^ indiquant le nombre , Fespôce et la qualité du gibier qu'il avait tué à chaque chasse, avec des récapitulations pour chaque mois, chaque saison et chaque année de son règne. Chez lui^ il trouvait des moyens de passer son temps. Il aimait à faire des cartes géographiques et à les laver. U avait un goût prononcé poiu* la menuiserie et la serrurerie; il nettoyait lui-même tous ses outils; il recevait un garçcm serrurier avec lequel il s'exerçait à forger des cleifi^ des serrures de toutes les façons; forges, enclumes, rien ne lui manquait. Quand il était fatigué, il recourait à la lecture; il dévorait les voyages ; ses connaissances géographiques étaient prodigieuses; il ne dédaignait pas l'histoire, non plus que Télétnaqueet les écrits de Nicole ; il suivait les débats des chambres d'Angleterre* Maie comme ces délassements manuds lui tenaient lieu d'occupaiiooè, et que ses études étaient plutôt des manies d'amateur que des iovestigations de philosoi^ie , il ne développa aucune de ses facultés OKHrales* 8a bonté native dégénéra en indolence ; cette indolence l'amena & négliger tous ses devoirs.

An lieu de surveiller et de dominer la reine, il l'abandonna à toute aa légàreté« Aussi fuirelle bientôt entraînée et subjuguée par tout fou entourage. Elle en patrona tous les goûts, toutes les passions, toutes les inconvenances. Elle assistait régulièrement à la messe , les yeux lixés sur un livre magnifiquement relié , et marqué à ses armes ;

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