‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 37 sur 95 · ET FRIPONNERIES DE VOLTAIRE. S · texte numérisé non relu

ET FRIPONNERIES DE VOLTAIRE. S

étamasser. Tel ^t l'homme. » En confrontant l'extrait du roi de Prusse avec celui du marquis' de Charost, il est impossible de ne pas convenir que l'un a servi de modèle à l'autre. Tout le reste du Par* trait de Voltaire fait par le roi de Prusse rappelle également la touche du marquis de Charost. Il est évident que jamais copie ne ressembla mieux à l'original. Est-ce un motif de douter de l'authenticité du portrait attribué à Frédéric? non, car Formey avait eu occasion de les étudier tous deux, et de les comparer en le^ transcrivant dans ses Souvenirs d*un citoyen, et il affirme que le Portrait de Voltaire qui a trouvé place dans les OEuvres posthumes de Frédéric le Grand est in-' oontestablement de ce monarque. Malgré ce grave témoignage, je persistais à ne voir sous la plume du philosophe couronné qu'un plagiat d(»s moins excusables, dont l'avidité d'un libraire avait oublié ou négligé d'indiquer la source , en renvoyant au Voltariana ou aux Amusements littéraires. Dans cette perplexité, j'ai pris le parti de consulter l'un des hommes de lettres chargés par S. M. le roi de Prusse d'annoter la magnifique édition des œuvres de Frédéric le Grand, publiées sous les auspices du gouvernement. J'en ai reçu cette réponse : « Le Portrait de Voltaire de 1756 , est bien du roi ; mais ce n'est, comme vous le dites, qu'une copie de celui qui a été publfé dans les Amusements littéraires par de la Barre de Beaumarchais. Les doutes que vous inspire la grande ressemblance de la copie avec l'original , fort naturels, il est vrai, cesseront sans doute quand vous saurez que c'était une des habitudes de Frédéric d'imiter, en les variant plus ou moins, et quelquefois très-peu, des passages ou des pièces qui l'avaient frappé. Il faisait de cela une étude de style , un exercice de plume en quelque sorte, souvent même un simple amusement. Ses ouvrages fourmillent d'imitations analogues. Nous en avons relevé un certain nombre dans les notes de la nouvelle édition ; mais il en reste une quantité que nous n'avons pas cru nécessaire d'indiquer. Le Polirait de Voltaire a donc été inséré dans notre XV« volume, conmie étant de Frédéric; toutefois nous avons eu soin de dire dans l'Avertissement que cet opuscule n'était qu'une imitation. » Il se pourrait que Frédéric n'eût point lu les Amuse-tnents littéraires; dans ce cas ce serait le Voltariana qui lui aurait fourni le Portrait de Voltaire. Le Voltajùana eut deux éditions en 1748. Leséliteurs en envoyèrent un exemplaire au roi Stanislas; ils firent probablement le même honneur au roi de Prusse. Celui-ci avait chargé Thieriot, son correspondant littéraire, de lui expédierions les pamphlets hostiles à Voltaire. Le Voltariana eut trop de succès pour admettre que Thieriot ait manqué d'en acheter un exemplaire pour le roi de Pi*usse. Il reste avéï-é que ce dernier a dévoré le portrait de Voltaire, attribué au marqui» de Charost; c'est un fait non

Q PE QUELQUES LÉSINEEIES

moins incontestable qu'il lui a donné un dernier coup de pinceau et d^ vernis.

Qu'est-ce que cela proi^ye? que Frédéric pensait comme M"* DeniiJ. Voltaire lui avait été signalé comme bassement intéressé. Sur cette inculpation^ il a dû examiner sa conduite, surveiller ses actions^ épier ses démarches. Il ?^ f^u que rien ne vint démentir les rumeura de la cour; car Frédéric Ta jugé plus avaricieux tjve vain, ne se lassant d' amasser ^ quoique fait pour jouir. Quand il écrit ces lignes, c'est dans un moment où les deux amis s'étaient pardonné tous leurs torts réciproques, et sur xrn morceau de papier qu'il ne destinait pas à la publicité.

Lorsque le Porirait de Voltaire parut, en 1735, Voltaire fut piqué de se voir accusé d'avarice; il espéra que ce mot serait regardé comme une calonmie. Personne ne le connut plus intimement que M»* Denis et Frédéric, et ces deux personnes, à deux ans d'intervalle, lui reprochent son avarice. Amis et ennemis ont reproduit un portrait où il est en butte aux mêmes traits. Certes c'est une forte présomption contre Voltaire.

Ainsi, dès 1735, le mot d'avarice était lâché. Voltaire ne parvint point à le faire oublier. Il n'y a point de prescription en histoire. Il est toujours temps de détruire la calomnie , conune de flétrir le vice. Qu'il nous soit donc permis de remonter à la source de l'accusation qui faisait tant de peine à Voltaire.

BuBon disait : a Rassemblons des faits poiur nous domier des idées.» Nous devons nous servir de la même méthode pour disculper ou flétrir Voltaire.

Citons donc à la bai*re de l'histoire les personnes qui l'ont connu dans son intimité, et prenons acte de leurs dépositions. Pour nous, nous nous ferons un devoir de n'ambitionner d'autre xàle que celui de rapportem» de pièces.

Voici d'abord Jore, qui vient déposer son Mémoire publié en 1736; il y dit : a J'ai connu particuUèrement le sieur de Voltaire pour lui avoir donné un logement chez moi pendant un séjour de sept mois qu'il a fait à Rouen en 1731 . Il choisit ma maison pour y descendre. Soit modestie, soit politique, le sieur de Voltaire ne voulut y être regardé que comme un seigneur anglais que des affaires d'État avaient obligé de se réfugier en France. Après un séjour de trois mois à la ville, milord Voltaire eut besoin, pomr sa santé, de prendre l'air à la campagne. Toiyours attentif h plaire à mon hôte, je sus lui pi*ocurer une joUe maison de campagne à une lieue de Rouen. Avant que de partir, le sieur de Voltaire, par un trait d'économie, voulut congédier un valet que j'avais arrêté pour Ixii à vingt sols par jour; mm, pour le coup. Voltaire trahit le seigneur anglais; il ne voulut

Page 1