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saient pas les maitresses. L'orgueil et Thonneur du duo furent inflexibles y et il s obstina à ne donner que la vague promesse d'accorder à M""' Dubarry les demandes qu'il ti*ouverait justes. Cette déclaration , qui mettait à découvert dans le ministre la volonté de conserver tout son ascendant, ne satisfit point, et il fut exilé à sa terre de Chanteloup , en ïouraine. » M»« du Hausset convient qu'il avait introduit sa femme et sa sœur chez la Pompadour, qu'il ne passait aucun jour sans la courtiser , qu'il était aimable et même galant avec elle , mais elle nie qu'il fût son amant , quoiqu'elle ne vit que par ses yeux ; elle convient aussi qu'il avait obtenu la comr munication des lettres qu'on ouvrait à la poste et qu'il en abusait au point de révéler toutes les historiettes et les intrigues qu'elles contenaient. Ainsi Ghoiseul ayant été l'adulateur , le confident , l'ami , le conseiller de la Pompadour , s'il fut disgracié pour avoir refusé de plier le genou devant la Dubarry , on ne peut attribuer sa conduite à des sentiments honorables. Besenval (t. U. p. 50) cei^tifie qu'il reçut une pension de soixante mille francs et cent mille écus d'argent comptant pour laider à payer ses dettes. Je lis dans la lettre de M"»« du DelTand à Walpole> du 6 janvier 1772, qu'il s'agissait de trois à quatre millions <|uil avait mangés du bien de sa femme et de deux autres à différents créanciers ; elle ajoutait : « U a pris la résolution d'acquitter ses dettes, non ce qu'il doit à sa femme , car cela est impossible , mais ô ses autres créanciers ; ils vendent leurs tableaux, leurs diamants , une grande partie de leur vaisselle; il est même ((uestion de leur hôtel et de deux maisons qui y tiennent. Si vous pensez que tout ceci diminue la gaieté de M. de Ghoiseul, vous vous trompez; sa bonne humeur n'en souffre pas la plus légère altération. » Le 44 avril suivant. M*"** du Deffand mandait à Walpole que la vente des tableaux du duc avait été portée à un prix énorme, qu'elle était montée à quatre cent cinquante mille livres. Elle alla à Chanteloup et écrivit de là ces mots le 22 mai : a La vie qu^en mène me convient fort ; on joue à toutes sortes de jeux ; on fait trè^ bonne chère. x> En effet le Joui*nal hittorique (t. V. p. 45.) le prouve par ces détails qui lui furent envoyés le 6 novembre 1773 de Chanteloup : a M. de Choiseul continue à vivre ici dans la plus grande opulence; il a toigours un monde prodigieux. Vous jugerez des consommations par deux articles très-sûrs , qui consistent en trente moutons par mois et quatre mille poulets par an. Tous les commen-
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eaux y sont traités avec magûifioence. Pour la chaeee , on leur donne, oîi des gardes, s'ils veulent chasser à pied , pour les acconvpagner ; des chevaux ou des voitures , s'ils veulent accompagner le seigneur à la chasse de la grosse bète. Cet ex*ministre , accoutumé aux spéculations du génie , se livre actuellement à celles de Tagricultcur et du commerçant ; il cultive ses manufactures» il défriche, il améliore sa terre; il a recueilli cette année pour 60,000 livres de blés, n est fort gai dans la société.» Ministre, il avait eu, au dire de Goquereau (p. 54), une table ouverte et donnait tous les dimanches un dîner de cent couverts; exilé, il continua le même train , quoiqu'il n'eût pas les mêmes ressources. Il y avait tous les jours une affluence considérable de courtisans à Chanteloup, ; il devint de mode d'y séjourner ou d'y paraître. Ségur (t. I. p. 18) constate qu'on y éleva une colonne sur laquelle on inscrivait les noms de ceux qui s y présentaient. Ils étaient tous bien accueillis. Us s'imaginaient que la France ne pourrait pas se passer de lui , et qu'il était certain qu'il ne manquerait pas de redevenir ministre sous Louis XVI, dont il avait négocié le mariage avec Marie-Antoinette. Louis XV mort, Ghoiseul revint habiter son hôtel. Quoique sa galerie fût si grande qu'il fallût soixante-dix bougies pour l'éclairer et une cheminée et des poêles na deux bouts pour la chauffer, elle avait peine à contenir le monde infini qui y vola, si nous en croyons la lettre de M"* du DefTand à Walpole, du 9 décetnbre 4776. Elle ne commença à être désertée que lorsqu'on eut perdu l'espoir de voir Ghoiseul rappelle aux honneurs, eomme Pa noté Besenval (t. m. p. 118). Louis XVI se montra inexorable chaque fois que la reine le supplia et le pressa d'employer âiotseal; toutes les tentatives de la reine furent aussi inutiles qu'elles étaient vives, suivant M»« Campan (t. I. p. 84). Tout ce qu'elle obtint, ce Ait que le roi , pour soustraire Ghoiseul à Tiniamie d'âne banqueroute, lui prêterait trois milUons sans intérêt pour deux ^, et sans autre condition que celle de fournir des sûretés suffisantes pour le remboursement du capital , ainsi qu'on le lit dans ttertrand-MoleviUe (t. L p. 38i). Ghoiseul laissa en mourant ses ^ires dans le plus grand désordre. Soulavie (t. L p. 148) prétend qœ des excès de débauches avaient hAté son trépas. On lit dans Ws Hëmotres de Bachnmimi, du 13 mai 1785, qu'il était débiteur de dix millions. Tous les mémoires du temps attestent que la dndicsse de Ghoiseul prit l'engagement de les payer^ et que pour
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y parvenir elle n'eut d'autre moyen que de se retirer dans un couvent de la rue du Bac^ où elle vécut dans la jdus grande gêne^ n'ayant avec elle que deux domestiques , quoiqu'elle fût née dans le sein de l'opulenc/e. La prodigalité de Choiseul explique l'engouement dont il fut l'objet. 11 n'y a pas un philosophe^ depuis Voltaire jusqu'à La Harpe , il n'y a pas non plus un courtisan qui n'ait été comblé de gratifications ou de pensions, lorsqu'il disposait des deniers de l'État. Il est accusé d'avoir eu en 1770 une liste de pensionnaires qui s'élevait à dix millions. Après sa chute > la Dubarry négligea d'entretenir une bonne table pour les courtisans, de protéger les philosophes; Terrai rogna toutes les pensions, il en supprima un grand nombre, et il finit par n'en payer aucune, puisqu'il est avéré qu'à la mort de Louis XV il y avait trois ans qu'on les réclamait inutilement au trésor royal. Les ministres de Louis XVI annonçaient chaque jour la résolution de commencer les réformes par l'examen des pensions , qui toutes remontaient nécessairement au temps de Choiseul, lequel les avait accoi*dées sur la plus faible recommandation, sur le plus simple prétexte, souvent même sans motifs afin de se créer un parti formidable à la cour et dans les lettres. Aussi, pour éloigner Choiseul du conseil, Maurepas se borna-t-il, comme nous l'apprend Soulavie (t. IL p. 450), à le dénoncer à Louis XVI, dans des mémoii*es manuscrits et dans des conversations intimes, comme un dissipateur des deniers de l'Ëtat qui , pour se former en France un parti inattaquable, avait prodigué plus de douze millions de pensions accordées inutilement à des gens qui n'avaient d'autre mérite que celui d'être protégés par la maison de Choiseul. Maurepas dressa aussi le tableau des grâces dont jouissaient tous les individus portant le nom de Choiseul et prou\'a qu'aucune autre famille en France n'avait envahi autant de dignités et de sinécures. Il était tout naturel que tant de gens qui avaient tout perdu à la disgrâce de Choiseul , s'attachassent à sa fortune , travaillassent à le pousser au timon du gouvernement, puisqu'il était de leur intérêt d'agir ainsi. Si Choiseul a été le plus flatté, le plus choyé, le plus vanté de tous les ministres, cela n'est pas surprenant; il serait même surprenant qu'il en eût été autrement. Il rétribuait trop magnifiquement les éloges pour qu'on l'en privât. Mais du moment qu'il est évident que sa réputation repose sur ses dilapidations et ses profusions, et qu'il a pillé les deniers de l'État et consommé toute la dot de sa femme,
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pour augmenter le noniWe de ses créature?, sa gloire passée devient h cause de sa condamnation posthume et force Thistoinen à brùlei^ sa couronne de lauriers, et à fleurdeliser ce front si longtemps fier dé ses triomphes salariés. U fut le héros de la cx)ur, parce que, par feon immoralité et sa conniption, il en est Timage la plus complète, la per- ^mnification la plus vraie. Or, éomrae il n'y eut jamais rien de plus abject et de plus vil que cette cour, il s'ensuit qu'il n'y a rien de moins booorable que celui qui en est le type; et coimne cette cx)ur ne se dépravait qu'avec l'argent dont la gorgeait Choiseul, et qu'elle ne se repaissait que des larmes et des sueui's du peuple, il s'ensuit encore que Choiseul demeurera Tun des êtres les plus exécrés du peuple. U ne s'attendait pas à ce sort. Il était trop préoccupé du présent pour prévoir l'avenir. Il confondit la grandeur avec l'égoïsme, l'indépendance avec le mépris de tous les devoirs. Pendant tout son ministère, il fut rinstrument de toutes les passions, l'esclave de la Pompadour et deâ catins et de tous les valets de ces femmes; il se les attacha en cédant à tons leurs bas instincts; par là il multiplia les abus et contribua à raflhiblissement du pouvoir et à la déconsidération de la royauté, qui dut avoir pour ennemis tous ces agents de c>oiTuption du jour où elle ne pourrait ou ne voudrait plus les soudoyer , et essayer de régner pour la nation et non pont une poignée d'oisifs et d'insolent,^ serviteurs. Choiseul fut aussi mauvais citoyen qu'homme d'État. Les antres ministres s'étaient contentés de bouder, de s'ennuyer ou de manger gaiement leurs pensions dans leur exil. Au contraire, dans son château de Ghanteloup , comme dans son hôtel de Paris , Choiseul n'eut d'autre ambition que de révolutionner le pays (ju'il avait appauvri, pour le punir de ne pas lui pennettrede le pressurer de nouveau; Il fut l'âme de toutes les cabales, le coryphée de tous les mécontents. U sacrifia son tempe et sa fortune à i*idiculiser et à renverser tous lés ministres qui valaient mieux que lui, et dont il avait rendu la tâche déjà si pénible par sa perversité. Il décria toutes les opérations du gouvernement, sans en excepter aucune; il discrédita tdms ses fonotionnaires. Pour se rendre aussi nécessaire qu'il avait été Quiâble, il s'insurgea contre tous et contre tout. De sa rage naquit l'hydre de l'opposition quand même qui amena la révolution, comme le lui reproche avec raison Senac de Meilhan (p. 37). Arrêtons-nous sur un «wte qui suffit pf)ur prouver combien Choi-
wol fut aussi mauvais citoyen que mauvais ministre. H est certain
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que nul ue conti'ibua plus que lui à la destruction des Jésuite. On ne peut nier que cette opération ne soit un sacrilège en religion^ une monstruosité en morale et une folie en politique.
Un ministi*e doit protéger une religion qui est la religion de presque tous les sujets. Les Jésuites étaient certainement utiles au catholicisme , qui était la religion de presque tous les Français. Détruire les Jésuites, c'était donc nuire à la religion, et, par conséquent, porter ime atteinte à la libei-té de presque tous les Français. Aussi , le i4 novembre 1771 , Voltaire mandait-il à Dalembert : a L'erpuision dés Jésuites annonce la lin du monde, et nous allons voir incessamment paraître TAntechrist. b Dalembert tirait les mêmes conséquences. Le â mars 1764, il écrivait à Voltaire : «Le plus difficile sera fait quand la philosophie sera délivrée des grands grenadiers du fanatisme et de l'intolérance; les autres ne sotit que des cosaques et des pandours qui ne tiendront pas contre nos troupes réglées. » Levis (p. 176) n'a pas hésité à déclarer que le triomphe de l'irréligion ne date que de la suppression des Jésuites.
Pourquoi la destruction des Jésuites doit-elle être envisagée comme une monstruosité en morale et une fohe en poU tique? Le SO mars 1762, Bernis disait à Voltaire ; a Vous êtes aigourdliui le seul homme en France qui voyez les choses avec esprit et gaieté. » Voltaire était donc compétent dans l'appréciation d'un événement qui devait avoir de grandes conséquences. Aussi, le 4 juin suivant, Berhis lui &isait cet aveu : « Je ne crois pas que la destruction des Jésuites soit utile à la France ; il me semble qu'on aurait bien pu 1^ gouverher sahs les détruire. » Pourquoi la destruction des Jésuites n'était-elle pas utile ? Nous trouvons la réponse à cette question dans ces mots que Voltaire envoyait à Dalembert > le 14 avril 17fâ : « Les Jésuites étaient nécessaires, t
Pourquoi les Jésuites étaient-ils nécessaires? C'est que ce n'était pas seulement une congrégation religieUiBe, mais un corp^ enseignant. M. Crétineau-Joly (p. 139) a remarqué que les Jésuites possédaient en France quatre-vingt-quatre collèges; ils en avaient encOTe un nombre plus considérable dans tous les autres royaumes. Montbarrey (t. III. p. 94) n'avait donc pas tort de ccmfesser que, sous éé rapport, les Jésuites étaient très-utiles à tous les gouvernements, qui leur devaient beaucoup de connaissances. Les Jésuites avaient l'art de rendre leur enseignement agréable. On peut voir dans les
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Mémoires de Marmontel et dans toutes les con'espondances des philosophes comment ils savaient allier la douceur à la séyérité> et s'emparer de toutes les facultés de la .jeunesse. Les Jésuites ne se baruaient pas à élever des chrétiens^ ils s'appliquaient aussi à former des citoyens aptes à tout. I-e duc de Levis (p. 177 ) leiu* a rendu ce témoignage : o Us donnaient à la jeunesse des principes de i*eligion et de morale en même temps que des cohnai&sances positives ; ik savaient développer les talents naturels de ceux qui entraient dans leur société et les faire servu* au progrès des sciences et des arts. » Dumouriez (t. I. p. 9) avoue aussi que a les Jésuites avaient le grand talent d'élever Tâme de leurs disciples par Tàmour-propre > et d inspirer le com*age , le désintéressement et le sacrifice de soimême. » Levis (p. 171 ) nous donne dans ces lignes lA cause véritable de ces résultats : a Dans toute l'Europe catholique , les Jésuites présidaient à T^ucation de la jeunesse. Us faisaient des recrues parmi les plus illustres familles , et leur grand nombre ne nuisait point à leur considération individuelle. Ils avaient soin que quelqu'un d'entre eux excellât toujours dans les arts et dans les sciences. Us avaient donc des mathématiciens habiles^ de bons astronomes > des physiciens^ de grands orateurs. Us cultivaient la littérature avec le plus grand succès et dans toutes ses branches; ils s'adonnaient à réndition sacrée et profane, à l'inteUigence des auteurs classiques, à l'éloquence , à la poésie ; dans tous les genres y ils ont produit des chefwl'flBUvre. Cette immense machine était si bien réglée , que ses mouvements s'exécutaient sans bruit, sans secousse^ et sans qu'elle eût besoin d'être remontée. Le discernement des chefs était si admi« rable , que chacun des membres paraissait destiné par la natm*e au poate cpi'U occupait; et il résultait de tous ces choix , où les talents et le caractère étaient uniquement consultés , un ensemble si bien lié et si achevé , que ce grand corps avait une espèce de réssembfamee avec les êtres animés > inimitables ouvrages du Créateur. » Tout» les c(mnaissanoes humaines étant cultivées par les Jésuites, et chaque Jésuite étant exclusivement consacré à la branche de ces OQBDdissances pour laquelle il marquait une vocation prononcée y il était donc impossible que l'éducation périclitât dans la main de pareils précepteurs. Marmontel a constaté que les Jésuites cherchéreut à l'attirer dans leur compagnie ; M™* de Vandeul a raconté qu'ils ifent aussi des avances auprès de Diderot. Ces démarches attestent
ixîtxvi tBs Cours eH les salons
un grand amour pour le talent^ pa]*tout où ils le devinaient et le rencontraient. Conseils , livres ^ argent même , ils mettaient tout ce qu'ils avaient à la disposition de leurs élèves, et se montrèrent toujoui-s prêts à les protéger. Tout cela prouve que les Jésuites n^étaient pas inutiles; on ne s'aperçut qu'ils étaient nécessaires, que quand on fut convaincu qu'il était impossible de faire mieux qu'eux. Il s'agit de démontrer qu'on ne les remplaça d'aucune façon. Le 7 août 177!, le Journal historique ( t. IL p. 72 ) fournissait ce document : « On observe que depuis l'extinction des Jésuites en France, la plus grande partie des collèges est très-mal pourvue ; qu'au moyen du sort très-médiocre qu'on fait aux professeurs, tous les hommes de lettres , en état de faire mieux, se refusent à ces places. » Dans son Voyage à LangreSt publié à la suite de ses Mémoires^ Diderot est du même avis : « A l'expulsion des Jésuites, nous croyions toucher au moment de la restauration des bonnes études; mais les magistrats qui nous ont débarrassés de mauvais instituteurs , n'ont pas songé à nous en donner de meilleurs. C'est que ce n'est pas le zèle du bien public , mais de petites haines particulières qui les ont dirigés. Aux Jésuites ont succédé des gens sans mœurs et sans lumières. » En 1790 , le prince de Ligne écrivait à Catherine H : a Moi qui ne suis pas prophète dans mon pays , et pas grand sorcier dans les autres, j'ai dit, il y a longtemps, que si l'on n'avait pas chassé les Jésuites, l'on ne verrait pas ce maudit esprit d'indépendance, de chicane, de définition, de sécheresse se répandrecomme un torrent qui renverse ou menace les trônes de toute l'Europe. » Montbarrey ( t. III. p. 94 ) n'est pas moins expUcite sur les effets de la suppression des Jésuites : a Dès ce moment l'éducation nationale fut remise nécessairement entre les mains de tous les grimauds subalternes somnis aux grands désorganisateurs. Les jeunes gens entrant dans le monde > y arrivaient imbus de tous les principes de licence, et sans aucun frein qui pût les arrêter. Tout fut dès lors perdu; la rmne de la monarchie fi'ançaise fut prononcée, et l'époque de l'exécution fut ajournée au premier moment favorable. » Levis confirme tous ces jugements en ces termes (p. 170 et 174 ) : a Puisque j'ai eu occasion de parler des Jésuites, je dirai avec vérité que j'ai toujours remarqué ime prodigieuse différence , pour l'instruction , entre les pei*sonnes élevées dans leurs collèges et la génération suivante. Ceux qui avaient étudié chez eux, savaient tous le latin, et par conséquent
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n'étaient pa^ abâoluraent ignorante ^ au lieu que depuis , à la cour, sur dix hommes, il n'y en avait pas un qui entendit Virgile. Voilà, quant à leur manière d'élever la jeunesse , un préjugé favorable pour eux. On voit quel vide avait laissé dans l'État la suppression de la société de Jésus. L'éducation de la jeune noblesse , dont elle était presque exclusivement chargée, fut partagée entre des séculiers pour la plupart sans instruction , sans mœurs , Imbus des maximes philosophiques qui commençaient à se répandre , et des maîtres de poision , vils spéculateurs , plus occupés de leur fortune que de l'avancement de leurs élèves. Et que l'on ne croie pas que ce fut seulement en France que la destruction des Jésuites fit un tort irréparable à l'éducation ; il en fut de même dans toute l'Europe. » En effet , dans son Tableau de V Espagne moderne (t. 1. p. 327 ) , Bourgoing n'a pu s'empêcher de remarquer que, depuis l'expulsion des Jésuites, l'éducation de la jeunesse n'a fait qu'empirer en Espagne, et qu'il ne se présentait que des sujets très-médiocres pour remplir leurs chaires. Tous les voyageurs, amis ou ennemis des Jésuite, ont été obligés d'avouer que partout où les Jésuites furent renvoyés, ils ne furent pas remplacée. Il n'y eut que deux puissances qui les conservèrent. Elles n'en furent pas plus malheureuses. Pourquoi refusèrent-elles de s'en débarrasser? Frédéric va nous l'apprendi^e. Le 22 avril 1769, il adressait ces mots à Dalembert : <k Vous vous ressentirez avec le temps en France de l'expulsion de cet ordre, et l'éducation de la jeunesse en soufirira les premières années. Cela vous vient d'autant plus mal à propos que votre littérature est sur son déclin, et que de cent ouvrages qui paraissent, c'est beaucoup d'en trouver un passable. » Sommé plusieurs fois par les philosc^hes de justifier sa conduite à l'égard des Jésuites, il i*épondit à Dalembert le 15 mai 1774 : « Je ne vois en eux que des gens de lettres qu'on aurait bien de la peine à remplacer pour l'éducation de la jeunesse. C'est cet objet précieux qui me les rend nécessaires, parce que de tout le clergé catholique du pays , il n'y a qu'eux qui s'appUquent aux lettres ; aussi n'aura pas de moi un Jésuite qui voudra*, étant très-intéressé à les conserver. » Dans sa lettre du 18 novembre 1777 à Voltaire , il développe la même idée : « J'ai conservé cet ordre tant bien que mal. En voici les raisons : on ne trouve dans nos contrées aucun catholique lettré , si ce n'est parmi l«s Jésuites; nous n'avions personne capable de tenir les classes;
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nous n'avions ni pères de rOiatoire> ni piaristes; le reste des moines est d'une ignorance crasse ; il fallait donc conserver les Jésuites^ ou laisser périr toutes les écoles. Il fallait donc qae Tordre subsistât , pour foimiir des professeurs à mesiure qu'il venait à en manquer; et la fondation pouvait fournir la dépense à ces frais , elle n'aurait pas été suffisante pour payer des professeurs laXqpies. De plus , c'était à l'université des Jésuites que se formaient les théologiens destinés à i*emplir les cures. Si Tordre avait été supprimé^ Tuniversité ne subsisterait plus, et Ton aurait été nécessité d'envoyer les Silésiens étudier la théologie en Bohème. » En Russie , Catherine U suivit l'exemple de Frédéric et s'appuya des mêmes raisons.
11 est donc évident que les Jésuites étaient non-seulement utiles > mais aussi nécessaires à tous les gouvernements et à tous les sujets. Us leur rendaient d'immenses services , et sans être à charge à personne. Partout ils possédaient assez de biens pour n'avoir jamais rien à demander à l'État qui les tolérait , et pour exiger peu de chose de leurs élèves et en élever un grand nombre gratuitement. Ainsi en France 9 sans compter leurs propriétés dans les colonies, ils possédaient, soit en immeubles, soit en capitaiu, environ cinquante-huit millions , pour lesquels ils payaient 550,000 Uvres d'impositions de tout genre, comme nous Tapprend M. Crétineau-Joly (p. 153). Ds étaient au nombre de quatre mille ; la dépense de chacun ne dépassait pas annuellement trois cents livres. Nous avons vu tout à l'heure Frédéric avouer qu'il était de son intérêt de conserver les Jésuites, non-seulement parce qu'ils étaient préférables à tous les autres religieux pour Tenseignement, mais aussi parce qu'ils suffisaient à leur entretien sans recourir au gouvernement. Tous les rois avaient les mêmes motifs de maintenir les Jésuites» dans leurs collèges. On peut donc dire que , sous tous les rapports , les Jésuites étaient utik^ et même nécessaires.
Cependant Choiseul travailla à la destruction des Jésuites. Poiur y arriver, il lui fallut le concours des parlements et de la papauté. Qui donc employa-t-il pour séduire les parlements et tromper la papauté î Terrai et de Laverdy que nous connaissons , puis Chauvelin et Bemis qui ne valaient guère mieux. Georgel ( 1. 1. p. 50) nous apprend que Chauvelin était noyé de dettes et vendu au parti janséniste; les Mémoires de Bachaumont, du 16 janvier 1770, le donnent aussi pour un coryphée du jansénisme et ajoutent qu'il était épuisé de débauches.
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Jignore de quelle religion était de Bernis. Un homme qnî s'est vanté, dans sa lettre à Voltaire du 20 mars 1762, d'avoir dit devant tous les eonitLsans que la barrette de cardinal était un bon parapluie, et qui eut tonte sa vie des relations avec les philosophes , ne pouvait pas avoir une grande dose de dévotion. Dugaste de Bois-Saint-Just raconte (t. T. p. 185) que dans sa jeimesse il fut obligé de se cacher sous un nom* supposé dans un bouge de l'Ile Saint-Louis , poiu» se soustraire aux poursuites de ses créanciers. Devenu plus riche , il fat toujoiu»s aussi dérangé. Suivant Ck)llé (t. Il p. 262), il sortit du ministère avec cent mille écus de dettes, quoiqu'il eût alors cent dix ou cent vingt mille livres de revenu. Dans une lettre reproduite par M. Crétineau-Joly (p. 271), de Bemis avouait que le 7 juin 1769 l'état de ses dettes anciennes montait à deux cent sept mille livres. Il obtint de Ghoiseul des fonds pour se liquider. Resté ambassadeiu» à Rome , il tint table ouverte, donna souvent des fêtes magnifiques, mena un grand train, ne soi^a jamais à économiser, comme nous l'apprend Gorani (t. II. p 188), et il finit par se trouver si endetté et même si gêné que, quand la révolution le dépouilla de ses bénéfices , il serait mort dans la misère si la cour d'Espagne n'était pas venue à son secours. Il n'était guère moins voluptueux que prodigue. Ses galanteries l'empêchèrent d'obtenir un bénéfice du cardinal de Fleury, comme l'atteste sa lettre à Voltaire du 25 février 1772; le vertueux Boyer fat aussi sévère; mais dès que la Pompadour disposa de toutes les faveui-s , de Remis triompha et parvint aux plus hautes dignités civiles et ecclésiastiques, n ne négKgea pas le beau sexe. On peut voir dans les Mémoires de C(aœiH>va quel emploi il fit de son temps à Venise. A Rome , il allait si souvent passer la soirée chez la princesse de Sainte-Croix , qu'il passa pour être son amant. Un de nos biographes les plus éminents, qui a beaucoup étudié la vie de Bemis, m'a assuré avoir su de bonne »urce que le cardinal de Bemis avait été du nombre des dix-huit cents honunes que la princesse de Sainte-Croix se vantait d'avoir rendus heureux.
Avec de pareils agents , Choiseul ne pouvait manquer d'aller vite et loin quand il se détermina à détruire les Jésuites. Dans son Voyage en Italie ^ Duclos résume en ces termes l'impression produite par l'expulsion de ces religieux : a Le parlement, auteur ou imirn" «en« de leur ruine, en a hautement triomphé. L'Université, qui recueille leurs dépouiHes , le corps des gens de lettres, quoique la