‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 60 sur 95 · IDOLATRIE DE VOLTAIRE POUR LES RENTES VIAGÈRES · texte numérisé non relu

IDOLATRIE DE VOLTAIRE POUR LES RENTES VIAGÈRES

solution d'être de moins en moins exacts. C'est ce qui nous explique les arrérages qui leur étaient sans cesse et si instamment réclanû^.

En dépit des moqueries donton accueillait l'histoire de ses maladies^ Voltaire s'opiniâtrait à surpasser Argan et Harpagon. Qéante disait à Harpagon : « Ne rougissez-vous pas de déshonorer votre condition par les commerces que vous faites^ de sacrifier gloire et réputation au désir insatiable d'entasser écu sur écu, et de renchérir, en fait d'intérêt, sur les plus infâmes subtilités qu'aient jamais inventées les plus célèbres usuriers? » Et Harpagon de répondre : a Bienbeureux qui a tout son fait bien placé et ne conserve seulement que ce qnll lui faut pour sa dépense ! » N'est-ce pas là l'esprit de Volaire? A ses yeux, la fin justifiait tous les moyens.

Plus il avançait en Âge, plus il avait de capitaux à placer. De là la nécessité d'appuyer sur son âge et sa santé pour tirer de gros intérêts, toujours proportionnés à cet Age et à cette santé. Par ce motif, afin de payer moins cher , il acheta les Délices , Monrion et Toumey , et un hôtel à Paris en viager. De là ces mots qu'il écrivait le 9 septembre 4758 au président de Brosses, au moment où il brûlait d'envie d'acquérir la seigneurie de Toumey : « Vous n'êtes pas homme & faire valoir votre terre de Tourney. Voulez-vous me vendre votre terre à vie? Je suis vieux et malade. Je sais bien que je fais im manvais marché; mais ce marché vous sera utile et me sera agréable. Je m'engage à ne pas vivre plus de quatre à cinq ans. »

Cependant il vivait toujours. Il s'accoutuma à ne plus paraître que dans l'accoutrement d'un malade. Chaque fois qu'il recevait un ami ou im voyageur, il lui parlait comme si c'était la dernière lois qull s'entretenait avec lui ; faisait-il une visite , il disait qu'il suspendait son agonie; achetait-il tme maison, il la regardait comme son sépulcre, et il finit par construire un tombeau. Toute crise le tuait , toute indisposition allait le réduire en poussière. Il n'écrit pas une lettre sans parler de mort. Pour que rien ne manquât au drame, il laissa croire qu'il n'avait apporté qu'un léger soufiSe de vie en naissant, n n'oublia pas non plus de multiplier le nombre de ses maladies par celui de ses années. Toute sa correspondance semble dictée par Harpagon et Argan, tant il s'est identifié avec leur rôle! Sans doute on riait quelquefois, en décachetant ses missives. Lui au^, il riait; car, grâce à ces mensonges si souvent renouvelés, il finit par placer toute sa fortune en viager, et à gros intérêts, suivant Wagnière et CoUini, et parvint à attendrir ses débiteurs et à en obtenir les rentes et les arrérages qui lui étaient dus.

En un mot. Voltaire renchérit si bien et sur l'avarice d'Harpagon et sur les maladies d'Argan , qu'en 1778 il était parvenu à pc^séder l'immense fortune dont nous connaisBons l'état exact.

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