‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 28 sur 95 · ESPRIT DES SALONS · texte numérisé non relu

ESPRIT DES SALONS

Hâtons-nous de revenir aux philosophe^, l^ftrlons-en à notre aise, pour me servir d'une expression de Montesquieu.

Si je parle des philosophes > je prie le lecteur de se souvenir que je ne les confonds pas avec la philosophie. 0 philosophie, philosophie , ma langue s'attacherait à mon palais, si je ne te savais gré de tout le bien que tu as voulu faire depuis tant de siècles. Il y aurait de la barbarie à te chasser de nos foyers. En vérité, qui nous apprendrait à dormir. Comme disait Montesquieu?

« Les philosophes ont été dans tous les temps les plus honnêtes gens du monde > b écrivait Voltaire au chapitre IX de son Traité de mita^gêiqte. H s'agit de savoir si nous ne trouverons pas, au

CLXIV LES COURS ET LÉS S.tLONS

xviir siècle , quelque petite restriction à un éloge si magnifique* Suivant Levis (p. 53 ); M"*' du Deffand divisait le monde en trois parts, les trompeurs^ les trompés et les trompettes. Nous laisserons de ci^té et les trompés et les trompettes. Placerons-nous les philosophes daus la classe des trompeurs?

Les philosophes n'ont cessé de protester contre les impertinences et les calomnies de leui's adversaires /et d'en appeler à la justice de la postérité. Hâtons-nous donc de les citer à la barre de l'histoire, et d'en faire le dénombrement à mesm*e qu'ils vont défiler devant nou&

Et d'abord place à la chaîne des dames !

A ces mots accoml celle que Voltaire appelait tantôt sa maman , tantôt sa femme , celle à laquelle il disait dans son Voyage à Berlin :

Vous, femme d*esprit sans travers, Philosophe de mon espèce.

Vollaii"e avait légué une année de leurs gages à tous ses domestiques ; M"« Denis ne voulut la payer qu'à un petit nombre ; tous les autres en ont été frustrés. EUe avait pris l'engagement de donner cinquante louis par an à Wagnière ; elle ne lui i*emit pas une seule fois cette somme qu'elle lui avait promise. Bien plus , elle s'appropria un billet de six mille francs qu'elle avait reçu de Panckoucke pour le faire passer à Wagnière. A ces particulaiîtés empruntées aux Mémoires de Wagnière (p. i68 et i71 ), qu'on joigne un autre fait que nous relatons à la page 130 de cet ouvrage , et l'on pourra facilement apprécier le caractère de M"' Denis.

Au tour de M"« de Warens. Jean- Jacques Rousseau l'a louée avec tout l'enthousiasme d'un jouvenceau, la passion d'un amant, l'éloquence d'un ami. Mais dans un de ces moments où il descendait des sublimes régions de l'idéal pour habiter la terre , il dit dans son fmiTe qu'emprunteur ou voleur, c'est à peu près la même chose ^ quand on n'a rien , et il avoua , dans ses Confessions , que M"" de Warens ne possédait aucune propriété , ne vivait que d'une pen^ sion qui pouvait à chaque instant lui être supprimée , et qu'elle empruntait sans cesse pour entretenir des croquants^ et régaler tous les passants^ de sorte qu'elle mourut insolvable. Par conséquent ce n'était qu'une friponne , suivant Rousseau , quoiqu'il nous la vante comme une femme juste ^ bien née^ se piquant de philosophie.

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aimant les choses honnêtes , ayant un ccBur pur y des penchants droits et vertueux y un goût délicat.

ProGtons de la maxime de Rousseau pour juger M"* de Graffigny et M"« de Lespinasse. Suivant Collé ( t. II. p. 264), M"« de Graffigny n'avait aucun ordre dans sa maison y ne vivait que d'intrigues et d'expédients , dépensait journellement au delà de ses moyens, et elle laissa à sa mort quarante mille livres de dettes que sa succession ne pouvait acquitter. Quant à M"* de Lespinasse, voici en quels termes M** da Defland en parlait , dans sa lettre du 9 juin 1776, à Walpole : « Elle a lait un testament olographe des plus parfaitement ridicules : elle charge son exécuteur y Dalembert y du soin de faire vendre ses effets , d'en employer le produit à payer ses dettes, et s'il ne suffit pas , elle compte sur l'amitié et la générosité de son neveu pour le prier d'ajouter le surplus. »

Parmi les dames qui se piquèrent de philosophie , il faut placer au premier rang les patronesses de la goinfrerie, j'ai presque dit de la goeulerie des philosophes, pour me servir d'une expression de Saint- Simcm. Avant d'être de ce nombre , la comtesse de Verrue avait été la maîtresse de Victor -Amédée, roi de Savoie. Quand elle en fut dégoûtée , elle le quitta furtivement , mais en emportant de sa cour une grande quantité de médailles rares qu'il ne lui avait point données, conune l'attestent les lettres de la Princesse Palatine.

M"* Dupin ayant eu l'honnem* de recevoir dans son salon et d'adinettre à sa table tous les beaux-esprits de son temps , il n'est pas hors de propos de lui consacrer quelques lignes. Or , son mari avait obtenu une place de fermier général par le crédit du millionnaire Samuel Bernard , son beau-père ; celui-ci avait prêté les fonds nécessaires pour cela , et il en avait exigé ime reconnaissance en 1726. • Deux à trois ans après, la dame Dupin, raconte Dangerville (tl. p. 290), était chez sa mère à Passy. Celle-ci était incommodée eteat besoin de quelque chose qui était enfermé dans son armoire. N'ayant pas sous sa main sa femme de chambre , elle dit à sa fille de l'aller chercher. La dame Dupin, chei*chant ce qu'on lui demandait , trouva dans im pot-à-l'eau d'argent un papier qu'elle déploya. Elle trouva que c'était l'obligation que son mari avait faite à M. Bernard pour la somme de 500,000 livres , à quoi s'étaient montés les fonds

<le la ferme. Au lieu de déchirer le billet, de peur qu'on n'en décou-

^t les vestiges , elle l'avala. Ce ne fut que quelque temps après que

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