‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 25 sur 95 · CL L£S COURS ET LES SALONS · texte numérisé non relu

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par des présentations plus criminelles : pendant votre administration , Tirréligion, le libertinage , Tavarice, la prodigalité, Tincrédulité, Tathéisme même semblent avoir été les seuls titres pour obtenir les bénéfices à nomination royale. Quels soupçons ne fait pas naître votre conduite? Les uns vous comparent à Tun de vos simoniaques pi'édécessem'S, M. de Jarente , qui ne disposait d'un bénéfice qu'à beaux deniei*s comptants. Quel abus ne faites-vous pas de votre crédit? Vous avez fait accorder une gratification de quarante mille livres sur les économats au suicide évéque de Grenoble, pour réparer son palais épiscopal. C'est vous qui avez donné deux abbayes à cette religieuse» concubine de M. de Brienne, réfugiée dans son palais à Paris, pendant son ministère , et qui vendait les grâces. »

Le caractère de ces ministres sert à expliquer pourquoi dans l'épiscopat il y avait deux espèces de prélats bien tranchées.

Les uns étaient taxés par des philosophes de fanatiques et d'intolérants ; mais ils étaient irréprochables dans leurs mœurs, fermes dans leur foi, simples dans leur langage, réservés dans leur conduite, indépendants jusqu'à la hardiesse dans leurs mandements et leurs discours au roi , peu recherchés des grands dont ils empêchaient les fenunes, les enfants et les domestiques de motunr de faim , connus de tous les pauvres, bénis de tous les malheureux. Ils n'admettaient pas facilement aux ordres tous ceux qui le désiraient , et ils ne confiaient de cures qu'à des prêtres qui jouissaient d'une bonne réputation. Le vénérable de Beaumonl, archevêque de Paris, fat le modèle de ce genre d'évêques. Les philosophes de tous les pays ont été forcés de rendre hommage à ses vertus et de constater qu'il distribuait eh aumônes les cinq sixièmes de ses revenus. Soulavie ( t. VI. p. i04 ) a remarqué que ses cuaquante-huit ciu'és de Paris, sans exception , marchaient sur ses traces. Il en a été de même de tous les curés nommés par les pontifes dont nous parlonfe.

Le nombre de ces vénérables prélats, dont la mort était une calamité pour les pauvres , ^tait beaucoup plus considérable qu'on ne le croit généralement. Aussi , dans ses Réflexions sur la révolution frahçaise , le célèbre Burcke s'est-il fait un plaisir de confesser que, soit à Paris , soit dans les provinces, il avait été frappé du spectacle imposant qu'offrait le clergé de l'Église de France , auquel il ne put rien comparer dans tous les autres royaumes pour les moeurs, les connaissances , le zèle , la charité, Tindépendance , Tiu^banité. S'il y

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a ea quelques prélats peu édifiants, cela n'ôst pas sui*prenant; il est plutôt surprenant que le nombre en ait ét«^ si petit. Les bénéfices étaient une puissante amorce pour la noblesse ; la cupidité a donc dû pousser dans les séminaires une multitude de jeunes gens. Mais il faut aussi admettre que le séjour dans les séminaires exerçait une grande influence siu* les âmes par l'étude de la théologie, l'usage de la prière , la fréquentation des sacrements , le bon exemple des pro* feseeiurs, et que les grâces de l'ordination ont achevé de purifier et de sanctifier bien des vocations mondaines, ou purement humâmes. U suffit d'assister à une ordination poiu* observer l'efiet qu'elle produit sur tous les traits des lévites qui en ont fait partie , et juger quelles traces profondes, durables, étemelles elle ne peut manquer de laisser dans le cœur de ceux qui se sont consacrés à Dieu pAr des vœux si solennels , dans une cérémonie si imposante. Je suis persuadé que le changement notable, le changement incontestable qui s'c^ra dans les habitudes de Dubois ne saurait être attribué qu'à son ordination et à son sacre » k moins qu'on ne veuille oonvenil' que raU)é Dubois a été aussi calomnié que Mgr Dubois.

U y a eu quelques individus qui ne sont entrés dans l'Eglise que par cupidité , et sur qui l'ordhiation et le sacre n'ont pas plus agi que sur un rocher, qui se sont glorifiés de rester après leur ordination et leur sacre tels qu'ils avaient été auparavant, et qui n'ont pnAté des dignités et des bénéfices dont ils ont été accablés après ces vœux> que pc»ur afficher une légèreté, une inconduite, des idées, des principes en contradiction avec leur caractère, leurs fonctions > leur habit. Les philosophes les ont recherchés, flattés, courtisés, prônés, célébrés comme des prélats tolérants, des préldlfe philosophes^ dés prélats comme il faut. Qu'on étudie attentivement la vie de ces prélats, qui ont eu depuis cent jusqu'à huit cent mille livres de bénéfices > on n'en trouvera pas un seul dont le nom ait été connu dés pauvi'es , et qui ait donné un écu en aumône secrète : ils cmt vécu dans la débauche, et sont morts banqueroutiers. Bernis est miee^c3e de prélat mondain; de Menne, finissant par s'empoi^ iKmn^, après avoir renvoyé son chapeau d^ cardinal à Rome , est un mod^ de prélat philosophe. Gomme la perfection des prélats phi» lœophes, montrons le piince Louis de Rohan. U renchérit sur tous set (mcles, aussi prodigues que galants évéques et cardinaux. Il eut UB fauteuil à l'Académie française, il fut memlire de plusieurs acadé-

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mies, il fut nommé ambassadeur à Viemie, sacré évéque de Strasbourg; il obtint le chapeau de cardinal, la grande aumônerie, la place de pro\iseur de la Sorbonne et d'administrateur de lli6pital des Quinze-Vingts, indépendamment de plusieurs abbayes. Q parvint à réunir sur sa tête pour huit cent mille livres de bénéfices. Nul n'avait moins le droit de contrister TÉglise; cependant il fut loin de se distinguer par sa foi; il passa même jusqu'au mépris pour tout ce qui tenait à la religion. A Vienne il quittait souvent la soutane pour prendre des habits de chasse, et cela avec tant de publicité qu^un jour de Fête-Dieu, lui et tous ses gens , en uniforme vert , coupèrent une procession qui gênait leur passage. Â Paris, il accueiUit et admit à sa table tous les philosophes depuis les BufiTon, les Duclos, les Marmontel jusqu'à Dalembert ; il leur ofirit un grand festin en rhonneur de La Chalotais, dont les calomnies contribuèrent à accélérer la destruction des Jésuites. 11 recevait Cagliostro, le traitait comme un souverain, et il chercha à le populariser et à l'introduire chez tous les grands* 11 était encore plus immoral qu'irréligieux. Il avait orné son hôtel, à Paris , de peintures si lascives qu'il ressemblait à un temple de Vénus, à un boudoir de libertin. 11 écrivait des lettres si licencieuses que le comte Beugnot ci-ut devoir les brûler toutes, dès (ju'il en eut parcouru quelques-imes chez l'intrigante à qui elles étaient adi'essées. Il passa pom* avoir formé le vœu de s'accointer avec toutes les filles; à Vienne, il lui fut reproché d'avoir séduit et perverti toutes les dames de la cour; à Paris et à Strasbourg, on l'eût pris pour un prêtre de Cythère, car il était difficile de rencontrer un homme aussi livré au plaisir; il fut le RicheUeu des prélats sous ce rap» port. U était aussi prodigue que débauché. Il menait un train d'empereur. Il ne portait à son doigt qu'un anneau d'une vingtaine de mille livres; il avait des aubes qu'on estimait cent mille livres. Tout chez lui était d'un luxe prodigieux. A Vienne, il éclipsait la cour; il se faisait escorter de huit gentilshommes portant de grands noms et d'une dpuzaine de pages de familles distinguées; il avait cinquante chevaux dans son écime, des carrosses de quarante mille livres, et il donnait toutes les semaines des bals, des concerts, des soupers de cent à cent cinquante personnes. A Strasboiu^g , il n'avait pas moins de quatorze maîtres d'hôtel et dé vingt-cinq valets de chambre; Cette magnificence l'amena à contracter des dettes énormes, à emprunter de toutes mains et dans tous les pays, à recourir aux plus singuliers

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expédients, à abuser de sa position et à commettre toutes sortes de bassesses et de malversations. P^ur se procurer de l'argent, il avait la coutume d'acheter des effets très-chers, mais à crédit^ pour les revendre comptant à vil prâ. A Strasbourg, il employa à des choses d'agrément personnel les fonds que le chapitre de sa c>athédi*a1e avait destânës à la reconstruction du chAteau de Saveme. L'Affaire du Collier mit le comble à tous ces scandales. Il lui fut facile de prouver qu'il avait été trompé , mais il fut convaincu d'avoir convoité les faveurs de la reine, d'avoir eu des liaisons intimes avec un Cagliostro, avec un comte de la Motte, gendarme chassé de son corps pour avoir fait et négocié de fausses lettres de change , paysan ne vivant que d'escroqueries, de la vente des objets qu'il se procurait A crédit; une comtesse de la Motte, capable de tous les crimes, scélérate des plus aecoroplies. U fut donc condamné à payer le fameux collier livré pour la somme de 1 ,600,000 livres à la comtesse de la Motte. Ses créanciers se présentèrent et réclamèrent ce qui leur était dû. a Les dettes de U. le cardinal, à cette époque, indépendamment des 1 ,600,000 livres du collier, raconte Georgel, montaient encore à près de deux millions. 11 était dû cinq cent mille livres aux Génois, empnmtées pendant l'ambassade de Vienne; cinq cent mille livres avaient été empruntées encore en Alsace pour le rétablissement de la résidence et du château de Saveme, qui avait été incendié. On devait trois cent mille livres au juif Cerf-Berr, dont cent vingt mille avaient passé à M"* de la Motte; le reste à différents fournisseurs et particuliers. J'osai alors, de concert avec les princes de la maison de Rohan , des pouvoir!^ très-étendus que me donnait ma procuration , pour liquider les dettes du cardinal. Je fis de grandes réformes. Tout, en Alsace et à Paris, fut réduit au strict nécessaire. On accorda des pensions alimentaires aux anciens domestiques réformés. Les Génois et les autres créanciers acceptèrent des délégations. Le plan et le mode de liquidation furent adoptés par tous ceux à qui on était redevable. Parées arrangements, il restait à M. le cardinal cinquante mille livres de rente, outre sa terre de Coupvray , près de Paris, qui pouvait rapporter annuellement trente mille livres. Ce plan devait s'exécuter en janvier 1786 et durer jusqu'en 179A, où le prince, totalement libéré, rentrerait dans la jouissance de ses grands revenus. On m'a assuré que M. le cardinal, de retoiu* eu Alsace de son exil , n'avait point approuvé ce plan; mais dans le moment où il fut conçu et adopté.

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il était d'une nécessité impérieuse. Eh ! n'était-ce point avoir travaillé à la gloii*e et à la satisfaction de ce prince (pie d'avoir éteint, sans réclamation et sans murmures, des dettes aussi considérables? On diminuait, il est vrai, pendant huit ans, toutes ses jouissances; mais, poui' un cœur aussi noble et aussi sensible que le sien, ces jouissances n'eussent-elles pas été abreuvées d'amertumes au milieu des cris redoublés de ses créanciers? » Ainsi il est indubitable que le cardinal avait l'intention de frustrer ses créanciers , puisqu'il répugna à se soumettre au seul moyen qu'il eût de les satisfaire, son patrimoine n'étant pas en état de les désintéresser. La révolution l'ayant dépouillé de ses bénéfices dont une partie devait être employée, juftqu'en i794, au paiement de ses dettes, il est plus que probable que le cardinal mourut banqueroutier. La révolution permit de dévoiler le reste de ses infamies. En 1791, l'Assemblée nationale reçut une pétition dans laquelle les administrateurs des Quinze-Vingts se plaignirent des malvei'sations exercées par le prince, et dont ils n'avaient pu obtenir justice. Ils prouvèrent qu'en 1779, lorsqu'il était administrateur des Quinze-Vingts, il avait vendu , malgré Tadministration de l'hospice, moyennant six millions, des terrains appartenant à cet établissement et valant plus de sept millions; un potde-vin de 300,000 livres et un dixième dans la propriété, l'avaient disposé à signer ce marché où il était à la fois vendeur et acquéi*eur. Il ne rendit aucun compte du prix de cette acquisition , et l'hôpital se trouva complètement ruiné par cette prévarication de sept miUions. Deux administrateurs avaient réclamé contre cette opération inqualifiable; le prince les destitua. Le parlement allait intervenir en Saveur des opprimés; une déclaration du roi lui imposa silence. Le prince avait eu le temps de manger ses sept millions, lorsque le 17 avril 1791 l'assemblée nationale lui ordonna de venir se justifier. Il se garda bien de comparaître devant ses juges. Quand il l'aurait voulu, il n'aurait pu restituer les sept millions dont il avait fait tort aux Quinze- Vingts. C'est donc une nouvelle somme à ajouter sur le mémoire des dettes dont il n'eut ni le temps, ni la facilité, ni l'intention de se liquider K Laissons les ministres pour nous occuper des généraux. « Sous

(!) Biographie universeilCf article /toAon.— George], tom. I et IL - li*«d*Oberkirch, tom. I, pag. 127, et tom. H, pag. 860. — Mémoires inédits du coniie BeU" Qnotf dai|8 la Revue française, de septembre 1SS8.

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louis XIV, remarque Levis (p. 36), le grand Condë, Turennei Cfttinat, enfin tous ses généraux furent des modèles de désintéressement et de générosité. Le seul Villars ne fut peut-être pas, sous ce rapport, exempt de tout reproche j et comme il était fanfaron de vices et de vertus, de défauts et de qualités, il ne s'en cachait point. » Sous Louis XV, la plupart des généraux se piquèrent de philosophie; auâà ne manquèrent-ils pas d'imiter Villai^. Us scandalisèi^ent le^ troupe par leur vie dissipée et pai- leurs rapines.

« Le maréchal de Soubise, raconte Levis (p. 157 ), avait cinq cent mille livres de rente, qui ne lui suffisaient pas. Dans le nombre de ses dépenses , j'en citerai une qui se renouvelait tous les ans, lorsque le roi venait se rafraîchir dans sa maison de Saint-Ouen après le tiré ; <m lui servait une omelette d*œufs de faisans, de perdrix rouges, et d'autres ingrédients si chei's, que Tomelette revenait à vingt-cinq louis : c'était un prix fait; le reste était à proportion. »

Le prince de Beauvau , malgré son grade de lieutenant-général qui lui rapportait annuellement trente-sept mille livres, contracta pour sept cent mille livres de dettes portant intérêt, et se laissa pourmwe pour quatre cent inille livres de dettes criardes, dont il ne pouvait répondre, comme le mandait M""* du Deffand à Walpole , le 23 septembre 1771 .

On lit dans les Mémoires de Maurepas , qu'étant gouvemeiu' h Lyon, le maréchal de Villeroi établit, de son autorité privée, une augmentation de di*oit sur les octrois pour payer les dettes de son fik, qui avait fait deux fois banqueroute de plus d'un million, U laissa à sa mort pom* plus d'un million de dettes , quoique, outre le^ a{^intements ordinaires de sa place , il se fût ménagé plus de cent mille écus de rente par la vente de tous les emplois dont il disposait, et qu'il eût hérité de tous les biens des maisons Gondy, de Créqui , de Lesdiguières et Despréaux.

Lauzun a raconté dans ses mémoires comment en dix ans il dissipa quinze cent mille francs sur une fortune de quatre millions, et quels an*angements il prit pour satisfaire ses cr<^anciei*s. Suivant d'AUonville ( 1. 1. p. 291 ) , à l'époque où il se sépara de biens d'avec sa femme , il n'avait pas encore payé les diamants qu'il lui avait donnés pour ses noces, bien que le joaillier qui les avait vendus eût menacé pat écrit de les arracher à M"' de Lauzun, si elle les portait. Lauzun s'accoutuma à rester endetté. Lorsqu'il fut envoyé h Lon-

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dres , en 1792 , en mission diplomatique , un marchand de chevaux le fit an^éter poiu' une aneienne dette. Lauzun ne fut relAché que sous caution.

Un jour que le marquis de Conflans se trouvait dans le carrosse de Louis XVI, a la conversation, raconte Levis (p. 165), tomba sur la vie licencieuse des troupes légères, sur les déprédations que se permettaient les hussards, officiers et soldats; et Ton plaisantait M. de Conflans sur ces maraudages , qui , par une de nos mille inconséquences , ne paraissent pas dans cette arme enfreindre les lois de rhonneur. M. de Conflans répondit avec un grand sang-froid : « Il est >Tai que j*ai pillé comme un autre; mais depuis que j'ai deux cent mille livres de rente, je suis devenu honnête homme. » A ce propos , le roi rougit, visiblement embarrassé qu'un homme pour qui il mentirait tant d'aflection eût une morale aussi relâchée; et Ton remaitpia qu'il ne lui parla pas une seule fois de toute la journée. Le marquis était C/elui de ses courtisans qu'il aimait le plus. »

Il y a peu d'actrices et de courtisanes en vogue , que le maréchal de Saxe n'ait l'ccherchées. Doué d'une force prodigieuse , il perdit dans l'immoralité son temps et sa santé. Il ne fit pas moins de mal à l'armée. Il entretenait dans les camps un opéra et des lieux de débauches pour ses soldats. Pour mener un pareil train , il lui fallait de l'argent. 11 eut toujours soin d'avoir un crédit d'ime centaine de mille livres chez un fermier général. Il acceptait de toute main. L'illustre Lecouvreur vendit tous ses diamants et lui en envoya le prix. Pour assouvir ses passions, il devint dur, injuste, tyran et cruellement pillard. 11 ne cessait de lever dans les pays qu'il conquérait d'énormes contributions dont il s'empai*ait, et qu'il dissipait aussi vite qu'il les avait arrachées (1). « A son exemple, raconte Monlbarrey (t. I p. 68), les officiers généraux employés étaient ti'ès-bien payés , et chacun , selon son goût ou ses besoins , consommait ou mettait en réserve ce qui lui revenait en supplément de son traitement ordinaire. L'intendant de l'armée avait la grande main sur tous les traitements; et, sous lui , des commissaires des guerres , départis dans les diflTérentes places considérables, gaspillaient, quand ils ne pouvaient prendre

(1) llarmontel, )iv. Ifl. -i- D*Aiigennll9, loin. (I, pag. 8&S. — Collé, ton». I, P49. 819.

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on Tol phis élevé , ou qu'ik étaient surveillés par des généraux trop attentifs.»

Dès sa jeunesse , le duc de Richelieu s^était signalé par une trahism in£ime, comme Tattestent tous les contemporains et surtout d'Argenson ( p. 193 )• Le régent avoua qu'il pourrait lui faire couper quatre tètes ^ s'il les avait ^ car il possédait quatre lettres que le coupable avait écrites au cardinal Albeponi pour lui offrir de livi*er Bayonne à l'Eqpagne^ à la condition d'obtenir le régiment des gardes. Richelieu fiit enfermé à la Bastille ; il n'y resta pas longtemps. La princesse deValois, qu'il avait séduite^ intercéda pour lui et obtint sa grAce et sa liberté. Le traître devint plus tard maréchal. Dans ce poste élevé , il ne fit pas oublier son ancienne perfidie par un désintéressement à toute épreuve. On ne l'employait qu'avec répugnance^ parce qu'on le savait peu scrupuleux. Dans la gueri'e de i755 surtout, raconte Duclos, on voulut le rappeler à l'ordre y au moment où on l'envoyait en Hanovre prendre le commandement de l'armée. Comme on désirait détruire dans les troupes ce vil esprit de rapine, qui en fiiit des brigands plutôt que des soldats , on songea au moyen d'empédier le général d'en donner le d;mgereux exemple. C'est pourquoi Bemis fut chargé de proposer au maréchal de Richelieu de fixer lui-même ses appointements et de les porter aussi haut qu'il le jugerait convenable. Richelieu rejeta absolument toute fixation , et eol(Hrant son avarice d'un air de dignité , prétendit qu'il ne devait reoûDcer à aucun de ses droits de général , tels que les coutribotions , les sauvegardes , etc. , et qu'il ne serait pas dit qu'il eût donné atteinte aux préi*ogatives de sa place. Ce fut avec ces dipositions qu'il partit , et personne n'y fut plus constant. Il retira par toutes sortes de moyens des biens immenses de la Westphalie et de l'électorat. 11 pactisa même avec l'ennemi. 11 pouvait vivement harceler le roi de Pnisse, mais le trésorier de celui-ci, asmure Thiébault (t. IV. p. 259), lui ayant remis une somme considérable pour obtenir une trêve, Richelieu passa des semaines entières dans la plus coupable oisiveté à peu de distance deMagdebourg, qu'il eût facilement pris d'assaut, et où il eût trouvé tous les trésors de l'ennemi. Suivant les Mémoires de Trench , Richelieu aurait reçu trâ voitures chargées d'argent pour prix de cette conduite. Les militaires, excités par son audace et enhardis par l'impunité, pillèrent pwtout, et nommèrent entre eux leur capitaine le père delà maraude.

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Ce n'était pas sans raison. Le témoignage des écrivains français ayant été contesté; invoquons une autorité étrangère. Dans VHiiioiredela guerre de Sept ans en Allemagne, par J. W. d'Ârchenholts^ ancien capitaine au service de Prusse^ traduite de l'allemand en i 7H9 pard'Amex» je trouve à la page 44 ces détails : a Richelieu fit une invasion dans les provinces de Prusse : il en (Il piller et dévaster les villes et les villages^ où il menaçait de mettre tout à feu et à sang , afin d'extorquer , de leurs habitants sans défense , des contributions intolérables. Les excès exeit>és par les Français étaient tels^ qu'ils approchaient des horreurs que commettent les Cosaques. Sur les ordres exprès des c^ftciers, on abîmait de coups de riches pai*ticuliers, afin de les oootraindre à payer des contributions poiu* les autres citoyens : on violait les femmes et les filles, et l'on se jouait de la vie des honunes. Rien n'était plus ordinaire parmi ces troupes que de faire pendre des personnes innocentes sur de prétendus soupçons dénués de la plus légère ombre de preuve ^ comme si c'eussent été des espions. Plu* sieurs centaines d'Allemands^ sans égard pour leur rang, leur Age et leurs relations, eurent ce malheureux sort pendant le ooui*s de cette gueire. La devise du générai français était : extorsioM. Il se permettait les actions les plus basses, et ordonnait des opérations de guerre telles que son intérêt pai*ticulier les demandait. De tous les généraux qui commandèrent dans cette guerre, aucun ne s'est autant enrichi que Richelieu. 11 s'en cachait lui-même si peu qu'enoore avant la fin de la guerre il fit bAtir le pavillon de Hanovre. i> En effet, à son retour à Paris , il déploya le plus gi*and faste. 11 éleva au bout de son jardin un pavillon élégant et meublé avec une l'echerdie voluptueuse, rapportent Duclos et Levis (p. 36); le peuple appela par ironie ce pavillon, le pavillon de Hanovre. A la cour , Richelieu fut mieux reçu qu'on ne s'y attendait, rapporte encore Duclos; mais il ne tarda pas à s'apercevoir que ses exactions n'y étaient pas inocmnues et nuiraient à son avenir. Les propos de toutes les sociétés ne lui in^rèrent ni remords ni honte. 11 se rendit dans son gouvernement de la Guienne pour la pressurer. Suivant Faur , l'auteur de sa Vie privée , il vécut à Bordeaux avec le luxe et le cortège d'un Sardanapale; il invitait ordinairement ti^ente personnes, quelquefois cent, deux cents et jusqu'à quatre cents à ses soupers. Pour payer ces dépenses et ces profusions, il appauvrit le pays, ruina les familles et réduisit h la misère tous ses commis, U lui était alloué douze mille

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Uneè pour le capitaine de ses gardes, et six mille pour un secrétaire; il retrancha un lévo à chacun de ces traitements et s'ai^ro-. pria le reste de seixe mille deux cents livres , se vantant de pouvoir trouver en tout temps pour douze cents livres autant de capitaines des gardes qu^i lui en faudmit, ainsi que des scribes à six cents francs, n se permettait tout, parce qu'il n'avait rien h craindi*e du roi; il lut son c(»npagnon de débauches et d'orgies, et même son proxénète; la fiivorite n'eut jamais d'adulateur plus souple , et le clergé d'ennemi plus r«Hloutable. U s*appliqua constamment à éloigner du roi çiieonque aurait eu le coiu*age de le rappeler à ses devoirs et de Tarnchar à la cmpule dans laquelle il croupissait. Peu s'en fallut qu'il ne l'eropèchAt de mourir sans se confesser. Quant à lui , sa vie dissipée est aseei connue. Son nom est resté le synonyme de la plus affreuse d^ravation. Uanuel (t. I. p. 335) a remarqué qu'il mit une fois s<m crachat au mont-de-piété pour arrher une catin. D'Allonville (t. 1. p. 177) nous apprend qu'il ne laissa que des dettes.

Ltô généraux ne laissaient passer aucune occasion de s'enrichir. Tout le monde sait que les fêtes qui eurent lieu à l'occasion du mariage de Louis XVI coûtèrent à Paris la vie à deux cents personnes, et que près de douze cents cmîeux ne rentrèrent chez eux que blessés plus oamoins dangereusement. Un tel désordre avait été prévu. Pour le prévenir on avait réclamé le service des gardes françaises; le maréchal de Biron ne voulut pas jEsôre marcher son régiment, parce que la ville de Paris lui refusa une gratification de mille écus qu'il avait demandée.

&âce au mystère qui enveloppe de son ombre épaisse le sanctuaire de la justice , les huissiers , les avoués , les avocats, les grefiiars , les juges pouvaient se permettre des exactions aussi scandaleuses que celles des généraux. Ni robins,ni praticiens n'eurent à redouter une enquête sévère et minutieuse. L'autorité ferma les yeux sur ces perpétuelles injustices. Jamais on ne vit plus de procès eélti)res qu'à cetle époque. Tous ne firent que révéler au monde le fanatisme et la partialité des magistrats. Les immortels Mémoit*es de Beaumarchais apprirent combien il fallait donner de louis à M"** Goezman pour pénétrer dans le cabinet de Monsieur son mari. Le premier président d'Aligre jouissait d'un revenu de 800»000 hvres , si nous en croyons les Mémoires de BachaumorU, du 10 décembre 1787, et ne songeait qu'à les augmenter par un talent tout particulier de placer son argent au taux le plus avantageux ; ses principes équi*

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