A FERNEY
sont deux assez bonnes copies d'après le Guide ^ l'une la Toilette de Vénus, l'autre le Sommeil de r Amour et de ses compagnons; car, outre le petit Cupidon, on voit un grand nombre d'enfants nus avec ou sans ailes, dans l'état de sommeil, ainsi que lui, étendus sur une espèce de linceul. Vient ensuite un autre tableau qui m'a été désigné sous le nom de V Amour ^naiemel ; de l'autre côté du poêle , on en remarque im autre d'im certain mérite ; il représente le brave Renaud endormi entre les bras d'Armide. En allant du côté gauche du même salon, on passe devant deux croisées, ainsi qu'une porte vitrée à deux battants, qui donne entrée dans le parc; au-dessus d'une autre et qui est en face de celle près le poêle, et qui donne entrée dans la chambre à coucher, on remarque un sixième tableau, que Voltaire désignait S01IS le titre de son Temple de Mémoire. En remontant vers la porte d'entrée du salon, on remarquait une console à dessus de marbre verni très-commun. »
a Dons la chambre à coucher, continue le voyageur (p. 9), les premiers objets placés entre la porte et l'unique fenêtre de cette pièce qui s'offrent à la vue, sont cinq ou six portraits en gravures flans des cadres noirs des plus modestes. Puis vient le lit bien simple et presque mesquin ; il est à deux dossiers, adossé au mur , en regard du midi. De chaque côté du lit sont encore dans leur même place deux encoignures de son ameublement; elles sont en bois de placage, h dessus de marbre, quatre fauteuils couverts de la même étoffe que les rideaux du lit , et dont les bois sont peints en couleur grise , de même que ceux du salon, d L'ameublement, dit Blancheton (t. II. p. 47), était en damas bleu clair; les dévots ont déchiré des morceaux des rideaux du lit, qui perdirent ainsi deux aunes de leur longueur et pendaient en lambeaux autour d'un antique baldaquin sous lequel était accroché un ti'ès-mauvais portrait de Lekain , au pastel; ceux de Frédéric et de Voltaire, également mauvais, étaient suspendus à l'un et à l'autre côté du lit. Du temps de Voltaire , suivant Lantier (t. n. p. 34), il y avait dans cette pièce cinq pupitres ; il passait de l'un àl'autre, suivant la nature de ses travaux et le genre de littérature dont les cahiers étaient placés sur l'un de ces cinq pupitres. Son fauteuil de bureau était en jonc , revêtu d'une housse de même étoffe que celle des rideaux du lit, rapporte M. Dufresne (p. 14). Voltaire avait un autre fauteui/ dans lequel il a constamment travaillé dans les dernières années de sa vie , et qu'il avait lui-même commandé tout exprès pour sa plus grande commodité, en faisant adapter à l'un des bras un pupitre, et à l'autre une petite table à tiroir; ces deux objets, pivotant h volonté, lui servaient ensemble ou séparément, lit-on dans le Journal des Débats, du 30 mars 1825.
Sa ménagerie, suivant Lantier (t. II. p. 20), se composait d'un
MO VOLTAÎhE
j^igle (les Alpes qu'il conserva trois ans. Aux Délices il avait eu un grand singe qu'il appela Luc, si nous en croyons Wagnière (p. 34).
Et j'ai versé tout mon sac de particularités que mes nombreuses recherches m'ont fournies sur les dépenses de Voltaire au château de Ferney.
Jusqu'à présent personne n'a manqué de dire que Voltaire vivait oonune un prince à Ferney, que toutes ses habitudes rappelaient le grand seigneur. Il en avait la vanité et l'insolence; mais assurément il y avait peu de bourgeois du dix-huitième siècle, qui n'étalassent plus de faste dans leui*s châteaux. Il était impossible de moins dépenser que lui en chiens, en chevaux , en équipages, en ameublement.
La même économie présida à toutes ses charges de châtelain et de propriétaire. Écoutez :
Le 4 mai 1759 , il mandait à Dalembert : a J'ai deux curés dont je suis assez content. Je ruine l'un, je fais. l'aumône à l'autre. » Wagnière (p. 31) avance qu'il a fort augmenté les revenus de la cure de Ferney. Nous avons mi dans le Livret de Voltaire que le curé de Ferney avait un traitement de huit cents livres. Cette somme n'était pas extraordinaire en 1775, puisque ce pauvre prêtre avait alors près de douze cents paroissiens.
Il a besoin d'un homme de loi. Vite, dans le mois de mai 1764 , il écrit à Damilaville : « Pourrait-on déterrer quelque pauvre diable d'avocat , non pas dans le goût de Le Dain, mais un de ces gens qui, étant gradués et mourant de faim , pourraient être juges de village? Si je pouvais rencontrer un animal de cette espèce, je le ferais juge de mes petites terres de Ferney et de Toumey : il sera chauffé, rasé, alimenté, porté, payé. »
Voltaire avait poiu» médecin le docteur Tronchin. Ses vassaux n'étaient pas assez riches pour aller à Genève payer fort cher des consultations; ils recouraient donc à un pauvTC médecin qui mourait de faim au milieu d'eux. Voltaire pouvait faire du bien à cet homme. Il en laissa la gloire à un autre, aux dépens de l'État. Le 16 juillet 1769, il adressa cette Requête de l'ennite de Ferney, présentée par M. Coste, médecin : a Rien n'est plus à sa place que la supplication d'un vieux malade pour un jeime médecin; rien n'est plus juste qu'une augmentation de petits appointements, quand le travail augmente. Monseigneiu* sait parfaitement que nous n'avions autrefois que des écrouelles dans les déserts de Gex, et que, depuis qu'il y a des troupes , nous avons quelque chose de plus fort. Le vieil ermite , qui, à la vérité, n'a reçu aucun de ces deux bienfaits de la Providence, mais qui s'intéresse sincèrement à tous ceux qui en sont honorés, prend la liberté de représenter douloureusement et respec-