ÉTAT DES RETENUS
Longchamp (p. 333), qui entra à son service en 1745^ nous dit : a Je le trouvai, en arrivant chez lui, jouissant déjà d'une très-grande opulence. C'est de quoi je pus alors me convaincre d'une manière positive; et le lecteur en jugera de même par le bordereau qu'il me donna pour recevoir ce qui lui restait dû de ses revenus échus dans l'année 1749, et les trois premiers mois de 4750, et que je vais b'anscrire. 11 faut observer que les sommes qui s'y trouvent reprises oomposaient le reste de ce qui était à recevoir de ses débiteurs pour intérêts échus dans l'année 1749 et le commencement de 1750; et qu'il avait déjà touché par lui-même divers auti*es articles qu'il ne porta point sur sa note. Cette note écrite de sa main fut jointe aux titres et rendue avec eux à son notaire; c'est la copie que j'en avais faite que j'ai retrouvée : la voici, avec l'indication que j'y avais ajoutée dans le haut de la page ;
a Etat des rentes , pensions et revenus de M, de Voltaire^ que j'ai été recevoir sur ses quittances et mandats, et pour la plus grande partie échus pendant l'année 1749 ;
Les contrats sur la ville 14,0231.
Contrat sur M. le duc de Richelieu 4,000
— sur M. le duc de Bouillon t,5UM
Pension de M . le duc d*Orléans I,M0
CSontrat sur M. le duc de Villars 2,100
— sur M. le marquis de Lezeau • • • • 8,300
2« contrat sur M. le comte d*Estaingr 2,000
Celui sur M. le prince de Guise 2,S00
— sur M. l&président d*Auneuil 2,000
— sur M. Fontaine • 2,600
— sur M. Marchand 2,400
— sur la Compagnie des Indes 60S
Appointements d'historiographe de France 2,000
» do gentilhonune do la chambre 1,620
Contrat sur M. le comte de Goesbriant 540
— sur M . de Bourdeille 1,000
Loterie royale . ...••... 2,000
2* contrat sur II. Marchand 1,000
Contrat sur les 2 s. pour lifres 0,000
Vitres de Tarméc de Flandre • • • . • 17,000
a Tout ce que possédait M. de Voltaire n'était pas compris dans cet état; on peut en inférer que tous les objets de sa fortune réunis ne lui rapportaient pas moins de quatre-vingt mille Uvres par an^ et cela dut encore beaucoup s'augmenter dans la suite. »
Remarquons que le 8 mai de cette année 1750^ Voltaire disait aa roi de Prusse : « Je suis riche^ et même très-riche pour un ho(Diiie
de kttres. b En effet U passait déjà dans tout Paris^ aa dire de CoUë (t, I. p. 357), pour jouir de quatre-vingt mille livres de r^te. On peut admettre ce calcul, puisqu'il concorde avec celui de Longchamp*
n se peut que sur ces rentc^ remises à Longchamp, il y ait eu des arrérages de payés, mais comme sur son état on ne voit pas figurer la maison de Cadix, où Voltaire avait placé des fonds considérables, OD peut conclure avec lui que son maître avait au moins quatre-vingt mille livres de rente.
Nous remarquons que toute cette fortune était placée par des contrats sur des seigneurs illustres. Comme Voltaire en Prusse, ainsi que nous le savons, avait au moins un million en portefeuille, il est permis de croire que Longchamp ne se trompait pas beaucoup. Les biographes nous ont appris l'usage que fit Voltaire des sommes considérables qu'il rapporta de Berlin.
Le 12 mars 4754, Voltaire avouait avoir placé une partie de son bien à Cadix, à Leipzig, en Hollande, et dans les domaines du duo de Wurtemberg.
Nous verrons plus tard à quel prix et à quelle condition il devint propriétaire à Lausanne, aux Délices, à Toumey et à Femey. Ces domaines lui coûtèrent peu et n'augmentèrent pas beaucoup ses re* venus. Le U décembre 1758, il dit à Thieriot que les Délices, Touruey etFerney ne rapportaient qu'un peu plus de dix mille livres de rente; et le 5 novembre 1759 il mandait à M"** de Fontaine que Femey allait lui procurer chaque année de sept à huit mille livres.
Nous verrons aussi plus tard ce qu'il retirait des maisons qu'il fit ocAstruire à Femey.
Presque toute sa fortune c>ontinua d'être mobilière. Il n'y perdit jyas.
Le 10 novembre 1761 le président de Brosses disait à M. de Fargès que Ximenez lui avait appris que Voltaire avait cent mille Uvres de rente. En mars 1 765 , Grimm assurait dans sa Cùrrespondance liUé^ roire que Voltaire jouissait déjà de plus de cent mille livres de rente, lorsqu'il alla s'établir près de Genève.
Le 27 mars 1759, Voltaire mandait au roi de Prusse qu'il avait en France soixante mille livres de rente; et le 30 janvier 1761, il disait id'Ârgental qu'il en avait quarante-cinq mille dans les pays étrangers.
Dans le mois d'avril 1 768, Collé apprit de Delaleu que Voltaire avait cent-vingt mille livres de rente, et six cent mille livres en portefeuille.
Dans son Commentaire historique^ et dans ses lettres du 3 mars 1770 àTabareau et des 20 avril 1770, 20 juillet 1771 et 12 février 1772 au duc de Richelieu, Voltaire se plaint de ce qu'au moment où le contrôleur général Terrai avait fait rendre un édit portant suspension du