AU XVIII^ SIÈCLE. GXXI
pa^ie que sa part dans ces bénéfices , évidemment usuraires , fut immense, et qu'on lui reprocha vivement la conduite peu loyale qnll avait tenue dans les assemblées de la Compagnie des Indes. M<Hityon (p. 216) ; ayant été amené à parler de la fortune de Necker, nppela qu^on en attribuait l'origine à deux manœuvres qu'il jugeait bien c(mdamDables, si la vérité en était prouvée. Il les cita, parce qu'elles étaient trop répandues, et avaient obtenu dans quelques asprits trop de croyance pour qu'il lui fût possible de les omettre; mais il observa que ces faits , qui ne sont aub*e chose que les accusations copiées précédemment, n'étant pas prouvés, devaient être rangés dans la foule des imputations auxquelles ft>nt en butte les hommes en place, et qu'ils étaient comme réfutés par le désintéressement et la noblesse que Necker a montrés dans les diverses situatîons dans lesquelles il s'est trouvé. Je ne veux être ni le panégyriste ni l'accusateur de Necker; cependant j'ai besoin d'examiner les pièces que j'ai reproduites et les raisonnements de Montyon. Necker ayant établi des réformes qui blessaient les intérêts des courtisans et des financiers, a eu une légion d'ennemis : ceci est tout naturel. Necker a-t-il été calomnié? ce n'est point impossible. U s'agit de savoir si Necker a été calomnié : les témoignages à sa charge sont ncHubreux, clairs , positifs; sontrils certains? non. On exigerait que les faits allégués fussent prouvés; malheureusement ils étaient de nature à ne pouvoir l'être qu'en justice : l'aflEeiire n'y a pas été portée. Ces faits restent donc au rang des probabilité^; pour les rejeter, il faut des raisons. On oppose le désintéressement de Necker dans plusieurs circonstances. Il est permis de penser que si Necker refusa les émoluments attachés aux charges qu'il accepta, c'était un moyen d'obtenir de rester plus longtemps en faveur. Si Necker a été plus que désintéressé, étant ministre, il ne s'ensuit pas que, pour parvenir à une fortune immense , il n'ait pas eu recours aux expédients qui ont été signalés plus haut ; mais il n'est pas démontré que NedLer, comme ministre , smt à l'abri de tout grief. Montyon va nous en fournir un tout à l'heure, et, par conséquent, il démasquera la réserve qu'il s'était imposée sur cette matière , et donnera gain de cause aux accusateurs de Necker. Pour cela il est nécessaire de racontar comment Necker gravita au contrôle général et à qui il fut redevable de son élévation, a A titre de bel esprit, le marquis de Pe<^i, lit-on dans la brochure précitéo (p. 189) de Senac de Meilhau,
GXXI! LES GOUfUÎ ET IKS SALONS
était admis dans la société de M. Necker. Pesai fit oonfldence à M. Necker de la correspondance qu'il avait avec le rot ^ et dès ce moment , la caisse du banquier lui fut ouverte. Necker s'appliqua à critiquer secrètement les opérations de Turgot et h le discréditer dans le public. Le marquis envoyait ses mémoires (au roi) et présentait sans cesse Necker comme un génie transcendant dans la partie des finances. Des services aussi signalés excitaient toute la reconnaissance de Necker, qui trouvait dans son immense fortune des moyens de témoigner au marquis sa sensibilité; il ne négligent aucun moyen d'entretenir ces favorables dispositions; sa table ^ son esprit, son savoir, sa caisse étaient aux ordres de Pesai. Le superbe Necker, enveloppé d'une redingote , est venu plusieurs fois attendre chez M. de Pesai, au fond de la remise d'un cabriolet, le moment où il devait revenir de Versailles. Quand on songe que le même homme a si souvent parlé dans ses écrits de la noblesse de ses sentiments, de son mépris pour Tintrigue , qu'il a tant de fois imprimé ce» mots : un homme de mon caractère, et qu'on se le représente caché dans cette remise du cabriolet de Pesai , on se rappelle le bon M. Tartufe. » A la fin, Necker mit le marché à la main pour cent mille écus, certifie Bamicl (t. V. p. H7) ; à ce prix , il fut nommé contrôleur général. Il s'ingénia à créer en faveur de Pesai un emploi de soixante mille francs de traitement, suivant Senac de Meilhan (p. 4M). Quant aux cent mille écus promis , Pesai les a obtenus « par le paiement d'une prétendue créance sm* l'État d'environ cent mille écus, créance rejetée et proscrite depuis environ trente ans, avoue Montyon. Nous ne déciderons pas quelle censiure on encourt par de tels procédés; mais certainement il est difficile de les concilier avec la dignité de sentiment que s'est attribuée M. Necker, et la pureté de la morale qu'il a professée. » Voilà Necker inaugurant son ministère par un acte qui justifie ceux qui ont remonté aux sources de sa fortune. Put-il depuis un modèle de toutes les vertus? Barruel nous fournit ce document (t. I, p. 196) : u Dans le temps oh Necker, rappelé au ministère pour remplacer Brienne, publiait et faisait publier ses {n'étendus efforts et ses prétendues générosités pour donner du pain an peuple, dans ce temps-là même, Necker était jdus que d'intelligence avec Philippe d'Orléans pour réduire ce peuple à toutes les extrémités de la famine, et l'entraîner ainsi à l'insurrection contre le roi , les nobles et le clergé. L'assassin vertueux accaparait les Mes, les
kv xyin* siiouc. caaan
taoail renfermes dans des magasins ou les faisait promener de oùté et d'autre sur des bateaux, et défense était faite aux intendants de laisser Tendre ces grains jusqu'au moment que Necker marquerait. Les qiâg^iiirt^ restaient fermés, les bateaux continuaient d'errer d'un port à Tautre. Le peuple demandait du pain à grands cris, mais en vain. Le parlement de Rouen, touché de l'extrémité où ëe trouvait la Normandie, chargea son président d'écrire au ministre Necker pour <4it6Dir la vente d'une grande quantité de blés que l'on savait être dans la province. Necker laissa la lettre sans réponse. Le premier président reçut de sa compagnie ordre de revenir à la charge, d'écrire de nouveau et d'insister sur les besoins du peuple. Necker répond enfin qu'il fait passer à l'intendant les ordres demandés. Les ordres de Necker s'exécutent; pour sa propre justification, l'intendant est forcé de les produire au parlement. Loin de porter que le hlé sera vendu, on n'y voit qu'une exhortation à difierer la vente, &. trouver des moyens dilatoires, des excuses, des prétextes pour éluder les suUicitations des magistrats et déUvrer Necker de leurs instnoces. Cependant les vaisseaux chargés de grains se promenaient de l'Océan dans les rivières , et des rivières dans l'Océan, ou même simplement dans l'intérieur des provinces. Au moment où Necker fut renvoyé pour la seconde fois, le peuple était encore sans pain. Le pai'lement avait acquis des preuves que les mêmes bateaux chargés des mêmes Ués avaient été de' Rouen à Pai-is, et de Paris h Rouen, rembarques à Rouen pour le HAvre et du Havre rapportés à Rouen à moitié pounîs. M. le procureur profita du renvoi de Necker pour écrire à tous ses substituts dans la province d'arrêter ces manœuvres, ces exportations, et de donper au peuple la liberté d'acheter ces grains. Sur le renvoi de son vertueux ministre, la populace, stupide souveraine de Paris^ courut aux armes, redemandant Necker, portant son buste dans les 11 fallut rendre à cette populace son bourreau qu'elle appelait père, et Necker de retour se hâta de la tuer encore par la famine» A peine eut-il appiis les ordres donnés par le procureur général du parlement de Normandie que des brigands partirent pour Roueç, ameutèrent le peuple contre ce magistrat, pillèrent ou brisèrent tout dans son hôtel et mirent sa tête à prix. L'historien citera pour témoms de ces laits tous les magistrats du parlement de Rouen. » Le comte d'Alkmville (t. U. p. 178) donne ce tableau pour pendant: « Louis XVI, dése^^éré de voir l'arrivage des farines arrêté en dépit