SOURCES DE LA FORTUNE
lilléraires de MM. Auguis, Clogemm^Daunou^ Louis du Bois, Ètitumt, Charles Nodier, éditées à Paris par les frères Delangie; M. Louis du Bois en a ofiTert im extrait sous le titre de Fortune de Voltaire, qui occupe les pages 423 à 429 du premier volume contenant la Vie de Voltaire par Condorcet^ dont toutes les notes sont signées de ses initiales. On peut reprocher au commentateur de n^avoir pas indicpié que l'original était de la main de Voltaire ; c'est peutrétfe la raison poiu* laquelle M, Beuchot ne l'a point remarqué ; car ce tome loi a certainement passé sous les yeux plusieurs fois^ ainsi que les OEuvres inédites de Voltaire, éditées en 1825 par la librairie de Dupont; auxqueUes M. Dubois a emprunté la Fortune de Voltaire: car c'est là que pour la première fois elle fut donnée et annoncée comme littéralement copiée sur le manuscrit autographe de Voltaire , communiqué par M. de Jouy^ auquel il appartenait.
Sous la rubrique de La Haye^ l'abbé Duvemet publia en 1781 les Lettres de M. de Voltaire à M^ Vabbé Moussinot, son trésorier, écrites depuis 4736 jusquen 4742; dans une ÉjHtre dédicatoire au comte dArgental, il annonce que ces Lettres, toutes écrites de la main de Voltaire 9 on les déposera ^ en temps et lieu^ à la Bibliothèque du roi. Sous cette mention Supplément français 2294 , il existe en effet h la Bibliothèque royale 4 47 Lettres originales de Voltaire à Vabbé Moussinot. En les feuilletant^ on s'aperçoit dès la première ligne que Duvernet a mutilé ^ falsifié toutes ces lettres ^ qu'il n'en a pas même respecté les dates ^ et que par conséquent elles sont; pour ainsi dire, inédites, puisque tous les éditemrs se sont contentés de reproduire le texte boiteux de Duvernet. M. Beuchot avait une copie de plusieui's manuscrits de Voltaire, conservés à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg ; il a fait un appel à la générosité de ceux qui possédaient des lettres de Voltaire encore inconnues; il a damé un billet de Frédéric le Grand d'après l'autographe déposé à la Bibliothèque royale , et il n'a pas eu l'idée d'y demander les minutes de Voltaire î C'est ime chose digne de remarque*, que persomw jusqu'à présent n'ait parlé de la collection des Lettres originales de Voltaire à l'abbé Moussinot. Nous ne cesserons de les citer dans leur séduisante intégrité , préférablement au replâtrage et badigeonnage de Duvemet; cai* elles aident singulièrement à découvrir le côté le plus obscur et le plus intéressant de la vie de Voltaire, comme nous le verrons tout à l'heure.
Voltaire venait de déchirer les langes de l'enfance; il était encoïc sous la férule de ses pédagogues , quand la Fortune le prit sur ses genoux. Dans sa notice sur Ninon de Lenelos, il dit : a L'abbé de Ghâteaimeuf me mena chez elle dans ma plus teudre jeunesse. Je lui fus présenté ; elle avait quatre-vingt-cinq ans. Il lui plut de me
PE yOLTAlR£< S7
mettre sur son testament; elle me légua deux mille francs pour acheter des livres. Sa mort suivit de près ma visite et son testa* ment. > Dans une lettre du 15 avril 1752 à un membre de l'Académie de Berlin , il nous assure que l'article de ce testament n'est point un roman 9 et dans son Conimenlaire historique ^ il nous apprend que œtte a somme de deux mille francs lui fut exactement payée. » Quand lui fut-elle remise? il est difficile de le constater. Ninon «^éteignit le 47 octobre 1706; à cette époque , Voltaire n'avait que douze ans. Il est impossible d'admettre que M* François Arouet , qui avait exercé pendant dix-sept ans les fonctions de notaire à Paris^ ait aband(mné une somme de deux mille francs entre les mains d'un écolier, et qu'il l'ait employée de suite à lui former une bibliothèque, n est probable qu'il la plaça ou la garda jusqu'au moment oîi la loi et la raison lui permirent de s'en dessaisir.
• Les bienfaits du régent et le produit à'OBdipe mirent Voltaire en état de se passer des secours de sa famille^ » dit Duvemet (i ). Cette tragédie 9 dont la première édition de 1719 fut dédiée à Madame , épouse du régent, avait été représentée pom* la première fois le 18 novembre 1718 et jouée quarante-cinq fois de suite. Le succès extraordinaire d'CEdipe, ainsi que celui de Maricarme en 1726, rapportèrent beaucoup à l'auteur, suivant Longchamp ( p. 331 ). Arte^ mir$, qui ne parut que huit fois sur la scène, du 15 février au S mars 1720 , lui valut peu de bénéfice.
Qu'étaient-ce que les bienfaits du régent? Après une détention de onze mois. Voltaire sortit de la Bastille le 11 avril 1718 , et fut présenté au régent, qui lui accorda de suite une gratification que La Harpe porte à cent louis (2) , et Baculard d'Arnaud à mille écus (3). • BAonseigneur, lui dit Voltaire , je remercie votre Altesse Royale de vouloir bien continuer à se charger de ma nourriture ; mais je la prie de ne plus se charger de mon logement. » D'après ce propos, tenant se chargeait donc encore de nourrir le poëte; il est évident qu'une gratification de cent louis n'eût point suffi pour cela. Il fallait doDc une pension. A-t-elle été accordée , quoique aucim biographe n'en ait jamais parlé? Voltaire lui-même a gardé le silence sur cet article. Longchamp (p. 330) nous assure que le régent lui fit ime pension de douze cents francs , qu'il toucha pour lui en 1749. Il est probable qu'elle fut octroyée le même jour qu'eut lieu l'entrevue des deux personnages. A-t-elle été longtemps payée? nous verrons, d'ajHTès son Lwrei , que Vcdtaire recevait encore en 1775 la somme
li)Vêed$ Voltaire. Paris, 1797, In-S», pag. 78.
(1) lycée t article Ommeneemenis de Voltaire, Idéee générâtes de la Henriade^
(t) Mémoiree de Longchamp, pag. 490.