POUH LES RENTES VIAGERES
$e rendit l'écho de celte assertion , ainsi que Taillefer dans son Tableau historique (t. V. p. 84). Et personne encore ne réclama contre.
Voilà qu'en 1789, Gondorcet avance dans sa Vie de Voltaire que ce philosophe naquit à Chatenay, et depuis le Voltairiaiia , Feller, h Biographie universelle, le Plutarque français, le Dictionnaire de laconœrsation, la Galerie française ou Collection de Portraits des hommes et des femmes qui ont illustré la France dans les xvi«, xvii" et xviii« siècles, Lepan, Paillet de Warcy ont répété que Voltaire était né à Chatenay. Quelle raison Gondorcet avait-il donc alléguée pour donner un démenti à Voltaire lui-même, ainsi qu'à Sabatier de Castres, Palissot, Luchet, Ghaudon et Taillefer? iltictine. C'est à cause de cela qu'il a fait autorité. M. Berriat Samt-Prix est le seul littérateur qui ne l'ait point cru sur parole. Il a compulsé les archives de l'arrondissement de Sceaux, et il n'a trouvé aucun dociunent qui prouvât que Voltaire reçut le jour à Chatenay. S'il en eût été ainsi , conmient admettre que depuis la publication de VÉpitre à Boileau, en 1769, jusqu'à l'apparition de l'ouvrage de Condorcet, en i789, il ne se soit trouvé personne qui se soit fondé sur la tradition, si tradition il y a? Et, d'ailleurs , que serait une tradition en pareille matière? n'y a-t-il pas eu des traditions pour placer le berceau de M"* de Sévigné au château de Bourbilly en Bourgogne?
A la vérité , l'acte de baptême de Voltaire n'indique point qu'il naquit à Paris. Ne faut-il pas le conclure, puisqu'il ne lui donne pas d autre patrie? Voltaire s'est dit Parisien; Collini, Longchamp, Wagnière, Luchet, Palissot ont connu Voltaire et sa famille, et ont répété qu'il était Parisien. Peut-on leur opposer le témoignage d'un Gondorcet, qui le fait naître à Chatenay, sans dire pourquoi il lui a plu de choisir Chatenay préférablement à Paris ou à Brive-la-Gaillarde ?
D'ailleurs voici une contradiction. Tous les biographes assurent que Voltaire vint au monde dans un état qui ne laissait pas d'espoir de le conserver longtemps. Dans ce cas ne faut-il pas mépriser sa famille qui aurait eu la barbarie de l'amener depuis Chatenay jusqu'à Paris pour le faire baptiser ?
Comme il est impossible de s'inscrire en faux contre cet acte de baptême, on s'est avisé de reculer de plusieurs mois le jour de la naissance de Voltaire.
Malheureusement les biographes ne sont pas tous d'accord. Dès 4750, Baculard-d'Arnaud fait naître Voltaire le 20 février 4694, dans la Préface lue et corrigée par Voltaire , que nous avons citée plusieurs fois. A la même époque, dans une notice qu'il envoya aux frères Parfaict, et qu'on lit à la page 288 du tome VI du Diction^ noire des théâtres de Paris, publié à Paris en 1757, et rcgeuni au
^ VDOLAtTLlE PE VÔLTAÏÏŒ.
moyen d'un nouveau milli^sime en i767 , Voltaire fixe sa naissance au 20 novembre 1694.
Dans son article sur Voltaire dont nous avons déjà parlé , Palissol opina pour le 20 février. Mais en \ 772 , La Harpe publia^ à la suite de sa Réponse d'Horace à M. de Voltaire , un Précis historique Sur M. k Voltaire où on lit à la page 17 , que ce dernier naquit le 21 novembre. Dans sa Correspondance de novembre 1772, Grimm dit à ce sujet : « n est bien singulier que M. de La Harpe , si intimement lié avec M . de Voltaire , ait débuté , en écrivant sa vie, par un fait faui. C'est en février 1694 que M. de Voltaire est né , et non le 21 novembre 1694, comme le dit M. de La Harpe. » A la page 98 du tome H' de ses OEuvres publiées à Paris en 1 778, La Harpe reproduisit son Précis hisloiique sur M. Voltaire qu'il avait composé en 1772 pour une Galerie Universelle ; cette fois il certifia que le philosophe vint au monde au mois de février.
Luchet (t. I. p. 1) dit tenir de la famille de Voltaire que c'était le 20 novembre qu'il était né. Aussi Chaudon (t. L p. l)a-t-il épousé son opinion.
Dans son Tableau historique [t IV. p. 84), Taillefer au contraire s'en tint au 20 février, de même que Duvernet, dans les cinq éditions de SSL Vie de Voltaire que j'ai sous les yeux. Mais l'édition de Genève, in-S* de 355 pages, est ornée d'un portrait de Voltaire, né en 1695.
Condorcet ayant dit que ce dernier était né le 20 février, le VoUtàriana , la Biographie Universelle , le Plutarque Français , le Dîcliwnaire de la conversation, la Galerie Française, Lepah et PaUlet de Warcy ont répété que Voltaire était né le 20 février.
N'oublions pas Wagnière (p. 19) qui nous dit : a La vérité est qu'il naquit le 20 février 1694 et non le 20 novembre , quoique son extrait de baptême , que j'ai vu et tenu, porte cette dernière date. » Assertion qui serait accablante , si elle était motivée.
Quant à Voltaire , il a si souvent varié qu'il nous forcera de nous amuser à ses dépens. S'il ^rit aux frères Parfaict qu'il est né le 20 novembre, il laisse dire à La Harpe que c'est le 21 , à Baculard-d'A^ naud et à Palissot que c'est le 20 février, date que préférera Wagnière, d'après ses conversations. Il en est de même dans sa correspondance. Le 20 février 1765, il mande à Damila ville : « Je suis né en 1694, le 20 février , et non le 20 novembre, comme le disent les commentateurs mal instruits. » Dans une lettre du 25 novembre 1777 au roi de Prusse, il s'exprime ainsi : « J'ai aujoiud'hui quatre-vingtquatre ans. » Le 27 février i 765 , il avait assuré au duc de Richdieu que c'était bien le 20 de février, et non le 20 de novembre, qui était la date de sa naissance.