‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 58 sur 95 · POUR LES RENTES YU6ÈRBS · texte numérisé non relu

POUR LES RENTES YU6ÈRBS

d'une marraine déjà âgée, comment concevoir que, pendant toute sa vie, Voltaire aurait oublié de se moquer d'une scène aussi comique?

Ayant à opter entre cet extrait baptistaire et Jes perpétuelles et innombrables contradictions de Voltaire, je n'hésite pas à conclure qu'il est de toute impossibilité de prouver que Voltaire ne naquit pas à Paris le 21 novembre 4694, comme l'indicpie son acte de baptême.

Quand je pense à la multitude, à la gravité et à l'érudition de tous les biographes qui ont pu et dû rechercher et lire avec attention cet acte de baptême, j'ai peine à concevoir que M. Berriat Sainfc-Prix soit le premier qui , en i830 , l'ait étudié et en ait tiré les conclusions que rien ne saurait détruire. M. Beuchot a trouvé ses raisons pé- Femptoires; mais, par une étrange contradiction , en ayant soin de femarquer les différentes dates que Voltaire a données de sa naissance, il s'est appliqué à les juger, en adoptant ce 20 février que lui avaient transmis presque tous ses prédécesseurs, et dont M. Berriat Saint-Prix avait démontré l'absurdité.

Lejourdelanaissantîe de Voltaire une fois fixé, il est facile de compter toutes les occasions où il s'est permis de se donner plus de jours, de mois e.t d'années qu'il n'en avait réellement. En feuilletant sa correspondance, on restera persuadé qu'il ne s'est pas seulement servi de ces mensonges pour en imposer au pouvoir, mais aussi pour séduire ses débiteurs. Rarement il oublie de leur rappeler son âge , le nombre de ses années qu'il écrit en toutes lettres , en appuyant sur la soixantième, la soixante-dixième, la quatre-vingtième, la quatre-vingt-quatrième , anticipant toujours sur l'année prochaine de quelques jours et de quelques mois, quand il n'a pas besoin de deux ans pour déterminer un emprunteur ou un vendeur, le président de Brosses, par exemple, à accepter ses propositions, comme nous le Terrons.

Mais ces mensonges ne suffisaient pas au but qu'il se proposait. Aussi a-t-il tiré un grand parti de ses maladies.

Collini (i) disait en parlant de lui : a Les visages secs et blêmes sont excellents pour tromper le monde et pour prêter de l'argent à < 5 ou 20 pour cent. » Wagnière (p. 24) lui-même convient que a Voltaire tirait un gros intérêt h cause de la mauvaise santé dont il s'est jJaint toujours. »

Voltaire n'est pas moins explicite. Le 40 mai 1764, il mandait h son ami de Cideville : a Ce qui pourra me consoler , c'est le petit plaisir que j'ai de désespérer le marquis de Lezeau. Il est tout étonné de ne m'a voir pas enterré au bout de six mois. Je lui joue, depuis phis de trente ans, un tour abominable, b Une lettre du 4 octobre

(1) Lettres inédites de Voltaire et Collini à Dupont, pag. 189.

86 IPOLATEIE DB VOLTAIBS.

1758 au mtoie correspondant nous donne le mot de Ténigme. « Le petit babouin crut faire un bon marché avec moi y parce que j'étais maigre et fluet ^ dit Voltaire; vivimus iamen^ et peutrétre Ângo de Lezeau occidit dans son marquisat. »

Il est digne de remarque que Voltaire a commencé de gémir sur ses maladies dès 1722^ année où il plaça pour la première fois de l'argent en rente viagère. Comme depuis il eut toujours des fonds de disponibles^ il n'a pas oublié de se prévaloir de ses infirmités. Semblai3le à feu M. Argan^ « il marche^ dort y mange et boit tout comme les autres^ mais cela n'empêche pas qu'il ne soit Ibrt malade^ et ce sont des impertinents qui vous ont dit qu'il était mieux. U ne s'^ jamais si mal porté, d En eifet ^ à la moindre contrariété y il tombera dans des accès de colère si violents^ « qu'il faudra plus de huit médecines et douze lavements pour réparer tout ceci. » A la vérité, en 1719, Voltaire n'a qu'im bouton sm* l'œil, pom* lequel suffira un petit emplâtre qu'il demandera à la marquise de Mimeure. Bientôt adieu aux beaux jours ! ils ont passé devant lui comme la fleur des champs. Dès le mois de juin \ 723 y il écrit à Thieriot que sa santé et ses affaires sont délabrées à un point qui n'est pas croyable; le 4 novembre arrive la visite de la petite vérole; pour Voltaire, c'est uœ lèpre suivie d'une douloureuse convalescence , qui l'obUge à piofiter des chaleurs du mois de juillet pour prendre les eaux à Forges. Malheureusement, ces eaux lui font plus de mal que de bien , avoue-t-il à Thieriot le 5 du mois d'août. Le 24 suivant, sa santé est plus faible que jamais. S'il écrit à CideviUe qu'il n'est plus tout à fait si mourant, il mande à M"* de Bemières qu'il garde le Ut presque toujours, et qu'il est dans im état mille fois pire qu'après sa petite véix)le, de sorte qu'au mois de novembre il n'est pas en état de se faire transporter loin de Paris , parce qu'il passe sa vie dans des souffrances continuelles, qu'il n'espère pas même la fin de ses maux, et n'envisage pour le reste de la vie qu'un tissu de douleurs qui l'accable au point de ne pas lui donner une minute de relAche.

Le climat de l'Angleterre ne devait pas le guérir, pas plus que ses voyages en Belgique , en Hollande y en Prusse. Soit qu'il séjournât dans un château, dans un palais, dans tm ermitage, dans une auberge ou un hôtel, soit qu'il s'arrêtât à Paris ou qu'il s'en éloignât, il n'abandonna pas son thème favori. Retiré sur la frontière de France, dans un pays délicieux , il se dit toujours malade.

Malheur à qui le complimentait sur sa verte vieillesse! Le 6 décembre 1754, il écrivait à M. Dupont : « Permettez-moi de vous dire que voua êtes ii^juste pom* ma santé. Il y aurait je ne sais quoi de méprisable à feindre des maladies, quand on se porte bien; et un homme qui a épuisé les apothicaires de Colmar de rhubarbe et de

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