‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 22 sur 95 · CXXVÏII LES COURS ET LES SALONS · texte numérisé non relu

CXXVÏII LES COURS ET LES SALONS

et répandu dans la capitale. Louis XV trancha cette afTaire d'ua mot. 11 nomma le duc d'Aiguillon ministre des affaires étrangères, et le conserva jusqu'à sa mort. Louis XVI étant monté siur le trône, la famille La Chalotais porta plainte contre le duc d'Aiguillon. Le roi assoupit les poursuites avec les deniers de l'État, quoique le ministre eût 500,000 livres de rente , suivant les Mémoires de Bocftoumont, du 15 novembre 1776. Une gratification de cent mille livres et une pension de huit mille livres, l'érection d'une terre en marquisat , et ime charge de président furent le prix du désistement que la famille La Chalotais remit entre les mains du roi le 5 août 1775.

Le comte de Maurepas était très-riche. Cependant le Livre rouge constate que la comtesse de Maurepas reçut une ordonnance de 166,666 francs, le 29 juillet 1781. Les Mémoires de Bachaumont^ du 22 novembre 1781, apprirent que l'Hermitage, chÂteau de plaisance bâti dans le parc de Versailles pour la Pompadour, fut donné à vie par Louis XVI au comte et à la comtesse de Maurepas.

Lamoignon é^it endetté. Suivant le Livre rouge, il reçut le 28 octobre 1788 une ordonnance de 200,000 livres. Besenval (t. III. p. 374) nous apprend qu'il obtint encore la même somme pour se liquider entièrement.

Bertrand Moleville (t. L p. 118) raconte que les affaires du comte de Montmorin étaient si dérangées que ses dettes absorbaient la totaUté de ses revenus , et au delà. Louis XVI lui accorda un secours provisoire de 50,000 livres par an , sur le fond des dépenses secrètes du département des affaires étrangères.

Dumouriez a raconté dans ses Mémoires comment il dissipa un patrimoine de soixante-dix mille livres , tomba dans la gène et fut réduit à vendre son argenterie. U était poursuivi par ses créanciers quand Louis XVI jeta les yeux sur lui. Il fallut donc payer toutes ses dettes, suivant Bertrand -Moleville (t. L p. 294) pour élever Dumouriez au ministère des affaires étrangères. Une fois ses affaires arrangées , il entreprit hardiment des réformes auxquelles le roi répugnait, comme il le dit dans ses Mémoires.

Finissons par le plus célèbre de tous les ministres, a On s'étonnait, remarque Chamfort, de voirie duc de Choiseul se soutenir aussi longtemps contre M"« Dubarry. Son secret était «mple : au moment où il paraissait le plus chanceler, il se procm^ait une audience ou uti travail avec le roi , et lui demandait ses ordres relati-

AU XVlll" SIÈCLE. CXXIX

vemeni à cinq ou six millions d'économie qu'il avait faite dans le département de la guerre , observant qu'il n'était pas convenable de les envoyer au trésor royal. Le roi entendait ce que cela voulait dire et lui répondait : a Parlez à Bertin; donnez-lui trois millions en fltels effets: je vous fais présent du reste, d Le roi partageait ainsi avec le ministre; et n'étant pas sûr que son successeur lui offilt les mêmes facilités , gardait M. de Ghoiseul malgré les intrigues de M"« Dubarry. » Avant son élévation , il avait eu beaucoup de succès auprès des femmes , dit Senac de Meilhan (i); depuis ^ il n'en eut pas moins ^ suivant Lauzim (p. 82). C'est par le crédit des femmes que C3ioiseul se soutint, a 11 avait d'abord compromis sa fortune ^ raconte le comte d*Allonville( 1. 1. p. \^0) , par des sarcasmes sur M~ de Pompadour : il se rapprocha d'elle par un service essentiel , et lui dut un riche mariage qui le mit à même de soutenir le rang où sa naissance l'appelait^ des ambassades qui mirent ses talents en évidence , enfin les deux ministères réunis de la guen*e et des aflaires étrangères 9 qui le placèrent en Europe au rang le plus élevé parmi les hommes nés sujets. Il obtint la dignité de duc et pair^ la place de colonel-général des Suisses et Grisons , un grand gouvernement (celui de la Touraine) y le grand bailliage d'Hagueneau , la surintendance des postes; ce qui lui rapportait 700,000 livres de rente, outre les 300,000 que la duchesse lui avait apportées. Cependant cette fortune ne l'empêcha pas de faire des dettes que le roi daigna payer.» Senac confirme toutes ces particularités et ajoute : a Le roi lui donna deux millions. Choiseul joignait, au pouvoir que lui donnaient ses places, im crédit sans bornes, qu'il tenait de M»* de Pompadour, dont on ne peut douter qu'il n'ait été l'amant. Il eut lliabileté de se soutenir plusieurs années après la mort de la favorite, et aurait pu conserver encore tous ses avantages s'il eût eu pour M»* Dubarry les plus petits ménagements ; mais il crut être assez fort pour lutter contre l'ascendant d'une maîtresse , et il fut disgracié. Un homme de mes amis fut chargé , malgré lui , de dire au duc de Choiseul que M** Dubarry désirait vivre en bonne intelligence avec lui , et qve s'il voulait se rapprocher (Telle , elle ferait la moitié du chemin. Ce furent les paroles de la favorite. Le négociateur représenta que les maîtresses chassaient les ministres, et que les ministres ne chas- Ci) Portrait* et caractères, 1813, pag. 29.

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