‹ Ménage et finances de Voltaire (volume 2)Chapitre 75 sur 95 · I. De la bienfaisance au xyiii* siècle · texte numérisé non relu

I. De la bienfaisance au xyiii* siècle

(c Par les principes^ dit Tauteur d'Emile, la philosophie ne peut faire aucun bien que la religion ne le fasse encore mieux ^ et la reli* gion en fait beaucoup que la philosophie ne saurait faire. »

Quels sont ces principes qui enfantent des résultats si différents? Pour un chrétien , Dieu est le principe , la raison et la fin de toutes choses, n n'ambitionne point d'autre récompense^ quelque bien qu'il fasse; Dieu lui suffit. De là cet oubU de soinnéme^ cette générosité^ cette délicatesse^ qui aiment à cacher la main qui donne à la main qui reçoit^ suivant ces paroles de Jésus-Christ : a Prenez garde de faire vos bonnes oeuvres devant les hommes afin d'être vus d'eux; autrement vous n'aurez pas de récompense de votre Père qui est dans les cieux. Lors donc que vous faites l'aumône, ne sonnez pas la trompette devant vous y comme fcmt les hjrpocrites dans les synagogues et dans les places publiques, pour être honorés des hommes* En vérité , je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais, lorsque vous faites l'aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre droite, afin que votre aumône soit dans le secret; et votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra. » Telle est la charité. Aussi l'auteur d'^mi/e disait-il : « Ne faites pas s^itenwQtraamdDe, faites la charité. >

Dans une société où Dieu n'était qu'un mot ou une hypotiièse , le siyet d'un sarcasme ou d'un blasphème , on s'empressa de mépriser et de repousser la charité, qui confondait l'homme avec Dieu; on lui substitua la Bienfaisance, et ce mot de Balzac, faussement attribué à Tabbé de Saint-Pierre, fit fortune, suivant le marquis d'Argesson. L'homme ne se trouvant plus qu'en présence de l'homme , la source des nobles sentiments se tarit; la chaîne d'amour et de reconnaissance qui liait le riche avec l'indigent se brisa. De là cette hame des

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