POUR LES RENTES TUG^RES
pilloles^ ne doit pas être suspect d'avoir de la santé I Elle n'est que trop déplorable^ et vous ne devez avoir que de la compassion pour Tétat douloureux où je suis réduit, b Le 15 janvier 1701^ il mandait à M** du DefEand : a M. de Trudaine ne sait ce qu'il dit, quand il prétend que je me porte bien. » Voilà qu'en juillet 1770, Pigalle apporte les nouvelles les plus satisfaisantesdela santé de Voltaire chez lequel il venait de passer huit jours, a II m'a assuré, raconte Grimm dans sa Correspondance littéraire, qu'il montait les escaliers plus vite que tous les souscripteurs ensemble, et qu'il était plus alerte à fermer une porte, à ouvrir une fenêtre, à faire la pirouette que tout ce qui était autour de lui. J'ai gardé à Pigalle le secret de toutes ces nouvelles ; je savais bien qu'elles seraient prises en mauvaise part à Ferney, mais il faut que quelque maladroit ait fait compliment au patriarche sur son embonpoint, car voici la lettre que je viens d'en recevoir le iO juillet : a Mon cher prophète, M. Pigalle, quoique le meilleur homme du monde, me calomnie étrangement ; il va disant que je me porte bien, et que je suis gras comme un moine. Je m'efforçais d'être gai devant lui, et d'enfler les muscles buccinateurs pour lui faire ma cour. B II pai*ait que Pigalle ne fut pas le seul qui eût trouvé Voltaire dansime santé florissante; car le !•' novembre 1773, Voltaire s'exprimait ainsi dans une lettre à M"^ du Deffand : a M. Delisle se moque de moi de dire qu'il m'a trouvé de la santé. Je n'en ai jamais eu, je fia tais ce que cest que par ouï-dire Je n'ai pas passé un jour de ma vie sans souffrir beaucoup. J'ai peine même à concevoir ce que c'est qu'une personne dans une santé parfaite; car on ne peut jamais avoir de notion juste de ce qu'on n'a point éprouvé. » Le 3 avril 1773, il envoie ces mots à d'Argental : a II y a donc des gens assez barbai*es ponr avoir dit que je me porte bien, b Les Mémoires de Bachaumont, œux de Marmontel et des autres philosophes confirment les jugements de ces divers voyageurs dont Voltaire vient de se plaindre avec tant d'énergie. Wagnière (p. 93) lui-même convient que le philosophe était, dans le fond, d'ime constitution extrêmement forte, quoique presque tous les joiurs il soufirlt des entrailles. Paris fut étonné de le voir, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, entreprendre des travaux, supporter des fatigues, souffrir des incommodités qui eussent tué un jeune homme. Sans les imprudences qu'il y commit, on peut présumer qu'il aurait assisté à toutes ces fameuses journées de la révolution (bnt il avait eu le pressentiment depuis si longtemps. Quand on fit l'autopsie de son corps, il fut constaté que sa cervelle était sans altération, et d'une ampleur fabuleuse, et qu'aucim homme n'avait été mieux constitué, raconte Wagnière (p. 163).
Ses débiteurs, étonnés de le voir vivre si longtemps, s'impatientaient de lui envoyer de gros intérêts chaque année. Aussi prirent-ils la ré*