CLXII LES COURS £T LES SALONS
ter des impôts nouveaux ; on étendait les uns , on quadruplait le^ autres. En quelques mois Louis XV en mit à lui seul plus que tous ses pi'édécesseurs ensemble. En vain on se plaignait; les citoyens étaient écrasés; l'argent disparaissait; il en fallait encoi*e, il en fallait toujours. Un nouvel impôt fermait la bouche aux malheureux ; la Bastille étouffait la voix de ceux qui osaient murmurer.
Qu'attendre en effet de gens vendus au poids de Tur? Les uns étaient trop ineptes pour réclamer ; les autres étaient trop corrompus pour s'exposer à perdre une charge qui leur rapportait beaucoup et ne leur avait rien coûté. Un grand nombre n'auraient été reçus que dans la troupe de Mandrin. Pour donner une idée de leur moralité, arrétons-nouB devant les fleurs de lis à Paris. Le président se nommait Sauvigny ; c'était la personnification de Tignoiunoe et de la stupidité; il savait à peine signer son nom et répéter les mots qu'on lui soufllait à l'oreille. Son procureur général était Joly de Fleury, perdu de débauches; abimé de dettes; Maupeou lui avait remis quatre cent cinquante-sept mille livres pour les payer, et il lui en restait enccNie. Fleury acceptait de toutes mains et prenait tout ce qu'il pouvait. 11 «u^hetait partout et n'acquittait rien; il signait à chaque instant de fausses lettres de change ; il escamota ^,000 livres au duc d'Aiguillon par ime insigne escroquerie. On lui en reia*ochait beaucoup d*autres. Près de lui, siège Quyrot, chassé du parlement de Besançon pour monopole ; plus loin voici Basset, en état de banqueroute, et condamné comme contrebandier par trois jugements solennels; Gin, le stcUionnataire ; Breuzard, l'assassin de son frère, l'empoisonneur de sa fenune; de Vergés, célèbre par ses escroqueiies; Majron d'Aunois, qui se taxait 75 livres pour des conclusions qui n'en valaient que neuf; Coste de la Calprenède, arrêté par un exempt de police au bal de l'ambassadeur d'Espagne, pom* avoir escamoté des jeux de caries avec un ressort qu'il cachait dans la manche de son domino ; Goezman, expulsé pour friponnerie manifeste du conseil de Golmar ; De«rat^ ^ermé à Saint-Lazai*e pour avoir assommé un homme; Klbeo, assassin d'un dentiste., ancien maître d'une maison de débauche; Débonnaire, vendant sa conscience, et s'enrichissantparde honteuses manœuvres; Pourterion> le plus madré fripon de sa compagnie; C3ei*c de Salles, qui vola ou frustra tous ceux avec lesquels il eut des refatUons; Caudaux^ banqueroutier; Gondin, qui laissa sra père mourir de misère dans un grenier; Vacquette de Lenchères^ coo*
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damné à dix mille francs de dommages et intérêts pour avoir maltraita^ son père; Frecot de Lanty^ qui passait pour un grand usurier; Ua\ignon , qui filoutait les marchands dans leurs boutiques. 11 ne lallait point chercher des Gâtons dans le reste de leurs confrères. Les provinces n'eurent rien à envier à la capitale. C'est ce qu'il convient de ne pas perdre de vue, lorsqu'on se rappelle tous les édits enregistrés à l'instigation de Maupeou, ces procès fameux qui furent alors jugés avec une partiahté si étrange^ et le succès des écrits de Beaumarchais.
Maupeou fut largement récompensé de son zèle. Dès 1768, il est inscrit sur le registre de Louis XV pour 40,000 livres à titre d'appointements, 30,000 livres pour appointements extraordinaires, et 20,000 pom* gratification, plus i ,000 pour ses domestiques, 600 pour ses deux gardes, 6,000 pour ses secrétaires. Que ne dut-il pas toucher les années suivantes ! Il figure im des premiers sur le Livre rouge, le 38 juillet 1774, pour deux pensions qui s'élevaient à la somme de 32,000 livres, qui reparait les années suivantes.
Tous ces détails sur la magislrattu*e de Maupeou sont tirés du Journal historique et surtout du Maupeouana ou Correspondance secrète et familière du chancelier Maupeou avec son cœur Sorhouet, 2 vol. in-12 de 1773, attribuée à Mairobert. Us ne paraissent pas avoir été contredits à une époque où il était plus facile de les examiner, de les contrôler ou de les réfuter qu'aujourd'hui*