GLXXYI LES COURS ET LES SALONS
en fut très-satisfait, ainsi que de la table , et s'y installa. Par [reconnaissance^ il commanda son buste en marbre pour être placé dans une île du lac de Zurich , et orner ainsi un monument qu'il avait dessein d'y élever en l'honneur de Guillaume Tell. Le buste terminé, il en demanda des copies pour ses parents , et Tassaert de fournir marbre , plâtre et travail , et de se charger encore des emballages et de l'expédition. Pom* répondre dignement à cette attention , Raynal voulut ajouter une aile à la maison du sculpteur ; il manda des architectes 9 on sonda le terrain; on dressa le plan , Raynal voulut incontinent y mettre des ouvriers. Mais Tassaert le devina et l'apostropha ainsi : a Je ne vous ai point demandé cette aile , dont je n'ai pas besoin : vous avez tout préparé en mon nom , et ce serait me faire jouer le râle d'un fanfaron, que d'avoir ainsi affiché une entreprise qui ensuite n'aurait pas lieu. Je ne vous pardonnerais pas de m'avoir donné ce ridicule. Je vous déclare que je ne permettrai pas l'emploi d'un seul ouvrier, que l'argent ne soit venu pour le payer. » Tout fut suspendu , Raynal n'ayant avancé aucun fonds. Il était temps de quitter la Prusse. Tassaert avait méprisé en lui un hâbleur et im gascon , n'ayant que de l'effronterie et de la jactance; les salons ne s'occupaient que de ses escroqueries et de ses plagiats (i). En vain le paon s'était pavané,
Quelqu*an le reconnut : il se vit bafoué,
Berné, sifflé, moqué, joué.
Et par messieurs les paons plumé d'étrange sorte. Même xen ses pareils s*étant réfugié ,
n Alt par eux mis i la porte.
De sorte qu'il court, qu'il court encore.
Ne com*ez pas si vite , vous m'êtes dénoncé par le marquis d'Argenson (p. 319), vous, spirituel et savantissime de Rothelin, descendant de Dunois, l'ami et le conclaviste du cardinal de Polignac, membre de l'Académie française et de celle des Inscriptions et Belles- Lettres , vous que je coudoierais tous les jom*s sur les quais et dans les échoppes des bouquinistes, et que le Bullelin des Bibliophiles aimerait, si l'impitoyable mort ne vous avait pas arraché depuis plus
(1) La Harpe, tom. I, pag. 17 à 28. — ThiébauU, tom. III, pag. 178 à 199. - Ségar, tom. I, pag. S64. — Griflun, Correspondance, d'vrnl 1772, d*aTril et de Joio 1781.
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d'an siècle à votre immense bibliothèque^ dont le Catalogue est «More recherché des bibliomanes^ cette race étemelle si nécessaire au monde^ et si justement louée par Nodier. Au goût des livres vous joigniez la manie des médailles, de tout métal et de toutes formes. Voos en aviez plus de neuf mille en grand et en petit bronze , huit mille en argent, sans compter trois cents médaillons d'empereurs et quatre cents de villes grecques. Si je ne vous en félicite pas, ce n'est point par jalousie, mais parce que , ces médailles , vous êtes accusé de les avoir adorées , au point que , quand vous en trouviez une & l'écart, et que personne ne vous regardait, vous nliésitiez pas & mettre la main dessus, à la faire passer dans votre poche, et de là dans votre médailler, devenu, grâce à ces larcins, l'un des plus beaux et des plus précieux du royaume de France et de Navarre; en Kirier 1746 le Mercure l'estimait 120,000 livres.
Quoi ! vous aussi, Euler, que je croyais du petit nombre des élus, dont ce siècle ne fut pas digne ! Je le nommerai, tant j'ai envie d'être sincère. Célèbre entre les physiciens célèbres, géomètre des plus reconunandables, l'un des savants qui rendirent le plus de services aiL monde dans les mathématiques, qu'il avait tort de préférer & tout, il en fut pimi, lui respectable , honnête , bon honune , selon Thiébault lui-même , qui nous apprend (t. V. p. 9 ) pourquoi il comparait en ce moment devant nous. Ses quaUtés , autant que ses connaissances , lui avaient gagné la confiance de tous ses confrères derAcadémie de Berlin. Néanmoins il ne soutint point leurs intérêts dans une affaire grave et délicate. Frédéric crut devoir lui écrire la lettre la plus amère pour lui reprocher de s'être mis de connivence avec un vil caissier, €UMX)utimié à faire tort annuellement au docte corps d'un bénéfice net de près de quatorze mille francs. Euler crut ^rs qu'il était de son honneur de quitter la Prusse, persuadé qu'on œ lui pardonnerait pas cette perfidie.
Je vous démasquerai aussi , vous , de Maupertuis , président de l'Académie de Berlin, célèbre mathématicien et astronome, et connu surtout par vos querelles avec Voltaire, dont les diatribes empoisonnèrent vos jours. Il y avait de la barbarie, au jugement de toute l'Europe, à châtier un fat d'une manière si sanglante. La Providence, to ses desseins impénétrables, le permit peut-être, comme dirait k comte de Haistre, en punition d'une faute secrète. En voici une qoi nuérite justement d'être flétrie, a Maupertuis, résidant souvent à