‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 41 sur 95 · I. Soufxes de la fortune de Voltaire · texte numérisé non relu

I. Soufxes de la fortune de Voltaire

On lit à la page 32t du tome m de la Nouvelle Revue Encyclopé- Htpêc:

c Quel était l'état exact des revenus et des dépenses de Voltaire ? Quels moyens employa-t-il pour fonder et accroître sa fortune^ Ce 50dI là des questions que les biographes , amis ou ennemis du grand ^vain, ont souvent agitées et jamais résolues. Les ims ont affirmé que Voltaire avait gagné des sommes considérables dans une loterie que le contrôleur général Desfort avait établie pour liquider les dettes de la ville de Paris ^ puis dans des spéculations heureuses sur le commerce de Cadix et sm* des achats de blé en Barbarie ; eufin^ dans une association avec PAris-Dùverney^ qui avait pour but de fournir des vivres à l'armée d'Italie; et ces biographes ont pré^ tendu que le ohiilVe de ses revenus s'élevait à 460^000 livres de KDte. Ajoutons ici que ceux dont nous parlons n'ont pas épargné les reproches de cupidité et d'avarice à l'écrivain qui était ainsi par* y&m à amasser de telles richesses au xvm« siècle.

fl D'autres, au contraire, ont remarqué que le patrimoine de Voltaire consistait d'abord en 4,000 livres de rentes ; que l'édition de la Benriade, la première qu'il donna lui-même par souscription ^ hi raïqporta une sonune considérable ; que ce fut l'origine de sa forlune, qu'il devait accroître plus tard, soit par quelques entreprises qui réussirent, soit par des placements en viager chez de grands seigneurs. Ils constatent également que plusieurs de ces derniers emportèrent quelquefois l'intérêt avec le capital. Les biographes auxquels nous faisons allusion sont bien loin d'accuser Voltaire d'un sordide tmour de l'argent. Us louent au contraire la générosité qu'il montra envers ses nièces et quelques jeunes écrivains. Ils n'oublient pas non phis de rappeler les actes de munificence du seigneur de Femey^ qui

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transforma ce misérable hameau en un bourg florissant ^ et qui donna Taisance aux habitants , en ouvrant des voies nouvelles à leur ii)dustrie.

a Quoi qu'il en soit, Voltaire s'est chargé lui-même de nous éclairer, en nous inscrivant de sa main dans un petit registre , de format in-8®, et d'environ 50 pages, dont quelques-unes sont restées en blanc, un grand nombre de notes relatives à ses revenus et à ses dépenses. Ce précieux manuscrit vient d'être acheté pour la Bibliothèque royale. 11 nous donnera quelques indications précises , soit sur les rentes de Voltaire, soit sur les placements qu'il avait faits, ainsi que sur les dépenses ordinaires de sa maison , et les économies considérables qu'il accumulait. Ces renseignements serviront à compléter ceux qui ont déjà été fournis par les bi(>graphes dont nous avons parlé. »

Cette page pubUée en 4847 va nous servir de thème. Elle nous impose un travail difficile, puisqu'elle ne nous annonce que de grandes difficultés : essayons d'en surmonter quelques-unes, en attendant que de nouveaux documents permettent à l'historien de donner le dernier mot de l'énigme.

Parmi les contradictions qui se sont glissées sous la plume des biographes et des commentateui-s qui nous ont précédé , les unes doivent être attribuées à l'ignorance, d'autres à une grande légèreté d'esprit, ou même à une aveugle passion. Nous excuserons celles-là, nous blâmerons celles-ci. Nous nous plairons aussi à rendre justice aux écrivains dont les élucubrations auront contribué ànouséclairer dans nos recherches. C'est le motif qui nous amène et nous obUge à transcrire de suite cette note que M. Beuchot a insérée à la page 420 du tome LVI de son édition des OEuvres de Voltaire.

« Ninon lui (Voltaire) avait légué, en i 705, ime sonrnie de 4,000 f.; le duc d'Orléans lui donna, en 1719, une pension de 2,000 f. ; la reine, en 1725, une autre pension de 1,500 f. qui ne fut pas régulièrement payée. Les souscriptions de la Henriadet en 1726, lui procm-èrent une somme considérable (on la porte à 150,000 f.). Deux ans après il hérita de son père. Il raconte lui-même, dans son Commenlaift historiquef qu'il s'associa pour une opération de finances, et qu'il fut heureux. Les frères Paris lui avaient accordé un intérêt dans la fourniture des vivi^es d'Italie, en 1734; pour solde de cet intérêt il reçut 600,000 f. qu'il plaça à Cadix sm' des armatures et cargaisons, et qui lui rapportèrent 32 à 33 pour cent. Il n'y éprouva qu'une seule perte de 80,000 f. DemouUn lui emporta, en 1739, environ 25,000 f.; en 1741, il perdit chez Michel une assez 6:nne partie de sm bien. Plus tard, il se trouva pour 60,900 f. dans la banqueroute de Bernard de Coubert, fils de Samuel Bernard. Mais il avait beaucoup d'ordre;

J'autres circonstances reparèrent ces pertes. Le roi lui avait donné one charge de gentilhomme de la chambre^ puis lui permit de la vendre en en conservant les honnein^. Vers le même temps, il hérita de son frère. Un état de ses revenus arriérés pour les années 1749-30 donné par Longchamp s'élève à 74,058 f . Pendant son séjour à Berlin, il avait la table, le logement, ime voiture, et ^ 6,000 f. de pension. L'année même qu'il acheta Femey, il écrivait à d'Argenlal, le 15 mai 1758, avoir perdu le quart de son bien par des frais de consignation. On voit par une letti^e au môme, du 30 janvier 1764, qu'il avait alors 45,000 f. de rentes dans les pays étrangers. Ce qu'il possédait en France était beaucoup plus considérable. Il avait fait con- ^roire des maisons qu'il avait vendues en rentes viagères à 6 ou 7 pour cent avec réversibilité d'ime partie sur la tête de M"»« Denis. Il avait construit Femey, et avait plus que doublé le revenu de cette terre, qui dans les dernières années lui rapportait de 7 à 8,000 f. Les dépenses de sa maison n'allaient qu'à 40,000 f.; ses rentes s'éleraent, à sa mort, à 160,000 f. H laissa à M"»« Denis près de 100,000 f. de rentes et 600,000 f. en argent comptant et efiTets. La terre de Ferney fut, en 1778, vendue 230,000 f. »

Dès sa jeunesse, M. Beuchot prit goût à Voltaire; pendant dix- $ept ans, il rechercha dans les échoppes et sur les quais tout ce qui é^it relatif à Voltaire ; il consacra dix mille francs à l'acquisition de toutes les éditions de tous les ouvrages de Voltaire, et de toutes les brochures favorables ou hostiles à Voltaire; il Jes dévora toutes, et les confronta, la plume à la main; il lut aussi attentivement tous les journaux du siècle de Voltaire, les œuvres et les lettres de tous les philosophes ; il vécut dans l'intimité de Decroix qui avait vieilli sur Voltaire; il profita des travaux de MM. Clogenson et de Cayrol. Représentant de la science, ou plutôt de l'érudition voltairienne, il a mérité, par ses recherches, que son nom restât confondu avec celui de Vollaii^e, et que son édition de Voltaire trouvât place dans toutes les bibliothèques publiques, et fût préférée à toutes les autres par les hommes de lettres, amis ou ennemis de Voltaire. Il n'est donc point étonnant que sa note soit la plus complète de toutes celles qui ont été publiées. H pouvait toutefois être plus explicite et plus exact. Il est difficile d'expliquer cx)mment les deux documents qui nous serviront le plus dans nos investigations, il a dédaigné d'en profiter et même d'en révéler l'existence.

Le premier de ces documents est le Livret autographe de Voltaire, dont la Nouvelle Revue encyclopédique nous a vanté les ressources. Eh bien ! ce n'était point une pièce inédite en 1847. La plu^ grande partie en avait été publiée en 1828 dans les OEuvrcs complètes de Ycltaire, avec des remarques et des notes historiques ^ scientifiques U

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