‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 62 sur 95 · RÉGIME · texte numérisé non relu

RÉGIME

dis hai'diment qtle ce «ont des fruits dont la terre n'est pas comerte en vain; qu'ils servent à la fois de nourriture et de remèdes, et qu'il faut bénir Dieu de nous avoir donné ces secours dans le plus détestable des mondes possibles. Je vous dis encore que nous ne devons pas tant nous dépiter d'être un peu constipés , que c'est ce qui m'a fait vivre quatre-vingt et un ans, et que c'est ce qui vous fera vi\Te beaucoup plus longtemps. On soujffre un peu quelquefois, je l'avoue; mais , en général , c'est notre loi de souffrir de manière ou d'autre. Je m'acquitte parfaitement de ce devoir. » A la casse et à la rhubarbe , dont il se servait deux ou trois fois par semaine pour aller à la garde-robe , rapportent Wagnière (p. 93) et les Mémoires de fiachâtiment , du 8 novembre 1776, il faut joindre les lavements au savon, qu'il n'épargnait pas plus dans sa vieillesse qu'il ne l'avait fait danssa jeunesse, suivant Wagnière (p. 35 et 93). Ainsi, lorsqull était à Berlin , il demanda au roi la permission de se rendre daa< différentes cours d'Allemagne. « Ce monarque , raconte Wagnière (p. 35) , chargea le général comte de Chazot de l'accompagner et de payer tous les frais du voyage. A leur retour, le comte présenta la note des déboursés. Le premier article portait une somme assez forte pour lavements au savon, à deux kreutsers chacim, pris par M. de Voltaire pendant les deux mois de notre voyage. — Comment diableî s'écria le roi , quel compte d'apothicaire me présentez-vous là? — Sire, reprit M. de Chazot, je n'en rabattrai pas un denier à Votre Majesté , car mon compte est de la plus grande exactitude. » Comme Voltaire se traitait lui-même , il ne cessait de recourir à tons ces médicaments , et n'en ménageait pas la dose toutes les fois qu'il souffrait des entrailles. H est fftcheux que, dans sa dernière maladie, il n'ait pas eu la patience d'attendre l'effet de quelques cuillerées d'opium , et qu'il eut l'imprudence d'en avaler une bouteille , ce qui lui occasionna une rétention d'urine et la gangrène, des douleurs inouïes et des maux sans remède, au dire de Wagnière (p. 153|.

Ce fréquent usage de potions et de clystères exigeait une w ipéglée; Voltaire s'astreignit à un régime exact et austère. Dès lc2T juin 1725 , il mande à M** de Dernières qu'il ne connaît plus d'autre remède que le régime; le 17 juin 1752, il fait espérer à M"» de Fontaine que , grâce au régime qu'il observe , il prolongera sa vie de quelques mois ; le 26 septembre 1768, il apprend au duc de Ricfaelieu que ses maladies le condamnent à la retraite et à un régime qu'il ne doit plus quitter.

Ce régime annonce une grande sobriété dans le boire el dans k manger.

Voltaire croyait boire beaucoup en avalant un demi-setier de vin à chaque repas, comme il l'avouait le 42 décembre 4768 à M*» du

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l)effan(l. Il n'offrait aux Genevois et à tous ^es kôles et commensaux que du vin de Toumey et du pays de Gex (1). Quant à li!d , ^uvre malade^ il lui fallait un restaurant ix)urguignon (2). Ce testaurant^ il le demandait avec instance y à un conseiller au parlement de Dijon y M. Lebault, propriétaire d'un assez bon cru à Corton, à quelque dis^ tance de fi^une. Il lui écrivait le 4 novembre 4761 : a J'ai l'honneur (le vous demander trois tonneaux de vin (deux de bon vin ordinaire et on d'excellent) 9 le tout en bouteilles; bien potable, bien gardablè> et surtout très-peu cher , attendu que M. de Brosses nia ruiné. » Huit Jours après ^ il lui mandait encore : o Je ne vous demande du viû ([u'en cas que vous en ayez de semblable à celui que vous m'avez envoyé les premières armées. A mon Age, le bon vin vaut mieux que M. Tronchin. Je suis devenu délicat, mais pauvre. Je me recom»mande à votre goût et à votre compassion. Tâchez de me vendre bon marché votre vin. Je sais qu'il y a vin et vin. C'est du bon que je demande, b Le 27 auguste 4768, il espère recevoir cent bouteilles de M. Lebault, et le il janvier 1769, il est si content de ce bon vin, qu'il dit au conseiller : « Je compte sur vous jusqu'à là fin de ma vie. k ne veux boire que par vos bienfaits. Je ne puis souffrir d'autre vin ftie le vôtre, d

Quant à la noumture , Voltaire était moins difficile. Le plus grand plaisir qu'on pût lui faire, était de lui envoyer une petite provision de lentilles; il les aimait singulièrement; M. Clément de Dreux lui en ayant souvent procuré et donné , il le remerciait en prose et en vers (3). Après les lentilles il n'avait de goût que pour un bon potage, un peu de mouton, des œufs (4), du petit lait (5). Une fois à table , il mangeait vite et de bon appétit (6). Il n'avait point d'heure fixe pour ses repas, et il oubliait quelquefois qu'il n'avaitpris aucun aliment; il n'en demandait que quand il avait faim, rapporte Wagnière (p. 93). ACirey, le café lui tenait lieu de déjeuner; le repas unique était le souper, pas trop abondant., mais recherché, propre et délicat; à Pians, M"* du Gtiastelet et Voltaire avaient l'habitude de dtner tous les soirs en ville ; mais le déjeuner était invariablement le même qu'à la campagne; toujours du café ou du chocolat (7). En 1750, Lekain, admis à voir Voltaire pour la première fois, partagea son déjeuner,

(1] Correspondance inédite de Voltaire avec de Brosses ^ pag. t47 et 250. (i) Ibidem.

(B) Lettre à Oéinent de Dreux, du 19 féfrier 1784 ; (Ew>/*es de Foltaire^ tom. XIV, pag.m.

(4) Lettre à Dom Calmet, du 18 féTrier 1748. (B) Lettre à Darget , dn mois de janvier 1751.

(•) Us Voyageurs en Suisse^ par Lantier» Paris, 180t, in-8«, tom. II , pag. 48. (i) M** de Graf&gny, pag. 8; Longchampi pâg. Itl.

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