UTI LES GOUBS ET LES SALONS
pour se passer œ oaprioe ; il av^a plus d'une fois des cerises d'un écu. C'était lui qui écrivait la carte de tout ce qu'on devait lui apporter. Il lui est arrivé quelquefois de souffleter ses valetë de cham** bre; mais il chantait ses cuisiniers y il les payait généreusement ^ et les choisissait lui-même. H consommait prodigieusement. Déjà entre les bras de la mort , il dégusta des crabes^ des morceaux de pâté qu'un estomac robuste aurait eu peine h soutenir, et il goûta }da* sieurs sortes de vins. Il s'éteignit sans croire en Dieu et sans craindre le diable , n'ayant lu et patronné toute sa vie que des ouvrages aussi impies qu'immoraux.
Plus une accusation est grave, plus elle doit être motivée, puisqu'il est de la nature d'un fait de se prouver et non de se présumer. Mais il est des matières délicates où la certitude est impossible; on les éclaire au flambeau des probabilités. Aucune charge péremptoire ne s'élève contre la mémoire de Frédéric , quant à la question qui nous occupe ; toutefois les témoignages de deux philosophes et d'un prêtre ne laissent pas de donner à penser à ceux qui se rappelleront jusqu'à quel point il poussa le cynisme. Toutes les présomptions tendent à accréditer l'opinion qui le plaça à la tête de ?es potsdamites. Q me semble téméraire d'affirmer que cette rumeur ne reposait sur aucun fondement, car on ne prête guère qu'aux gens riches, suivant une exjNression de ce temps-là.
£& Frédéric a firustré tant de personnes, s'il a si peu rétribua tous les gens dont il avait besoin, il doit s'ensuivre qu'il fut le père du peuple. Mais il déclare dans son ouvrage sur la Politique depuis 1763 jusqt/à 1775, qu'il ne voyait dans le peuple qu'une masse imbécUe faîte pour être menée par ceux qui se donnent la peine de la tromper. Il ne parla jamais la langue de son peuple ; il ne lisait aucune production de son peuple; il n'achetait aucun tableau de son peuple; il n'accueillait aucun musicien de son peuple; il n'encourageait aucun talent de son peuple. Si, dans l'armée, il réservait toutes les épaulettes pour les noUes, dans ses bureaux et son académie il ne plaçait que des étrangers. 0 les considérait comme ses compatriotes , et voulait qu'ils brillassent partout. Il leur défendit même de recevoir à l'académie des Mémoires qui auraient été écrits en allemand. Il ne regardait et ne méprisait comme des étrangers que tous ceux qui étaient nés dans ses Etats. Il ne demandait à son ptople que de l'argent et des enfani<^. Que faisaiUil de l'argent de
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•on peuple? U TentiisBait dans les caves de son palais; il en pren£ât pour «npècher de mourir de faim quelques philosophes qui lui tenaient lieu de bouffons; il s'en servait pour commander à Berlin de superbes laçades qui s'écroulaient quelquefois sous ses yeux ; il en employait aussi à payer les dettes ou soulager la misère de ses DoUes^ poursuivis par des créanciers. Quant aux enfants du peuple^ il les parquait dans des casernes ^ il les fatiguait et les assommait dans ses manœuvres , il les usait sur les champs de bataille y et quand ils n'étaient bons à rien » il les reléguait dans quelque poste diecur dont ils ne pouvaient tirer aucun parti ^ à cause de leur dé£nit d^insiruction. C'est avec un sceptre de fer qu'il gouvernait tout son peuple; c'est par le moyen de ses espions qu'il connaissait la situation de son peuple. Il le pervertit par les exemples d'incrédulité qu'il lui donna et par la multitude de livres obscènes et impies qu'il lui laissa dévorer. Il le décima et le ruina par ses guerres continuelles. Dans ses Mémoires y il a peint tous les maux qu'elles occasionnèrent, n montre des terres abreuvées de sang, des pays déserts, des familles détruites, le crédit épuisé, le commerce languissant; partout c'est le désespoir et la détresse. C'est à ce prix qu'il parvint à usurper une place parmi les conquérants et les fléaux de l'humanité, n faut convenir qu'il en coûta un peu cher à la Prusse pour fournir à son roi l'occasion d'écrire des pages sèches, incorrectes, eumyeuses.
Quand il était las de tyranniser son peuple, de maltraiter sa famille^ de fatiguer son armée , d'égorger et de piller ses ennemis , de se moquer de ses bouffons , de violer la langue finançaise , que faisait-il pour se distraire î II allait caresser des singes ou des levrettes. Il eut d'abord une compagnie de singes. Quand il en fut dégoûté, il s'attacha à des levrettes. U en avait toujours une douzaine. U les laissait courir dans son appartement , déchirer et salir son lit et tout son ameublement. Il en emmenait avec lui dans ses voyages ; il les nouiv lisait Wen et pourvoyait à toutes leurs commodités. Étaientrelles malades , elles étaient soignées le jour et la nuit ; il voulait qu'un courrier lui en apportât h chaque instant des nouvelles, si par hasard il était éloigné. Si elles périssaient en son absence, dès qu'il était de retour^ il les taisait déterrer pour les contempler une dernière fois et gémissait sur leur sort. Vivantes, il les chantait; jetées dans une fbfsse, il leur élevait Un monument. Il chérissait tellement ses levrettat
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qu'il finit par partager tous leurs goûts. H n'accueillait que les sonnes que ces levrettes s'empressaient de lécher ; il retirait sa confiance aux gens dont la présence avait provoqué Taboiement de ces levrettes. Aussi c'est au milieu de ces levrettes qu'il désira être enterré.
Laissons-le donc au milieu de ses bétes ; c'est la seule place qui convienne à ce coureur de femmes pourries ^ à ce mari sans épouse , à ce père de la potsdamie^ à ce banqueroutier^ à ce faux-monnayeur, à ce boiureau de sa famille^ à ce pourceau d'Épicure, à ce contempteur de ses courtisans, à ce fanfaron de malpropreté , à ce fléau de des ennemis, à cet ennemi de son peuple, à cet assassin de sa langue maternelle, à ce tyran de son armée, à ce protecteur de l'athéisme, à cet Attila de la Pologne , & ce Néron de la Saxe, à ce ricaneur de tous les hommes. Il ne se servit du bon sens qu'il avait reçu de la nature que pour juger ses contemporains avec sévérité. U fut impi<toyable pour les autres , parce qu'il n'est rien qu'il ne se permit. Esclave de toutes les passions, il s'est glorifié d'étouffer en lui tout ce qu'il avait de l'homme pour devenir semblable aux bêtes. Écrivain , il ne semble avoir pris la plume que pour forcer ses lecteurs
à le planter sur le dernier échelon de l'échelle sociale à un pas
de distance de la brute.
Voyez : ses vers sont si mauvais qu'ils ne peuvent être lus de personne; mais ils doivent être examinés par l'historien, car ce qui n'est qu'ime platitude aux yeux du littérateur devient un crime devant le tribunal de l'historien. Ces mauvais vers que tout le monde dédaigne, c'est cependant tout Frédéric.
Un joiu* donc il étend sa main décharnée sur son Dictionnaire •français; il en extirpe avec soin les solécismes, les trivialités, les inconvenances, les jurons, les grossièretés, les obscénités, les blasphèmes; il les rapproche, les sépare, les aligne de façon à composer un vers, puis un autre vers, puis bien d'autres. Un chant s'achève; un second chant l'accompagne; à la fin, un sixième chant se trouve bâclé. Frédéric tressaille d'allégresse; il croit avoir chanté, il n'a fait que beugler à réveiller toutes les bétes dans leurs antres; il est fier d'avoir étalé son érudition, et il a démontré qu'il ne connaît pas seulement les éléments d'une propoi^tion. Il se vante d'avoir attrapé la plaisanterie, et il n'est tpie lourd et stupide. Néanmoins c'est à la face de la papauté qu'il lui tarde de jeter ce tas de
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chancres et de pustules qu'il a coupés et rangés comme on accouple des forçats.
Néron avait chanté la ruine de Troie pendant qu'il incendiait Rome. Q était réservé à Frédéric de chanter la plus grande iniquité qnll ait pu commettre. Ce qu'il a voulu tourner en ridicule , c'est la Confédération des Polonais. Dans tous leurs courageux efforts poiu* RooaTTer leur liberté et conserver leur nationalité ^ il ne voit que des forces ; des prêtres ont pris part à cette lutte qui devait décider deTavenir du catholici&me, il les regarde comme des esprits échappés de l'enfer; la papauté intervient dans cette grave affldre et la recommande aussi éloquemment qu'inutilement à tous les rois de la chiétienté, il méprise cet appel généreux comme une inspiration de la folie; il traite de badauds cette foule de Français qui ont quitté leur famille et leur patrie pour venir combattre et mourir à c6té de leurs frères en religion. Il s'applique bassement à flétrir et les nobles sentiments, et les sublimes dévouements^ et les admirables sacrifices^ et les actions glorieuses qu'enfanta cette cause. Une horde de Russes tombe sur les confédérés, les pille, les disperse, les égorge, il leur décerne la palme de l'héroïsme et magnifie leur férocité.
0 allait beugler pour la septième fois : la langue française n'eut pbs d'ordures à lui fournir; il les avait épuisées d'un seul trait. Les <^(»des de sa lyre se détendirent sous ses mains ruisselantes de sang ; sa voix se brisa; sa langue épaissie par tant d'infamies s'attacha à son palais; son cœur cessa de battre quand il eut vomi tous les excréments que peut contenir le cœur d'un roi philosophe. Une monstruosité en morale avait engendré une monstruosité en littérature (1).
En vérité , cet être appelé Frédéric le Grand ne méritait^il pas ^l'être Jeté à côté de ses bètes ?
(1) ThîébMiU, tom. I, Il «t m. * Rnlbière, lit. IV et V. ~ Ooibert, tom. I, P^- 140 à tas, et tom. II, pag. S82. — Viomenil, pag. 135.» Nouvelle Reime eney^ ^^diquey tom. V, pag. 484. —, Mémoires du marquis d^Argens, 1807, pag. 61.— ilémoiret de ll"« de Génlis, 18t5, tom. V, pag. 9.~ Portrait de Frédéric le Gnmd, ptrBoordtîs, 1788, pag. 51 et 167. — Mon voyage en Prusee, par le marqnii da l^ngle, 1807, pag. 9i à 180. — Quelques traits de la vie privée de Frédéric Guil-^ '*«»w //, par Dampmartin, IStl, pag. 15 à i78. - Vie de Frédéric îl, par La veaux, *1I, * toi. iD-8^.
Les G0UB8 bt lbs salons
Autriche.
Charles VI mourut banqueroutier) mandait Frédéric à Voltaire, le 25 octobre 1 740. Il n'en fut pas de même de François I". La vt^ille de sa mort, il remit à la princesse d'Aversberg, sa maîtresse , une ordonnance de 440,000 livres. H avait eu un grand nombre de maltresses et n'avait pas été moins généreux avec elles. Cela ne l'empêcha pas de laisser à ses héritiers plus de deux millions. Il avait tou^ jours travaillé avec ime ardeiu* infatigable à remplir ses caisses. Il disputa opiniâtrement à la nature ses secrets, et mit ses connussauces en ce genre au service de sa passion pour l'or. Sous sa direction , des chimistes poursuivaient sans cesse la pierre philosophale^ et, à l'aide de verres ardents, il cherchait à former de petits diamants dans un caillou. Il ne perdit pas de vue les affaires pli;^ sûres et fdus lucratives, a II se jeta dans celles du négoce , raconte Frédéric dans son Histoire de la guerre de sept ans, cliap. i*'. Il ménageait tous les ans de grosses sommes de ses revenus de Toscane, et les faisait valoir dans le commerce. Il établissait des manufactures et prêtait sur gages; il entreprit la livraison des imiformes, des armes, des chevaux et des habits d'ordonnance pom* toute l'armée impériale. Associé avec un comte Boltza et un maichand nommé Schimmelmaan, il avait pris à ferme les douanes de la Saxe, et , en l'année 1756 , il livra même le fourrage et la farine à l'armée du roi, qui était en guerre avec l'impératrice son épouse. Durant la gueiTe , lempereur avançait des sommes considéraUes à cette princesse sur de bons nantissements. Il était , en im mot , le banquier de la cour. » Il était à la fois banquier, marchand et fournisseur. A son instigation, les plus grands seigneurs suivaient ce filcheux exemple, et les paiiicu* li«*s, fiiute de capitaux suffisants , n'osaient aborder la coticiu*rence. Pour compi^ndre ces occupations des nobles, il n'est pas inutile de remarquer qu'ils étaient tous criblés de dettes, et que, dans tous les manoirs de la Bohême et de l'Autriche , on n'aurait peut-être pas ti*ouvé un honlme qui mit de l'ordre dans ses affaires et qui ne fût iréduit à opprimer et ruiner ses vassaux pour payer les folles dépenses qu'occasionnait le séjour de Vienne.
François I*' avait raison de ne pas se fier à la parole de son épouse.
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Marie-Thérèâe était ferme , courageuse jusqu'à Thérolsine dans les momeots de dang^; mais elle manquait de caractère et d'énergie dans sou ôibinet. Elle assistAit tous les matins à la messe ^ elle allait tons les soirs au salut y et néanmoins elle laissait commettre tous les crimeis. EUe croyait que le remords suffisait pour les justifier. Elle pleurait sur les maux qu'elle occasionnait , et elle ne faisait rien pour les empêcher ou les réparer. Elle avait répugné à se mêler du démembrement de la Pologne^ et ce fut elle qui exigea le plus gros lot lorsqu'on partagea les dépouilles de cette nation. EUe n'avait ancun reproche à faire aux Jésuites; elle u'avait personne pour les remplacer , et néanmoins elle n'hésita pas à les détruire et à mettre la main sur les cinquante millions de biens qu'ils possédaient ^ suivant M. Grétineau-Joly. Elle s'adjugeait aussi les legs faits à des cou* vents; elle ne diminua le nombre des maisons religieuses que pour s'emparer de leurs richesses. Elle avouait que les officiers étaient las de la guerre, et que son peuple ne pouvait pas payer les impôts dont die l'avait accablé ; cependant elle ne recula devant aucune guerre injuste. Victorieuse, elle abusait de son pouvoir. Ainsi, lorsqu'elle fut mklk'esse de Gènes, remarque Adam, elle exigea qu'on lui rendit grakiitement les joyaux qu'elle avait remis à la république à titre de gage d'une somme considérable que celle^i lui avait prêtée* Ëiait-elle défaite , elle augmentait les impôts , et croyait avoir bien mérité de scm peuple lorsqu'elle versait des larmes sur l'inutilité de ia pureté de ses intentions. Elle reçut des sommes immenses pour prol^er l'empire de Constantûiople; elle l'abandonna pour foutenir ses ennemis. Malgré les éloges donnés à toutes ses qualités, elle laissa un déficit de trois cent cinquante-deux millions. Quelques victoires^ quelques actes de piété ne poummt jamais la laver de la tache hideuse dont son front restera souillé. La confédératbn polonaise avait compté sur sa protection ; la Turquie avait acheté dièremeat sou ftlUance ; la France l'avait gorgée de millions de subsides et lui avait demandé une r^ne comme un gage d'inaltérable anûtié. Maria* Thérèse avait à sa disposition son fils le duc de Toscaue, et Mi gendre le roi de Naples. D'un mot, elle aurait pu décider du bonheut* de la Pdogne, puisqu'elle disposait de forces assez considérables pour laûr tète & la Russie et à la Prusse» Elle abandonna lâdiement la Priogne ; die trahit la Turquie ; elle cacha ses manœuvres à la France^ à la Toscane et au roi de Naples. Par là elle influa le plu$
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sur le malheur de là Pologne ; c'est ce qui explique pourquoi elle obtint de la Russie et de la Prusse tout ce qu'elle exigea. Elle sacrifia sa gloife> son devoir à son ambition. Elle fut la cause principale de l'anéantissement d'une nation catholique encore pleine de vertu et de vigueur. Que tous les Polonais^ les catholiques^ les poUtiques et les honnêtes gens s'unissent donc conmie un seul homme pour Texé^ crer et la reléguer^ à côté de Frédéric et de Catherine^ parmi les fléaux de l'humanité !
Maudissons aussi Joseph II, qui s'est lavé les mains dons le sang des Polonais, et qui a excité &a mère à entreprendre des guerres injustes l
On attendit de grandes choses à son avènement au trône. C'était à tort. Jusque-là il n'avait cherché qu^à faire du tapage pour attirer sur lui l'attention publique. Il n'avait pas été moins inconséquent que sa mère. Il conmumiait et il se piquait de philosophie. U avait dédaigné de visiter le patriarche de Femey, et il avait déjeuné avec Raynal et visité tous les encyclopédistes. Sa mère, au dire de Geergel, s'était abaissée jusqu'à traiter la Pompadour de cousine dans une lettre autographe, parce qu'en flattant cette royale catt'n, elle était sûre d'obtenir tout ce qu'elle demanderait à la France ; et lui, il alla sans nécessité passer deux heures chez la Dubarry à Luciennes. Il s'eflbrçait d'être poli, familier avec toutes les classes de la société, et il s'oubUa une fois au point de casser sa canne sur les épaules d'un vieillard qui lui servait de guide dans une course au mont Vésuve.
Maître de ses actions, il s'enferma dans im cercle de contradictions dont il ne put jamais sortir. U avait pai-couru une partie de l'Europe, et il défendit à ses sujets de voyager avant l'Âge de vingt-sept ans, et confisqua les biens de ceux dont l'absence se prolongeait trop longtemps. Il voulait être clément, et il n'était qu'imprudent. Ainsi, un employé avait enlevé de la caisse confiée à sa gestion plus de douze cents francs pour soutenir sa nombreuse famille; Joseph arrêta l'instruction criminelle , pardonna au coupable et le maintint dans sa place en doublant ses appointements. U brûlait de récompenser le mérite, et quand il avait une charge à donner, il en disposait habituellement en faveur du postulant le moins capable. U tâchait de fsivoriser les découveiies utiles , et il ûiistra et ruina ceux qui en faisaient. Bom, minéralogiste distingué, avait présenté à Joseph un projet d'améUoration pour l'exploitation des
AU XVIIl* SiBCLEi LUI
mines dont il était directeur, raconte Goraiii. Ce monarque^ frappé des avantages qui lui étaient offerts avec cette assurance qui tient à la persuasion intime d'une- réussite infaillible j agréa le projet. Il exigea qu'il y eût un acte passé entre lui et Born. Celui-ci s'engageait à foire les frais nécessaires pour les expériences premières, et Joseph lui assurait pour toute sa vie le tiers du produit net annuel, que Ton obtiendrait par ses procédés, en sus du bénéfice ordinaire que rapportaient les mines de Hongrie dont il avait l'inspection. Ce produit était fondé sur une nouvelle méthode inventée par le minéralogiste pour séparer les métaux d'une manière moins dispendieuse que celle dont on s'était servi jusque aloi*s. L'acte ayant été passé devant notaire, en présence des ofiBciers du collège des mines, et revêtu des formaUtés imposantes, Born s'empressa de commencer ses opérations. Pour y parvenir, il retira des fonds pubUcs tout l'argent qu'il y avait placé et l'employa à l'exploitation des mines de Kremnitz. Il dépensa jusqu'à cent trente-six mille livres, se croyant assuré du remboursement qui avait été stipulé dans l'acte, et qui devait être effectué dès que le produit aurait été constaté valablement. La méthode de Born eut le plus hem'eux succès. L'accroissement du bénéfice et la diminution des frais ne laissaient aucun doute sur la réussite. Lorsque la vérification eut été faite et ((ue Joseph eut sous les yeux le rapport des commissaires, il ne s'en tint plus à l'acte qu'il avait signé. Il accorda une légère gratification à Born ^ et refusa de lui rembourser ses avances et de lui payer chaque année l'intérêt dont ils étaient convenus. Il rechercha des philosophes tout à Mt exempts de préjugés pour travailler sous ses ordres; il en remplit tous les bureaux de ses Ëtats. Il s'aperçut bientôt, remarque Barruel, que ces esprits d'élite détournaient les deniers de l'État, et qu'ils n'étaient que des escrocs et des jonglem*s; car les friponneries étaient devenues si nombreuses , si criantes, si publiques, qu'il fut réduit, dit Rioust, à autoriser les dénonciations et à ÀM>uter et récompenser les dénonciateurs pour purger son administration.
n avait été fier d'honorer l'agriculture en labourant solennellement un champ de ses propres mains en Moravie, et il dépeuplait ks campagnes en en arrachant les paysans pour les parquer dans des casernes et les immoler dans des guerres i]]justes.
n voulait détruire tous les abus, et il les augmenta. II s'ingénia &