AIT \\\W SIÈCLE. XXXVII
heportk Î78,640,0t0 liv.
é,900, an Rimie tVec 1,800. Ces terres étaient estimées 4,000,000
Il reçut en argent 000|000
EnTsisselle S00,000
Enb^oai 820,000
En une pension du cabinet de 40,000 Ut. . . 400,000
Le cordon de 1* Aigle blanc de Pologne.
• 5,5tO,000
Zoriti reçut , en un an , le cordon de Tordre dé
rÉpée de SÔède et celui de TAigle blanc de Pologne.
Une terre en Pologne de 2,000,000
Une en LiTonie de 400,000
Une oommanderie en Pologne, Talant 48,000 li?.
estimée 480,000
En argent ^,000,000
EnbUooi 800,000
-^— — 5,680,000 Konakoff reçut, en seise mois, le cordon de
r Aigle blanc de Pofogoe, le palais de Wasielitschi-
koir, qai avait été racbeté 400,000
Une terre avec 4,000 paysans 1,600,000
En argent et en byoux 600,000
L*acqnittement de ses dettes 400,000
Pour s*équiper et pour voyager • 400,000
Gratification pendant son voyage .^ 980,000
Lanskoi reçut en terres et en argent .... 12,000,000
En diamants 820,000
Pour payer ses dettes 820,000
Un palais estimé 400,000
En outre , sa scBur et sa cousine furent admises • 18,040,000
an nombre des demoiselles d'bonneur de Timpératrice, et reçurent beaucoup de présents non évalués.
Yermoloff reçut , en seize mois , le cordon de
rxigle blanc de Pologne.
Une terre estimée 400,000
Une autre avec 3,000 paysans 1,200,000
En argent 600,000
Momonoff reçut , en vingt-sii mois , en terres^ 2,400,000
En argent 600,000
Enbgoux 820,000
Platon Zonboff fut décoré du titre de prince et de divers cordons, et nommé grand-maitre de Tar- (illerie. 11 reçut de grandes terres en Russie , en Pologne et en Gonriande. Sa fortune , non compris le mobilier et les bijoux , s^élève à environ 400,000 Ihr. de revenu, et conséquemment estimée. 10,000,000
Son mobilier et ses bijoux 800,000
4i^port9r 818,080,000 liv.
PUCVUI LES GOUftô £T LES SALONS
Report. ....... 818,080,000 llf.
Valérien Zouboff reçut beaucoup d'argent, des terres en Pologne et en Courlande , et une pension de 48,000 livres payable en or. Le tout peut être estimé. 3,td0,000
Total Stl ,480,000 Iît.
il faut lyouter à ces dons U dépense du faTori évaluée à 5,000,000 de livres par an , ce qui fait pendant 34 ans qu*t duré le règne de Catherine II 170,000,000
491,180,000 liv.
Quelque énorme que paraisse cette somme , elle n'est pas exagérée; il convient de la tripler , d'après des renseignements plus exacts fournis à Masson. U était persuadé que les cadeaux et les bienfaits que tous ces favoris en titre reçurent publiquement, à titre de récompenses, n'équivalaient pas aux dons secrets dont ils furent comblés. Comme Potemkin , les Orloff et les Zouboff puisaient dans le trésor impérial, sans en rendi*e compte. Zouboff, le dernier favori, mettait cent vingt mille livres sur une carte en jouant au pharaon, et il eut des propriétés encore plus considérables que celles de Potemkin.
Tous ces favoris vendaient les emplois, les rangs, la justice et rimpunité, même les alliances, la guerre et la paix. Il fallut aussi gorger d'or toute leur famille* Le père de Zouboff reçut en un seul jour un cadeau de 240,000 livres de rente ; devenu procureur-général du sénat , il fit de la justice un trafic scandaleux. Il achetait les procès, quels qu'ils fussent, et donnait gain de cause à la partie qui avait eu soin de lui payer d'avance ses épiées. Tout homme qui avait directement ou indirectement la protection d'un favori, tous les agioteurs de sa signature, les directeurs de ses menus plaisirs parvenaient à la fortune par les voies les plus honteuses. Ils bravaient leiu^ supérieurs, écrasaient leurs subordonnés et ne connaissaient d'autres lois que leui*s caprices et leurs intérêts.
« Chaque général , chaque gouverneur , chaque chef de département, dit Masson, était devenu un despote particulier* Les rangs, la justice, l'impunité se vendaient à leuchère : une vingtaine d'oUgarqués, sous les auspices d'un favori, se partageaient la Russie^ pillaient ou laissaient piller les finances , et se disputaient les dépouilles des malhem'eux. On voyait leui's plus bas valets, leurs esclaves même , parvenir en peu de temps à des emplois et à des
AU XVII1« SIÈCLE. XXXta
richesses ooà^dérables. Tel avait douze à seize ceuis livres d'appointements qu'il ne pouvait augmenter saus malversation > qui bâtissait autour du palais des maisons de cinquante mille écus. Catherine^ loin de rechercher la source impure de ces richesses éphémères^ se glorifiait de voir la capitale s'embellir sous ses yeux^ et applaudissait au luxe désordonné des coquins> qu'elle prenait pour une preuve de la prospérité de son règne. Quiconque voyait passer par ses mains une somme de la coiu*onne pom* exécuter quelque entreprise, en retenait effrontément la moitié^ et faisait ensuite des représentations pour obtenir davantage, sous prétexte que la somme était insuffisante : on lui accordait ce qu'il demandait, ou l'entreprise était abandonnée. Les grands voleurs partageaient même les vols des petits, et en étaient les complices. Un ministre savait à peu près ce que chacune de ses signatures rapportait à son secrétaire , et un cf^nel n'hésitait pas à s'entretenir avec un général du gain qu'il fiûsait sur ses soldats. A commencer par le favori en titre et à finir par le dernier employé, tous regardaient le bien de l'État comme un cocagne à conquérir. En général rien n'a été si petit que les grands; durs comme des bâchas, exactem^s comme des péagers, pillards comme des laquais, et vénaux comme des soubrettes de comédie ; on peut dire qu'ils étaient la canaille de l'empire. Leurs complaisants, leurs créatures , leurs valets, leurs parents même, ne s'enrichissaient pas de leur générosité, mais des vexations qu'ils commettaient en leur nom et du trafic de leur crédit : d'ailleurs on les volait euxHnémes comme ils volaient la couronne. Les services qu'on leur rendait, même les plus vils, étaient payés par l'État; souvent leurs domestiques, leurs bouffons, leurs musiciens, leurs seci'éta'n^s particuliers , et le gouverneur de leiu^ enlants , étaient salariés par quelque caisse de la couronne dont ils avaient le maniement. »
La rapine était permise aux soldats dans les pays ennemis; ils la regardaient comme un de leurs droits dans le sein de Tempiit» \ on vit un régiment ([ui allait joindre l'armée de Perse traiter les provinces russes comme des pays conquis par des barbares. Les colo* Dcfe favorisaient ces pillages, qui leur permettaient de garder les scHnmes allouées pour l'entretien de leiu% régiments. Gràce à ces moyens, leurs appointements, qui n'étaient que de deux à trois mille livres, s'élevaient quelquefois à quatre-vingt mille»
f^th^r*"^ connaissait ces désordres, mais elle les tolérait. Elle
XL Les cours £T les salons
répondit une ibis à un ministre qui la sollicitait poui* un pauvre officier : <c C'est sa faute s'il est pauvre ^ il a eu longtemps un régiment. » Une autre fois elle ne voulut pas même qu'on jugeât des trésoriers de l'empire qui avaient détourné l'argent de leurs caisses à leur profit, crime dont la mort devait être le châtiment.
Si ce régime convenait singulièrement aux fonctionnaires publics> il ne pouvait manquer de plonger le peuple dans la misère. On la vit accroître de jom- en jour^ en même temps que le prix des marchandises quintuplait; Dans les palais, on était ébloui à l'aspect du mobilier et des habillements tout étincelants de pierreries ; mais dans les rues on n'apercevait qu'une multitude à peine couverte de haillons. L'argent devint très-rare. Alors on multiplia les assignats. Catherine en créa même une nouvelle espèce sous le nom de billets de cabinet. Ces billets étaient destinés au paiement des dettes particulières de l'impératrice; mais ils ruinèrent im grand nombre de familles aisées qui avaient fait des avances à la cour, et à la fin personne n'en voulait plus accepter. Ce n'était proprement que des lettres de change à im an d'échéance, et à raison de six pour cent d'intérêt. Ce terme échu , le cabinet se souciait peu de payer, et on a vu des marchands, dans un besoin pressant, les négocier à quarante pom* cent de perte. Le cabinet poussa l'injustice jusqu'à refuser les intérêts qui allaient au delà d'une année , et à exiger un sacrifice de ceux qu'il remboursait. Cette mauvaise foi, qu'on attribuait personnellement à Catherine, lui ravit le reste de confiance que ses sujets lui conservaient, et que les étrangers lui avaient retiré depuis longtemps. On tripla le prix de tout ce qui fut vendu à la couronne; et comme il y eut toujours un grand nombre d'intrigants et de corrupteurs protégés par les valets , les femmes de chambre et les chefs du cabinet , qui se Msaient payer en partageant leur i^nmense profit, il y eut autant de fortunes scandadeuses qu'on avait vu de ruines déplorables. Les cof&es de l'Ëtat étant épuisés et les assignais n'ayant plus de cours, l'altération générale des monnaies de cuivre , d'argent et d'or fiit décidée. On se hâta d'en fabriquer une grande quantité. Catherine n eut pas le temps d'en profiter» Elle mourut au moment où elle se disposait à les ï^pandre. Elle laissa les finances dans le plus grand désordre. Elle engloutit donc tout l'argent du royaume , après avoir, dès le commencement de son règne, dépouillé son clergé de toutes ses richesses. Elle ne
AU TTIII* SliCLE. XLI
i^gna ainsi que pour le bonheur de ses favoris et de ses panégyristes. Familière avec eux, pleine d'attention pour eux, elle les gorgea d'or, les combla d'honneurs et lem* permit môme de la tutoyer, comme on le voit dans les Œuvres du prince de Ligne. Cruelle pour ses sujets , impitoyable pour ses ennemis , dure pour sa famille , elle refusa de payer les dettes de sa mère, morte insolvable à Paris ; elle fit étrangler son mari ; elle ne put souffrir sou lils, elle se plaisait à l'humilier, à le tenir éloigné de la cour; elle tâcha de le tuer moralement. Quant aux turpitudes de sa vie privée , elles sont si dégoûtantes, qu'elles ne peuvent être racontées dans aucune langue. Telle fut Catherine , tant prônée par les encyclopédistes (1).
Prmse.
Il n'est pas difficile de saisir l'esprit de cette cour. Le baron de Poellnitz, en qualité de chambellan, y avait ses entrées. Ruiné de bonne heure , il fit argent de tout; il changea trois fois de religion par intérêt ; il quitta la France après y avoir dérobé un écrin ; accueiUi de Frédéric I«% il vendit et sa faveur et son crédit. Il se vengeait de la manière la plus barbare de tous ceux qui rejetaient ses demandes : c'est ainsi qu'im Français perdit deux millions , pour avoir refusé de lui prêter ime somme considérable. Mais la monnaie coulait comme un torrent entre ses doigts; jusqu'à sa mort il fut aux expédients et ne vécut que d'empnmts, ou plutôt d'escroqueries, puisqu'il avouait ne recevoir qu'à fonds perdus. Frédéric le Grand convenait de ces faits ; il reprochait au baron d'avoir vendu de l'argent faux pom* du fin , et le féUcitait de n'avoir été ni voleur de grand chemin ni coupeur de bourses. Néanmoins il le garda et l'admit même dans son intimité, quoique tout le monde sût à quoi s'en tenir sur la moralité et l'honneur du roué.
Certaines anecdotes de la vie du philosophe couronné nous expliquent et cette indulgence et cette liaison. Lorsqu'il était dans sa
(!) Frédéric le Grande ou mes Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin ^ par Thiébaolt, 18i6, toin. III, pag. 850. —Ft> du prince Potemkin^ par M"« de CerentiUe, 180d , \ toi. in-8o. — Vie de Catherine II, par Gastéra, 1797, toni. H. — Mémoires secrets sur la Russie, par Masson , iSOO, 8 vol. ith^**,— Histoire de Pierre III, par Laveanx, an yni, tom. I , pag. 96. -i- Histoire de la Russie , par Levesque, 1812, IMD. Vf pag» 87.
XUI I£S GOIRS ET LES SALONS
jeunesse détenu à Custrin dans la plus grande gène ^^ une famille honorable prit piti<^ de ses malheurs , avoue Thiébault^ et s'imposa les plus étonnants sacrifices pour lui pi*ocm^r vingt-deux mille quatre cents francs. Une fois monté sur le trône ^ non-seulement il ne remboursa point cette somme ^ mais même il n'accorda aucune faveur aux divers membres de cette généreuse iismûlle. Plusieurs {autres personnes qui lui avaient rendu des services du même genre, n'en furent pas mieux récompensées, si nous en croyons Laveaux et les Mémoires de Voltaire. Il n'aima jamais à payer ses dettes ; il pasrait des années entières sans vérifier les factures de ses fommisseurs impatientés. U se laissa réclamer pendant dix ans le traitement qu'il avait promis à Thieriot à l'occasion d'une correspondance littéraire, ïl contribua avec Voltaire à frustrer et ruiner le libraire Van Duren, comme nous le verrons. Durant la guerre de Sept Ans, il se trouva sans aucim fonds; il confia quatre millions d'écus d'Angleterre au riche juif Ephralm poiu* lui en fabriquer dix millions. Cette opération donna lieu à des pièces de vingt-quatre sous qui ne valaient en argent que le tiers de leur cours habituel. Frédéric les répandit dans lepubUc, mais il défendit à ses trésoriers de les recevoir pour le compte de l'État. Lors du premier partage de la Pologne , il mit de nouveau en circulation pour quime miUions de très-beaux ducats chargés d'un tiers de mauvais alliage. Rulhière l'accuse d'avoir eu recours sept fois à cette altération des monnaies polonaises. Il abusait aussi de sa position pour ses caprices. 11 avait appelé auprès de lui le fameux Duport. Ayant appris que ce premier violoncelle de l'Europe se disposait à partir, raconte Mme de Genlis, il chargea quelques-uns de ses musiciens de lui donner une petite fête et de l'enivrer. Lorsque Duport eut perdu la raison, on l'amenaà signer un engagement par lequel, prenant du service dans un régiment , il y restait au nombre des tambours , de sorte qu'il n'aurait pu sortir de la Prusse sans s'exposer à la peine de mort comme déserteur. Quand il eut cuvé son vin , il tomba dans le plus profond désespoir ; on essaya de le consoler & l'aide d'une pension et d'un bon mariage. Il se fixa donc dans le Brandebourg, et ne revint en France qu'après la révolution. Négociants, artistes, philosophes eurent plus d'ime fois occasion de s'apercevoir combien il fallait peu compter sur les paroles et les contrats d'un roi.
U était impossible de moins rétribuer tous ceux qui étaient soii$
AU IVIII* SliCiE, XI.Î1Î
M dépendance. Ses agents diplomatiques en étaient réduits & vendre leur crédit et leur faveur. Son clergé végétait dans un dénûment si grand que^ dans les campagnes, il n'était pas rare de voir un pasteur quitter le temple pour passer à un comptoir, vendre du vin ou des chansons , arracher les dents sur les [daces publique ou jouer dn violon dans les cabarets. Il préférait toujours l'homme qui demandait le moins à cehii qui était le plus capable ; s*il construisait une maison à Berlin, il ne s'enquérait que du prix qu'elle lui coûterait, sauf à la laisser tomber, parce qu'il ne lui avait pas donné la soUdité convenable. Il n'était pas jusqu'à ses soldats qui n'eussent à gémir de ses principes. Quels que fussent leur mérite et leurs actions d'éclat , ils étaient condamnés à passer leur vie dans les exercices les plus fatigants, sans toucher une solde forte et sans espérer d'avou* jamais d'avancement. Toutes les épaulettes étaient réservées aux nobles; si par hasard im roturier était parvenu par son mérite à être mis dans le cadre des officiers, le roi le congédiait aussitôt qu'il avait connaissance de cette promotion. Aussi chassa-t-il impitoyablement de ses régiments grand nombre de militaires qui lui avaient rendu de grands services, et qu'il avait été forcé de laisser momentanément à la tète des compagnies qu'ils avaient commandées avec succès à mie époque où il n'y avait pas assez de gentilshommes pour occuper les postes distingués. Leur dé&ut de naissance fut la cause de leiu* retraite. Les soldats étaient chaque jour tentés' de déserter; il fallut {H%ndre les mesures les plus sévères pom* les contenir sous le joug, et menacer de châtiments exemplaires quiconqiK aurait quitté les (brapeaux.
Terrible pour son armée , Frédéric ne lui dcmnait pas toujours l'exemple d'un grand courage. Il nous apprend dans ses lettres qu'il était déterminé à se suicider le jour où il aurait été battu. Victorieux, il n'est pas d'atrocités qu'il ne laissât commettre à ses troupes en Pologne. Loin de mettre un frein à leur brigandage, il s'adjugeait le butin qu'elles avaient amassé à force de crimes. En 8axe , il se conduisit avec la barbarie d'un Attila. Poussé par une basse vengeance, il inaugura l'ère du vandalisme. 11 ordonna d'incendier les châtcuiux du comte de Bruhl, de mutiler ses statues, de briser ses meubles, de lacérer ses tableaux, de couper ses arbres, de dévaster ses jardins, et^ c«>mme Néron, il tressaillit d'allégresse quand il cou-
tUV USS COURS ET LES SALONS
templa les flammes et entendit les coups de marteau qui anéantis» saient tant d'objets d'art !
Le voici bourreau de sa famille. Il s'appliqua à humilier son frère Henri et son neveu Frédéric-Guillaume ; il les entoura d'espions qui lui rapportaient tous leurs propos et lui apprenaient toutes leurs démarches. U les éloigna de sa présence^ les enferma dans des mai* sons de plaisance, ne les instruisit jamais des affaires, et les laissa dans une gène si grande qu'ils furent amenés à contracter des dettes, parce qu'ils n'avaient pas de quoi soutenir leur rang. Afin de les empêcher de se faire des créatures par leurs libéralités et d'excéder la faible pension qu'il daignait leur octroyer, il défendit^ en 1769, à tous ses sujets de prêter de l'argent à tout membre de la famille royale. Il n'eut pas plus d'égards pour la reine. Il l'estimait^ mais il ne pouvait la souffrir. U ne la voyait que très-rarement et toujours en public. Il parait qu'il ne consomma jamais son ma-> riage. La première nuit de ses noces, il affecta de jouer de la flûte à une fenêtre jusqu'au matin. Depuis il n'eut pas de rapports d'intimité avec la reine. Il ne lui accordait pas même le nécessaire, de sorte que , dans les repas qu'elle était forcée d'oi&ir, les convives se hâtaient de la quitter pour aller manger ailleurs. Sa table était servie de façon qu'il était difiBcile d'y attraper quelque morceau de viande ou un fruit. La reine se permit une fois de remettre au roi une lettre oti elle le éuppUait de la secourir : il déchira la lettre sans la lire.
Quelle était la cause de la continence du roi? Il avait eu des mai* tresses dans sa jeunesse ; mais ces liaisons lui valurent une maladie honteuse qui le rendit impuissant pour le reste de ses jours, au dire de Laveaux. Aussi marqua-t-il toujours im profond dégoût pour toutes les femmes. Cette aversion est, aux yeux de tout moraliste, la preuve la plus forte de passions ignobles. Frédéric s'est-il conduit de façon à forcer l'historien de mépriser des témoignages qui ne seraient pas favorables à ses mœurs? Malheureusement non. Voltaire dans ses Mémoires y et Palissot dans des vers commandés par Choiseul et destinés à être envoyés à l'accusé, lui reprochent d'infâmes privautés avec ses familiers. Un prêtre de l'Oratoire , qui eut occasion de séjoiuner à Berlin vei*s 4752, n'est pas moins positif. Dans des pages insérées, en 1847, dans le tome V de la Num^plle
AU XVin* SliOS. XLT
Jlefnse encyclopédique , il raconte qiie rien n'était plus connu que le goût du roi pour six mignons qui ne le quittaient pas à Potsdam ; que là se commettaient des abominations si révoltantes qu'on avait inventé le mot de potgdamie pour les caractériser, de sorte que cette expression de potsdamite était devenue synonyme de êodomùe. Il se pourrait que le roi ne pût pas être convaincu de s'être permis les aimes qui se multipliaient dans ses antichambres; mais il poussait en tout le cynisme si loin, qu'il est diflBcile de croire qu'il ait été calomnié. Nul ne brava davantage et la pudeur et les convenances. 11 peupla ses jardins de statues immodestes; il exposa dans son boudoir un tableau d'une lubricité sans exemple , suivant les détails fournis par les Mémoires de Voltaire. Il fit peindre, dans le salon du marquis d'Argens, une scène dégoûtante, tant elle était obscène. Il ne se servait que des mots les plus orduriers de la langue française. Pour familiers, il eut constamment des philosophes criblés de dettes, épuisés de débauches, infectés d'athéisme et fiers de leur abjection, et plus fiers encore d'avoir été bannis de leur pays pour la perversité d'ennuyeuses amplifications. Il les invitait à souper et ne leur abandonnait qu'un plat de poisson pour les accoutumer à la tempérance. Il causait sans gène avec eux , afin de saisir plus facilement leurs ridicules et de s'en moquer. Il recherchait la singularité en tout. Il montait dans un carrosse qu'un bom*geois eût dédaigné , quoiqu'il fût traîné par sept chevaux gris et un cheval noir. Il avait des meubles qui tombaient de vétusté; il ne les réparait pas. Il traînait des bottes éculées; il s'afiublait de vêtements si usés, si rapiécetés, si sales, qu'on ne distinguait pas leur couleur primitive. Il se lavait rarement, et plus rarement encore il changeait de chemise; il n'eu avait pas une qui ne fût en loques. Il avait une collection de quiuze coïts tabatières de prix , et il manquait de tout, n'étalant sur lui et diez lui que la malpropreté. Il n'y avait que pour sa nourritiure qu'il ne regardait à rien. Il mangeait avec moins d'avidité que de gloutonnerie. U dévorait des mets indigestes et surtout des pâtés d'Amiens dont le port seul coûtait de quarante à cinquante écus. Il ne sortait de fable que quand il était repu à ne plus respirer. Pom faciliter la digestion, il lui fallait plusieurs cafetières de café, suivant les Ménmret de Yalori. Entre ses repas, il se jetait sur des pyramides de fruits, n voulait qu'il y en eût sur les consoles de toutes les chambres qu'il traversait; il ne dépensait pas moins de ceilt mille éc«g