‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 56 sur 95 · POUR LES RENTES VIAGÈRES · texte numérisé non relu

POUR LES RENTES VIAGÈRES

Il augmente le noinbi*e de ses années aussi facilement que celui de SCS jours et de ses mois. Le 25 février \ 763 , il certifie au cardinal de Bernis que c'est en 4693 qu'il est né. Dans ses lettres deis 30 seçtanbre 1761 et 15 janvier 1767 à M. de Ruffey, et une autre du 49 auguste 1768 au président de Brosses, il mande qu'il avait soixfente^ sii ans le i 1 décembre i 758. Le 25 décembre 1 761 il dit à la comtesse de Bassewitz qu'il aura bientôt soixante-dix ans, mais le 4 novembre 176Î il se plaignait de n'avoir que soixante-huit ans. Une fois au 30 nuirs 1763, il se v|inta au duc de Richelieu d'être dans sa soixantedixième année. Le 26 suivant il parlait de la soixante-douzième année. Au contraire, le 30 juillet suivant, il n'a plus que soixante-dix ans, selon son billet à Lekain. Il serait facile d'augmenter le nombre de ces c<Hitradictions.

Voltaire a-t-il donc ignoré le jour de sa naissance? Assurément non. A chaque instant il avait besoin de son extrait baptistaire pour toucher ses rentes; jamais il n'en parla lui-même comme d'un acte de nulle valeur. Ainsi le 1" janvier 1777, il écrivait à d'Argental : f Ne dites point, je vous en prie , que je n'ai que quatre-vingt-deux ans; c'est une calonmie cruelle. Quand il serait vrai, selon im maudit extrait baptistaire, que je fusse né en 1694, au mois de novembre, il faudrait toujoiu^ m'accorder que je suis dans ma quatre-vingttroisième année. Vous me direz que quatre-vingt-trois ne me sauveront pas plus que quatre-vingt-deux de la rage des barbares qui me persécutent ; cependant ma remarque subsiste, jd Celte dernière idée se retrouve développée dans d'autres lettres. Le 5 janvier 1770, ilavait mandé à d'Argental : « Je vous l'avais bien dit que vous n'aviez que soixante-neuf ans. Vous êtes bien injuste et bien lésineux de m'en accorder à peine soixante-quinze, lorsque je suis possesseur de la soixante-seizième. 11 faut dire que j'en ai soixante-dix-huit, et n'y pas manquer; car après tout , on se fait ime conscience d'affliger ^ un pauvre homme qui approche de quatre-vingts. » Aussi lui aTouait^il le 19 février 1770 que les gens de soixante-seize ans sont réputés octogénaires. Déjà le 20 février, il avait dit à Damilaville : «J'entre aujourd'hui dans ma soixante-douzième année. Me persécutenût-on encore dans ce monde à mon âge? Cela serait bien welche. » Le 20 octobre 1764 il envoyait ces mots au président Hénault : « Je pourrais, si je voulais, me plaindre qu'à l'âge de soixante-onze ans , accablé d'infirmités et presque aveugle , on ne veuille pas me laisser achever ma carrière en paix. » Le même jour, il faisait cette confidence à Duclos : <f Je pourrais me lamenter sur la persécution qu'on suscite à un solitaire âgé de soixanteK)nze ans, accablé d'infirmités et presque aveugle ; mais il faut que les philosophes aient un peu de ooimge et ne se lamentent jamais. » Tous ces fragments nous

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