ÉTAT DES RETENUS
paiement des rescriptions, on lui ait saisi deux cent mille livres quil avait déposées chez Magon, banquier du roi, par Tintermédiaire de de La Borde. Aussi ^ dans le mois de novembre 1772, s'adressa-t-il à Terrai lui-même pour obtenir le paiement de ce qui lui était dû.
A combien s'élevèrent depuis tous ses revenus? à cent trente mille livres, d'après la Correspondance littéraire de La Harpe ( t. L p. 61 ), à cent quarante mille, au dire de Duvemet (p. 2^9), à cent cinquante mille, suivant les Mémoires de Bachaumont, du 22 décembre 1774, dont Luchet (t. II. p. 185) a transcrit le texte sans le ccmtredire; Wagnière (p. 24] les porte à cent soixante mille, et J.-L. Mallet (1) à deux cent mille. Condorcet a trouvé cette question trop indigne de son génie.
Des cent tr^te mille livres de La Harpe aux deux cent mille de Mallet, la différence est grande. Heureusement Voltaure va nous tirer d'embarras.
« Il ne s'agit que d'avoir im petit Uw^t de deux sols dont on fait un journal; ce n'est pas là assurément une affaire de finance, • mandait Voltaire le 24 décembre 1766 à Damilaville. Telle est id nature du Livret connu au département des Manuscrits de la Bibliothèque royale, sous le titre d'État des biens de Voltaire écrit de sa main ; sa hauteur est de dix-huit centimètres, et sa largeur de douze seulement; quoique composé de quarante -huit feuilles ^ il y a soixante-treize pages vierges de toute écriture; papier ordinaire, tranche jaune; rien ne ressemble plus à ces cahiers de ménage qui se vendent deux sous encore aujourd'hui. Grâce à la plume de Voltaire, son Livret a été acheté cinq cents francs par le gouvem^nent en 1847, et la Nouvelle Revue Encyclopédique^ comme nous l'avons vu, s'est empressée d'en rendre compte. Dans le mois de février 1736, Voltaire disait à Berger : a Je suis un homme d'ordre , quoique poète. » Aussi, dans son Livret, aucun détail ne lui échappe; témoin celui-ci : c Changé avec la fille Wagnière, auguste 1777, 169 iiiTes savon, 155 Uvres casson, et 44 livres huile qu'elle m'a payés en argent et en sucre en pain. » Ces mots sont tracés avec tant de netteté que je ne conçois pas comment la Nouvelle Revue Bncyclopédifêe a lu savoir au lieu de savon, et sucre et pain au lieu de sucre en pain. Pareillement je reprocherai à l'éditeur Dupont d'avoir porté les revenus de Femey à 35,000 livres. Voltaire a donné trois traits de plume sur le 3 et a posé un 1 à la droite du 3 biffé, ce qui offre le nombre de 15,000 et non celui de 35,000. Cette erreur en occasionna une autre. Dans sa première addition. Voltaire avait trouvé 197,500;
. (1) Œuvra de Voltaire, é4it Diipoiit« tom. I, pag. 519.