‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 34 sur 95 · GLZXX LES COURS ET LES SALONS · texte numérisé non relu

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Passez aussi à la suite de votre doyen, vous, de Rulhière, qui fûtes son aide de camp en Guienue, avant de vous asseoir à ses côtés à l'Académie. Suivant Duclos, la czarine Elisabeth avait fait parvenir à Voltaire pour cinquante mille livres de médailles d'or; elle lui envoya aussi quatre mille ducats ; mais son mandataire les mangea au lieu de les envoyer au destinataire. A ce prix. Voltaire crut pouvoir pactiser avec la vérité. Lui , ordinairement si empressé et si fier , de se rendre le fidèle écho de toutes les assertions les plus hasardées, de toutes les erreurs, de toutes les calomnies, voire même de toutes les plates rapsodies du protestantisme contre la papauté, il invoqua les plus sottes raisons pour justifier son silence sur les crimes, les désordres, les faiblesses de la vie privée de Pierre l•^ Rulhière voulut se montrer et plus sincère et plus véridique dans un ouvrage sur la Russie. Ces révélations firent trembler Timpératrice Catherine. Elle trouva le moyen d'apprivoiser Rulhière. Il s'engagea donc à ne pas publier son manuscrit, mais il n'eut aucun scrupule de le lire au comte de Provence et dans des sociétés nombreuses, de sorte que ses confidences équivalurent à une pubUcation. Ses amis eurent Tindiscrétion de répéter ce qu'ils avaient entendu. Le secret était donc ébruité. Cette conduite aurait mené l'auteur à la Bastille, si le comte de Provence ne l'avait pas pris sous sa protection pqur le tirer des griffes de hauts et puissants personnages qui croyaient lui avoir lié la langue, les lois du secret et du dépôt étant les mêmes, a dit Chamfort , lequel , néanmoins , lit-on dans les Mémoires dOtUn- Tombe de Chateaubriand , ti^ahissait la confiance des maisons où il était admis (1).

Vous passerez pareillement, vous, de Crébillon, membre de l'Académie fi*ançaise, et, de plus, censeur de la police. 11 faut que vous quittiez im instant votre ménagerie de chats et de chiens pour venir entendre votre arrêt. Vous, avocat manqué, vous invoquâtes des fins de non-recevo'r pour vous débarrasser de vos créanciers. Le maître de pension de votre fils était de ce nombre. Après trente-deux ans d'attente, il crut pouvoir vous importuner; vous lui répondîtes que vous ne payiez pas vos anciennes dettes. Cette philosophie ne les ayant pas satisfaits, vos demandeurs mirent opposition entre les mains des comédiens et de Prault, votre éditeur, sur vos droîis

(1) Mémoires de Bachaumont , det « uoiembre 1771 et !8 afril 1778.

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d'auteur de Catilùia. nous dit Collé (t. I. p. 76). Et vous d'en appeler WL coiiseU du roi , qui^ sui* votre retjuéte, déclara insaisissables les propriétés littéraires. Et vous vous réjouîtes d'avoir rendu un grand service aux hommes de lettres î Presque tous s'empressèrent de blàr mer votre conduite et de crier de toute la force de leurs poumons au scandale.

Dans sa Biographie de Condorcet , placée en tête des OEuvres de Cmdorcet . publiées chez Didot en 1847 , M. F. Arago a dit que Ccwdorcei avail honoré Vhumanité par ses vertus; il ne me sera pas difficile de prouver que Condorcet n'est point indigne de trouver place dans ma revue. Suivant d'Allonville (t. III. p. 31), il ne pul jamais pardwmer à Louis XVI de n avoir pas voulu de lui pùur gouverneur du dauf^iin, et c'était lui qui avait philosophiquement arrangé la trèsintime liaison de sa propre épouse wec le manchot Duchàtetet , son ami , ce qui signifie qu'il la lui céda, ou, pour parler français, qu'il la hit vendit, et très-cher, j'imagine, puisque c'était une femme pleine rf e»prit, de talents, de qualités séduisantes, suivant plusieiu^ personnes qui l'ont connue. Rertrand-MoleviUe raconte (t. II. p. 30) que sur la liste des philosojriies payés pour révolutionner Saint-Domingue, Brissot figurait pour 300,000 livres, Condorcet pour i 50,000 livres, l'abbé Grégob^ pour 80,000 et Pétion pour 60,000. A la page 325 du tome IH de la Correspondance entre Mirabeau et La Marck , on trouve ces mots envoyés par Montmorin à La Marck, le i3 juillet i79i : « Brissot, Condorcet, Vergniaud, Guadet, etc., sont munis de passe-ports pour l'Angleterre et sont, à ce qu'on m'assure, dans ce oioment en négociation pour avoir de l'argent , afin de pouvoir s'en aller si cela leur parait nécessaire. Leur projet actuel , s'ils n'y réus» sissent pas, est de s'emparer une seconde fois du ministère, afin tavùir la main sur les caisses , d*y prendre ce qui leur conviendra et de partir quand ils veiTont que le danger devient trop pressant et qu'il faut renoncer à leur gi»and plan. » Ces documents n'ont pas besoin de commentaire et peignent suffisamment l'académicien Condorcet.

Voici deux autres académiciens qui se présentent. Attendez un peu> La Harpe, et vous, de Marivaux; je vous dirai votre fait tout à l'heure.

Bien me plaît de me débarrasser de suite de Caron de Beaumarchais, cpii ne fut point de l'Académie française, et qui méritait assurément d'y avoir im fauteuil.

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Suivant les travaux récemment publiés par M. de Loménie dans la Rwue des Detix- Mondes, sur Beaumarchais, sa vie, ses écnls et son temps^ Beaumarchais eut une jeunesse très-orageuse. Il fut chassé du toit paternel; il brûla d'y rentrer. Son père ne consentit à le recevoir qu'autant qu'il s'engagerait à souscrire à diverses conditions dont voici quelques-unes : « Vous ne ferez , ne vendrez , ne ferez rien faire ni vendre, directement ou iniliréctement, qui ne soit pour mon comptie, et vous ne succomberez plus à la tentation de vous approprier chez moi rien , absolument rien au delà de ce que je vous donne ; vous ne recevrez aucune montre de rhabillage ou autres ouvrages, sous quelque prétexte et pour quelque ami que ce isoit , sans m'en avertir, vous n'y toucherez jamais sans ma permission expresse, vous ne vendrez pas même une vieille clef de montre sans m'en rendre compte. Je vous donnerai ma table et dix-huit livres par mois , qui serviront à votre entretien et pour acquitter petit h petit vos dettes. » Ces lignes prouvent que Beaumarchais n'était pas le modèle des apprentis et des ouvriers. Dans son âge mûr, il de^ manda la fortune à des entreprises peu faites pour honorer un philosophe. 11 pratiqua beaucoup Pàris-Duvemey et obtint de lui de gros intérêts dans les foiu*nitures de différents objets pour les armées, U fit un voyage à Madrid et s'y livra aux spéculations lés plus vastes. U réprouvait la traite des nègres; néanmoins il désira vivement être chargé de peupler de nègres toutes les colonies espstgnôles. U organisa une compagnie qui devait avoir le monopole des vivres de toutes les troupes d'Espagne et de la côte d'Afrique ; iJ espérait que cette négociation mpporterait plus de vingt millions par an. 11 essaya aussi d'accaparer le commerce de la Louisiane au profit d'une société française dont il aurait été le chef. S'il ne réussit pas dans tous ses projets , ce ne fut pas sa faute.

Je n'oublierai ni le romancier Prévost , ni le poète Roy , ni le libelliste Thevenot de Morande.

A la page 552 du Président de Brosses par M. Foisset, je trouve ces mots écrits par le président à propos du XVll» volume du grand recueil des Voyages publié par Pi-évost : « Une bonne partie est tirée de mon Histoire Australe. On a fort bien fait de s'en servir ; mais il ne fallait pas copier mot à mot des centaines de pages , sans l'indiquer ni le citer. Cela ne me parait pas honnête » Quanta Roy , il fut maintes fois repris de justice , mais toujours

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inntilement , ce qui faisait dire à Voltaire^ suivant Chamfort, que ce n'était pas un auteur assez châtié. Collé (t. I. p. 257^ et t. III. p. i40) k donne conune le plus grand ooquin du royaume , comme un être ai vil qu'il ne vivait que du libertinage de sa femme.

Thevenot crut devoir ajouter à son nom celui de Morande , suit vant l'habitude des philosophes de s'anoblir de leur autorité privée, afin de se moquer ensuite avec plus d'audace des préjugés. Ses désordres crapuleux , ses filouteries y ses actes déshonorants excitèrent la soUicitude de sa famille ; elle obtint des lettres de cachet pour le &iie enfermer. Rendu à la liberté , il se fit pamphlétaire. Il se plut à noircir et à calomnier toutes les personnes de la cour. On sut qu'il se disposait à pubUer un libelle contre la Dubarry : ce livre venait d'être tiré à ti*ois mille exemplaires. Beaumarchais fut chargé d'acheter le silence de Morande. Celui-ci exigea une sonune de ^,000 livres comptant et une rente viagère de ^,000 livres , pour consentir à brûler et son manuscrit et les trois mille exemplaires de sa diatribe > qu'il n'avait composée que dans l'intention de se rendre redoutable ah gouvernement et de pactiser avec lui.

Je n'oublierai point non plus le marquis de Villette. Suivant Wagnière (p. 115), il passa, aux yeux de plusieurs personnes, pour avoir volé des diamants à sa maîtresse. L'ayant rencontrée , il lui demanda s'il était vrai qu'elle l'en eût accusé ; la demoiselle , nommée Thé venin , ayant répondu affirmativement, il la frappa. Ce procédé eut des suites fimestes pour lui. Il n'eut d'autre parti que de quitter Paris et d'aller à Ferneyjse réhabiliter dans Tesprit de la bonne société par sa grande dévotion à Voltaire.

Je viens de nommer Voltaire. Comment oublierdi&-je ses familiers ? Les Ximénès , les La Harpe , les Thieriot , les du Vemet , les Damilaville auront leur fait à part.

Commençons par le marquis de Ximénès. Le chevalier La Morlière, à fameux par sa scélératesse , ses escroqueries , sa corruption , son impiété, comme l'attestent les Mémoires de BachaumorU, des 13 août i 762 , 8 novembre 1763 et 4 mars 1785 , vint un jour presser le libraire Prieur de lui acheler la propriété d'un ouvrage de Voltaire sur la guerre de 1741; Prieur n'hésita pas un instant à conclure cette affaire au prix de vingt-cinq louis d'or. A peine La Morlîère eut-il reçu cette somme qu'il se hâta d'aller à Rouen traiter arec un autre libraire pour le mAme ouvrage qu'il avait vendu ,

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