‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 26 sur 95 · CLX LES COURS ET LES SALONS · texte numérisé non relu

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vogues , ses mœups relâchées lui avaient 6té toute oonsidératioQ auprès des honnêtes gens , dit Georgel ( t. II. p. 131 ). Il se compromit dans des afifaires d'intérêt passablement honteuses qu'il n'eut pas l'adresse d'assoupir. Ainsi, a il avait fait faire, rappoi-tent les Mémoires de Bachaumont, du 10 août 1786, sa soumission pour deux cent mille livres dans un des emprunts derniers du trésor royal. En conséquence on lui avait expédié son boi*dereau, et il avait déjà touché deux ou trois années d'arrérages. Cependant il ne payait point le capital. Le garde du trésor royal d'exercice cette année lui a fait demander cette somme : M. d'Aligre a répondu que c'était un oubli de son notaire; au bout de quelque temps, n'ayant pas satisfait, le garde du trésor royal l'a fait inviter de nouveau , et n'en a pas tiré meilleure raison. Il a pris le parti d'en parler au contrôleur général : celui-ci, enchanté de trouver une occasion de rendre désagréable à Sa Majesté le magistrat dont il avait à se plaindre, a rendu compte du fait au roi. » C'est pourquoi le contrat de rente que possédait d'Aligre lut annulé, remarque Montyon (p. 287 ) , comme illicite attendu qu'il n*avait pas fourni les fonds de ce contrat; ce qui portait atteinte à sa réputation et à ses intérêts pécuniaires , auxquels il n'était rien moins qu'insensible. Il ne pardonna pas cet acte à de Calonne , et s'en plaignit hautement. 11 soutint de tout son crédit ceux de sa compagnie qui travaillaient avec une persévérance infatigable à empêcher toute réforme dans la procédure, ainsi que nous l'apprennent les Mémoires de Besenval. Rien n'était plus urgent. Dans un mémoire remis à Louis XVI ^ le président Lamoignon demandait instamment pour l'honneur des hommes de loi réforme dans la façon d'instruire les procès , Vaudience , rappointement , réforme dans la rétribution des juges y réforme dans rinstruction des procès par écrit , réforme dans le salaire des secrétaires, réforme dans les greffes, attendu que, depuis les juges jusqu'aux greffiers, les honoraires, à titre d'épices , vaca* tions et autres dus et déboursés , étaient si révoltants , si énormes , que les plaideurs n'étaient plus en état de poursuivTe la moindre a£hire , de sorte qu'un procès considérable, même gagné, dérangeait une maison opulente , i-uinait un homme aisé , et q\\e celui qui n'avait pas d'avances était forcé de renoncer à ses droits et actions, et de rester la victime de l'audace. Le roi loua beaucoup ce plan de réformes; mais telles furent les intrigues du président d'Aligre et de ses compères, que Lamoignon obtint h peine quelques délibérations

Au XVIII* SIÈCLE. CLXI

après lesquelles on statua que j vu rimpossibilité de réprimer tant d*abas y il valait mieux continuer d*en profiter.

Le parlement avait depuis longtemps perdu son indépendance et avec elle son intégrité. 11 s'était rendu ridicule , en empiétant sur le pouvoir du clergé, en s'immiscant dans les affaires du for intérieur. On lui avait paitlonné cette usurpation. Quand il refusa de se prêter à tous les caprices de la cour , de consentir à la ruine des populations y d'enregistrer des impôts onéreux , il se fit bénir de la nation , mais les favoris travaillèrent à le détruire. Il était impossible de se passer de magistrats. Maupeou s^ chai*gea de composer un nouveau parlement plus souple et plus docile.

Louis XV lui donna un pouvoir sans bornes. Lorsqu'il était premier président y Maupeou s'était distingué par ses déprédations y ses fripooneries. 11 escamota huit mille livres à sa compagnie. 11 vendait les arrêts au plus ofErant et dernier enchérisseur, souvent en recelant des deux parts un prix égal pour sa prévarication. Il ne se contentait pas de sommes médiocres. Il exigea une fois cent mille écus pour juger un procès. Il multipliait tellement les frais, qu'il était parvenu à porter ses épices à 60»000 livres. Il reçut 300,000 livres , pour favoriser l'enregistrement de l'édit xle libération des dettes de l'État, et une pension .de douze mille livides pour faire passer l'édit sur les reconstitutions de rentes. Rien ne lui était plus facile ; tout dépendait de lui. Comme il comptait les voix , il donnait toujours internent la majorité des suffrages aux personnes qui l'avaient achetée.

Devenu chancelier, il avait besoin de gens résolus à voter et enre^ gistrer tout ce qu'il proposerait. Ses anciens confrères étaient riches> et par conséquent indépendants. 11 n'aurait pu compter sur eux. U les exila , et leur promit une indemnité qu'il ne se pressa pas de leur donner. U essaya d'en corromi»^ quelques-uns. Quatorze mil*lions furent consacrés à lui recruter un corps servile et pénal, a En rentrant dans mon cabinet, écrivait alors M. de Brosses , je jetai sur le pavé tout l'attirail du magistrat, en disant à Fè vre : a Tenez , prenez «c^, il n'y a plus que des laquais qui en puissent porter. » C'était pândre d'un trait la domesticité du chancelier. Il ne trouva plus de résistance^ c'est alors que les édits se multiplièrent à l'infini. Tout ce qui émanait de la cour était accepté. La justice devait être gratuite ; D^moins on doubla et tripla les fmi(. Chaque jour voyait enian-*

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