IDOLATRIE M VOLTAIRE
apprennent pourquoi Voltaii'e aimait à se vieillir dé jourç , de mois et d'années, et nous expliquent ses perpétuelles mitidates de naissance. Comuie à ses yeux un mensonge utile devenait une nécessité et même une vertu, il n'a pas hésité à reculer le jour de ses premiers soupirs, parce que cette conduite si peu honorable, il la regardait comme un besoin.
Mais il est digne de remarque qu'il a toujours respecté son maudit exti*ait baptistaire, et qu'il n'a pas osé une seule fois déclarer positivement et publiquement s'inscrire en faux contre cet acte. Aussi se contente-t-il de dire dans son Commentaire historiqtÂC : « Les uns fcmt naître François de Voltaire le 20 février 1694; les autres, le 20 novembre de la même année. Nous avons des médailles de lui qui portent ces deux dates; il nous a dit plusieurs fois qu'à sa naissance on désespéra de sa vie , et qu'ayant été ondoyé , la cérémonie de son baptême fut différée plusieurs mois. » N'est-ce pas laisser la question indécise ? N'estrce pas avouer l'impossibilité de donner un dénaenti à la vérité? Cet ondoiement jeté là conune un trait-d'union entre son berceau et les fonts baptismaux de Saint-André-des-Arts n'est-il pas ime pauvre ressource qui cache le ridicule de ceç paroles vagues? car si Voltaire eût été ondoyé, son acte de baptême en aurait fait mention, comme c'était l'usage.
Tout concourt à nous forcer de nous en tenir à son acte de baptême. De temps inunémorial les registres de l'état civil ont été r^ardés comme des pièces authentiques jiis<ju'à inscription de faux. Pour que l'extrait baptistaire de Voltaire n'eût point ce caractère, il faudrait admettre que ses signataires eussent voulu et pu tromper un prêtre. Ils n'avaient aucun intérêt à le vouloir , puisqu'il n'existait aucune loi qui obligeât de faire baptiser ou circoncire le nouveau-né; le père, comme officier ministériel, le parrain, conune abbé, la nwu^ raine, d'honnête condition, ne pouvaient donc pas s'engager à dire im mensonge qui les eût couvert de ridicule aux yeux d'un prêtre. Celui-ci, non plus, n'aurait pu ni voulu consacrer sur ses registres ce mensonge inutile. A la vérité, Duvernet ( p. 18) prétend que ce prêtre fut induit en erreur, et qu'on lui laissa ignorer le temps de la naissance de l'enfant. Duvernet a été assez impudent ou assez niais pour raconter une pareille bévue; mais il aurait dû ajouter si le célébrant ne manifesta aucune surprise ni aucun soupçon à la vue deoe nouveau-né de neuf mois. Dans le cas où ce prêtre eût été distrait au point de ne pas s'apercevoir de sa méprise, n'y avait^il pas im sacristain pour le tirer de sa léthargie? Or, si ce sacristain, si ce prêtre ont eu l'inadveiiance de ne pas remarquer que le jeune François-Marie Arouet, présenté à l'âge de neuf mois, devait avoir plus de vingt* quatre heures au dire d'un notaire^ d'un abbé commendataire, et