AC XVIII* SIÈCLE. XXXV
Mrede Tempire, que Joseph II lui avait envoyé, et qu^aucun Russe ne pouvait guérir. Alors anîva de Vienne PieiTe Lafosse, célèbre et savant écuyer. Il fut bien reçu, il eut ses entrées libres, dès qu'on lui eut rais le cheval malade entre les mains. Il construisit un hangar pour traiter cet animal si rare avec tous les soins dont il était capable ; an bout de quelques mois, il parvint à le rétablir ; on l'en remercia avec toute l'exagération d'une fausse reconnaissance, mais on ne lui remboursa point ses dépenses, on ne lui envoya aucune gratification, on refusa même de l'écouter, et il partit comme il était venu, quoiqull n'eût entrepris ce voyage que sur de pressantes sollicitations et des pi-omesses positives. Cette aventure n'étonna personne. Le prince affichait un luxe oriental qu'aucun souverain du monde n'aurait osé imiter; il portait des habits tout étoiles de diamants, et ^imés huit cent mille livres; il habitait un palais qui valait près de trois millions; il donnait des repas qui ne lui coûtaient jamais moins de douze cents livres ; mais il croyait au-dessous de sa position de s'abaisser à payer ses dettes. Tout le monde criait au miracle quand il adietait un domaine ou un objet au comptant. Il envoyait en Sibérie les créanciers qui se permettaient de réclamer le montant de leurs mémoires* Cependant il puisait dans le trésor public comme dans sa cassette privée; il y prenait à chaque instant des sommes considérables affectées à des travaux urgents ; ces déprédations causaient des torts irréparables. On s'en plaignait souvent, mais toiyours inutilement. Catherine lui pardonnait tout; elle tolérait jusqu'à ses impertinences, ses caprices, ses mépris. Il l'avait de bonne heure trouvée trop vieille pour qu'elle lui tint lieu de maltresse ; il la força à n'agréer foxir amants que ceux qu'il préférait, et à les renvoyer dès qu'il s'apercevait qu'elle les aimait trop, et il ne lui en procurait un nouveau que moyennant une aubaine de quatre cent mille francs, et quelquefois de huit cent mille. Elle le visitait souvent, elle assistait à toutes ses fêtes; àcertainesépoquesfixes, elle luiremettait une bourse de quatre cent mille livres. Elle défrayait sa maison, elle se chargeait de remplir sa cave de vins généreux, elle lui fournissait des équipages magnifiques, elle lui allouait chaque année quatre cent mille livres pour l'entretien d'ime table de vingt-quatre couverts, et chaque mois elle lui abandonnait quarante-huit mille livres pom* ses menus plaisirs^ connne elle l'accordait à chacun de ses Priapes à partir du jour oîi elle leur avait cédé quatre cent mille livres à tili*e de joyeux
XXXVI LES COURS ET LKS SALOiNS
avènement. Elle ne lui demandait aucun compte de tous les fonds dont il disposait, quoiqu'il en abusât à tel point qu'il y eut des années où le numéraire disparut des provinces, et qu'on fut réduit à recourir aux emprunts dans les pays lointains. Elle finissait par satistaire et ses foumisseiu^s et ses créanciei*s, car il ne s'en occupait pas^ bien que chaque acte diplomatique devint pour les cours étrangères une occasion de le gorger d'or, et que ses charges et ses propriétés lui rapportassent un revenu énorme, indépendamment des faveurs dont nous venons de parler. Telles furent les profusions de la maltresse et 1^ dilapidations du favori que, quand il mourut, sa succession fut évaluée à environ deux cents milhons. Voilà Potemkin d'après M"" de Ceren ville, qui a écrit sa vie avec beaucoup d'impartiaUté et de réserve. Ses calculs concordent avec ceux deCastéra, biographe de Catherine.
Comme Potemkin ne fut pas seul convié à partager la couche impériale, toute souillée de sang, nous allons emprunter à Castéra la liste de tous les favoris en titre d'office de la lascive Catherine, et le montant des sommes et des présents dont elle récompensa leur complai- Wice sans bornes.
Or, dit Castéra :
Les cinq frères OrloflT ont reçu 45,000 paysans, et en terres, pàUls , bijoux , yaisselle et argent 68,000,000 li?.
Wissengki, officier des gardes, environ deui mois en fayeur . . 1,200,000
Wasielitschikoff , simple lieutenant des gardes , i^çut en vingt-deux mois qu*il fut eu faveur :
Une terre, avec 7,000 paysans, estimée. . . 2,400,000 liv.
En argent 400,000
En bijoux 340,000
En vaisselle 200,000
Un palais meublé 400,000
Une pension de 80,000 liv. de rente, à pei| près. 800,000
L*ordre de Saint-Alexandre-Newsky.
Potemkin reçut , dans les deux premières animées, environ 36,000,000 de livres. U accumula ensuite des richesses immenses. H avait de grands biens en Pologne et dans toutes les provinces de la « Russie. Une de ses armoires était remplie d'or, de diamants et de billets des banques de Londres, d'Amsterdam, de Venise. Sa fortune était estimée ^ . 200,000,000
ZavradofTsky reçut, en dix-huit mois, des terres en Pologne avec 2,000 paysans, en Ukraine avec
À reporter 278,640,000 liv.