‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 64 sur 95 · DES GRANDS · texte numérisé non relu

DES GRANDS

aimable des hommes. Ce séjom* eût été délicieux si ce n'eût pas été un exiJ. Voltaire finit par s'y ennuyer; mais bientôt il regretta cette séduisante habitation. Du 17 mai 4717 au 1 1 avril HiS, il n'entendit que le bruit des clefs , des serrures , des gonds, des chaînes de fer , des verrous sous lesquels il était enfermé à la Bastille. Dès qu'il fut libre, il s'arrêta à Chàtenay, puis au château de Villars, à trois quarts de lieue de Melun, chez le maréchal de Villars. 11 dit à M. de Mimeure qu'il passe sa vie de château en château. En effet, il est quinze jours avec le duc de la Feuillade au Bruel; il fait un voyage au château de la Source près d'Orléans, chez milord Bolingbrocke. M* de Rupelmonde l'emmène avec elle à Bruxelles et à la Haye. A son retour, il hante le château d'Ussé, au confluent de l'Indre et de la Loire; celui de la Rivière-Bourdet, à trois lieues de Rouen, appartenant à M"^ de Bernières; celui de Maisons, retraite du président de Maisons, à trois heues de Paris. A Forges, à Fontainebleau, il a un appartement chez le duc de Richelieu. Toutes les fois qu'il traverse Rouen , son ami Gideville lui offre bonne chère, le mène à l'opéra , et lui procure tous les plaisirs de la société et d'une grande ville, suivant une de ses lettres de 1723 à Thieriot.

Il continue de fréquenter le duc de Richelieu, et de le visiter dans ses différents hôtels. Mais après avoir été l'hôte de la famille de Bernières, il en devint le commensal et le locataire. Nous avons déjà cité un acte sous seing privé du 4 mai 1 723 fait double entre M. de Bernières et Voltaire. Suivant cet acte , Voltaire avait à Paris un appartement de six cents livres de loyer à Thôtel du président, lequel acceptait, en outre, une somme de douze cents francs à titre de pension pour le poëte et un ami du poëte. Or , cet ami, qui se nommait Thieriot, non-seulement ne convenait pas de cette galanterie, mais irtgardail même comme absurde que Voltaire eût payé pension chez M"* de Bernières (1). Ce témoignage mérite d'être pris en considération. Dans une lettre du 27 juin 1725 à M»« de Bernières , Voltaii'e nous apprend que M. de Bernières lui réclamait de l'argent. Était-ce pour uu terme de loyer î je le croirais volontiei-s. Était-ce pour un quartier de pension? c'est ce qu'il faut examiner. Il est certain que Voltaire était domicilié chez le propriétaire susnommé ; c'est la pi*emière fois que nous le trouvons dans ses meubles. Il manda le 10 septembre \1U à Thieriot qu'on lui en avait volé une paitie, et çi'il i était ruiné à les acquérir , ce qu'il ne manquera pas de redire , cliaque foiB qu'on lui en Uvrera d'autres , qu'il achètera une propriété ou qu'il y fera des réparations ou des changements. Il lui avouait aussi qu'il se plaisait dans ce logis sis rue de Beaune , parcô

(1) Uttrtê inédites du M^ du Chastelet à d*ArfeiUaif pag. 16S.

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qu'il y menait une vie plus solitaire qu'à la canipàgne^ qu'il s'y imposait plus facilement un régime très-exact, qu'il y recevait un peu de compagnie, s'y livrait à un travail modéré et pouvait suivre un procès relatif à la succession de son père. Il ne s'absenta que pour aller à Forges , à Maisons, à Fontainebleau , à Villars, à BeUegarde, à Bélébat, et à Versailles, où il fit sa cour à la jeune reine , et en obtint ime pension de quinze cents livres. Soit qu'il résidât à Paris, soit qu'il en sortit, il écrivait souvent à M"»* de Bemières et à Thieriot pour leur témoigner le regret de vivi*e loin d'eux. Or, s'il éfait continuellement séparé d'eux, il fallait donc qu'on lui laissât des domestiques pour soigner son ménage, et préparer son déjeuner, car pour le souper , il le prenait en ville, suivant l'habitude de tous les hommes de lettres de ce temps-là. S'il n'en eût pas été ainsi , il n'aurait pas eu de pension à payer. Dans le cas contraire, les égards dont il était l'objet paraissent trop grands pour ne les pas supposer dé" sintéressés. Il répugne d'admettre qu'im président à mortier au parlement de Rouen, riche et sans enfants, reçût six cents francs par an pour laisser à la merci de ses gens un personnage distingué avec lequel il cohabitait rarement et mangeait plus rarement encore à la même table. Par conséquent Voltaire n'avait avec lui que les relations d'un locataire, et d'un ami qui avait la faculté de se retirer à la Rivière-Bourdet , quand sa santé et ses occupations lui permet- ' talent ce voyage.

Toutefois, il résulte de ces faits que ce n'est qu'en J 723 que Voltaire commença de dépenser et de jouir d'une résidence et que, si l'on s'eo rapporte à la teneur de l'acte précité, il trouvait le moyen de se loger et de se nourrir, lui et un ami, poiu* la sonune de dix-huit cents francs par an , quoiqu'il eût déjà au moins huit mille livres de rente. Il ne parait pas avoir eu d'autre domicile et d'autres frais de maison jusqu'à sa nouvelle incarcération à la Bastille en 1726. Il y entra le 17 avril; il dut en sortir le 30 suivant. Il se rendit immédiatement en Angleterre. Il y arrivait en fugitif; un homme de la poUce avait été chargé de l'accompagner jusqu'à Calais. Suivant Baculard d'Arnaud, il aurait été admis aux petits soupers du roi (4). Jamais il ne parla de cette faveur singulière, ni dans son Commentaire historiquey ni dans ses ouvrages, ni dans ses lettres. Le 22 mai 4722, il avait offert de courre un vil juif, de servir d'espion et de mouchard au cardinal Dubois, en lui promettant une reconnaissance éternelle, si on daignait lui confier ce rôle infâme. Malgré sou obséquiosité et ses flatteries à Versailles, ses honunages et ses dédicaces à une jeune reine, ses rapports avec M** de Prie, le duc de RicheUeu, il avait longtemps postulé avant d'obtenir

(i) Mémoires de homgehamp^ pag. 49S.

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